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Entretien avec Shelby Matthews, directrice du Copa-Cogeca

Le Copa-
Cogeca, dont
l’objectif est de
représenter les
intérêts des
agriculteurs en
Europe, regroupe
des organisations
agricoles et des
coopératives
agricoles. Au
total 76
organisations
nationales
membres
représentant les
26 pays de
l’Union
européenne.

Grain de sel : Quelles ont été les idées
fondatrices de la Politique agricole commune
(Pac) et quels sont les acteurs qui
l’ont portée ?

Shelby Matthews : À l’époque de la
fondation de la Pac, il est clair que les
acteurs étaient moins nombreux. La
Pac a été l’unique politique vraiment
décidée et appliquée au niveau communautaire,
et les gouvernements ont
été à la base des négociations, même
si les agriculteurs étaient impliqués
dans le processus dès 1958.
Mais depuis la fin des années 80 – les
années 90, de nombreux « nouveaux
acteurs » sont apparus : groupes de
pression, ONG environnementales.
Ils sont venus participer aux débats et
discussions aux côtés des instances de
la CE, entrepreneurs, consommateurs
et commerçants qui débattaient jusque
là entre eux. Ces nouveaux acteurs
ont changé la donne et les rapports de
force existant, se positionnant, selon les
sujets, du côté des agriculteurs ou en
opposition avec leurs orientations.
L’Union européenne a poursuivi le
même type de réformes depuis le début
des années 90 dans le but, sous la
pression de l’OMC, de progressivement
libéraliser nos marchés. Nous avons
démantelé notre soutien des prix et
réduit notre protection et nos subventions
à l’exportation d’une façon très
substantielle. En outre, depuis la reforme
de 2003, 90% des subventions
agricoles sont maintenant découplés
de la production afin de n’être pas
distorsives, et d’être conformes aux
règles de l’OMC. Mais, les citoyens
européens ayant atteint la sécurité alimentaire,
ils sont moins intéressés de
savoir « ce qu’on produit et combien ».
Ils sont en revanche très exigeants sur
les questions liées à « comment on produit
 ». L’accent est mis sur un contrôle
croissant du travail des producteurs
— règles strictes sur la sécurité sanitaire
des aliments, la traçabilité,
la protection de l’environnement, le
bien-être des animaux et la biodiversité
— toutes mesures qui ont augmenté
les coûts des producteurs.
Pour ce qui concerne les perspectives
d’avenir à l’approche de la nouvelle
réforme de la Pac, la perspective d’un
nouvel accord à l’OMC augmente encore
la pression sur les agriculteurs.
Mais la situation a changé, nous ne
sommes plus dans un contexte où les
prix mondiaux bas et la sécurité alimentaire
sont garantis. Notre politique
actuelle et nos budgets sont fixés
jusqu’à 2013 et nous ne voulons pas
que des changements majeurs soient
opérés d’ici là. Mais à Copa-Cogeca,
nous avons une réflexion profonde et
entièrement renouvelée sur le futur de
la Pac et les implications de la nouvelle
situation mondiale sur la politique
après 2013.

GDS : Quels ont été les principaux impacts
de la Pac sur le développement
des agricultures d’Afrique de l’Ouest ?
Quels sont de ce fait les enjeux de la
réforme à venir ?

SM : Pour les Pays les moins avancés
nous avons mis en place le système
Tout sauf les armes (TSA), avec des
périodes transitoires pour le sucre et
le riz. Ce système permet aux PMA
d’exporter vers le
marché européen en
libre accès. Sinon, la
Pac a eu peu d’impact
pour les petits
producteurs de coton
par exemple. Et
pour ce qui concerne
les enjeux d’avenir,
les subventions à
l’exportation vont
disparaître dans les
prochaines années.
Nous avons des relations avec le Réseau
des organisations de producteurs de
l’Afrique de l’Ouest (Roppa) et la Fédération
des agriculteurs de l’Afrique de
l’Est (EAFF). Nous avons par exemple
récemment émis une déclaration conjointe,
faisant part de notre préoccupation
face aux exigences de l’Organisation
mondiale du commerce.
Même si nos contextes sont très
différents, au fonds nous avons des
préoccupations communes.

GDS : Alors que les agriculteurs européens
ont bénéficié de multiples protections
pour assurer la sécurité alimentaire
de l’Europe et en faire une
puissance exportatrice, on demande au
contraire aux pays africains d’ouvrir
leurs marchés. Leurs agriculteurs peuvent-
ils combler ce déficit de protection,
et comment ?

SM : Nous, en Europe, avons mis du
temps à développer nos agricultures
après la 2ième guerre mondiale. Et le contexte
était favorable. Or il semble qu’on
attend des Africains qu’ils développent
leurs agricultures dans un temps record,
alors même que les marchés sont de
moins en moins protégés. Et la tendance
à la libéralisation est lourde : les marchés
ne vont que s’ouvrir davantage, en tous
les cas, c’est ce à quoi on peut s’attendre
avec la perspective annoncée d’une
réouverture du cycle de Doha. Cette
ouverture des marchés risque de profiter
à un nombre restreint de pays, les
grands exportateurs que sont le Brésil, la
Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Canada
ou les États-Unis. Car eux seuls ont les
infrastructures et les industries nécessaires.
Au niveau du
Copa-Cogeca, nous
soutenons certaines
protections pour que
les pays en développement
accroissent
leur sécurité alimentaire.
Mais pour cela,
encore faut-il qu’ils
se dotent de politiques
agricoles qui
promeuvent l’agriculture.
Chaque
pays doit pouvoir faire une politique
qui convient à ses problèmes nationaux,
c’est un fait. En Europe, après la guerre
la première préoccupation était la sécurité
alimentaire. Mais aujourd’hui
les Européens ont oublié cela, leurs
inquiétudes sont tout autres. Certes
la question de la sécurité alimentaire
refait son apparition sur la scène médiatique,
mais c’est tout récent, et cela
n’a pas encore eu un impact sur la politique
agricole.

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