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Entretien avec Jean-Philippe Audinet, directeur ad interim de la division des Politiques au Fonds international de développement agricole (Fida)

J.-P. Audinet travaille au Fida depuis 18 ans. Il est basé à Rome, après avoir travaillé précédemment en Afrique subsaharienne et en Haïti.

Grain de sel : Qu’est-ce qu’une politique agricole ?

Jean-Philippe Audinet : Une politique est un ensemble cohérent de mesures, de lois, de programmes et de ressources financières qui vise à atteindre un ou des objectifs collectifs. Le choix de cet objectif ou de ces objectifs résulte d’un arbitrage entre les intérêts en présence dans la société. Dans les pays démocratiques, ce choix résulte en principe d’un processus démocratique. Une politique agricole c’est cet ensemble de mesures dans le secteur de l’agriculture.

GDS : Pour le Fida, quel est le sens d’une politique agricole, et quels sont les rapports du Fida avec les politiques agricoles des pays où il intervient ?

JPA : Au Fida, nous n’avons pas tendance à parler de l’agriculture comme d’un secteur. Certes, nos partenaires privilégiés principaux, dans la plupart des pays où l’on travaille, sont les ministères de l’Agriculture ou du Développement rural. Mais l’originalité de notre approche réside dans le fait qu’au lieu de regarder l’agriculture comme secteur économique, ce qui nous intéresse ce sont les gens, les familles et les personnes vivant en milieu rural dans une situation de pauvreté et de vulnérabilité. Cela veut dire aussi que la manière dont on regarde les problèmes avec ces partenaires n’est pas seulement économique ni strictement sectorielle. Au contraire, elle a une forte dimension sociale, et implique d’autres politiques que les pures « politiques agricoles » au sens classique du terme.
Notre mission et celles des gouvernements de nos pays membres doivent se rencontrer puisque la nature de notre activité c’est de financer des programmes publics de développement. Le grand problème auquel on est confronté c’est celui de la cohérence entre ce pourquoi on existe - promouvoir la réduction de la pauvreté et de la faim, un développement agricole basé sur la petite agriculture et sur les familles rurales (cet objectif rencontre la plupart du temps des objectifs déclarés par les gouvernements) et les contraintes des gouvernements. Par exemple, si nombre de gouvernements ont déclaré la priorité à l’agriculture et à l’agriculture paysanne en particulier, ils doivent aussi se plier à des contraintes d’ordre macro-économique, financières, à des politiques commerciales qui n’ont pas l’agriculture paysanne pour priorité... Je crois que cette question de la difficulté d’arriver à des cohérences dans l’ensemble des différentes politiques et à l’intérieur même des politiques dites « agricoles » est de grande actualité.

GDS : Quelle articulation et quelle cohérence entre politiques nationales, régionales, et OMC ?

JPA : Il n’y a pas de cohérence entre les différents niveaux (national-régional-mondial) et les différents domaines de débat. A mon sens, il ne faut pas s’en étonner. Dans la sous-région et notamment en Afrique de l’Ouest, ceux qui définissent et agissent dans les négociations commerciales ne sont pas les ministères de l’Agriculture. Ces derniers rentrent dans des débats et logiques déterminés par un cadre international (notamment celui de l’OMC) dans lequel les considérations de l’intérêt sectoriel des petits producteurs agricoles et de la lutte contre la pauvreté rurale sont complètement secondaires. Le débat sur la question commerciale n’est pas guidé par des considérations de réduction de la pauvreté. D’autres facteurs entrent en ligne de compte, comme les ressources financières, les questions liées au commerce dans d’autres domaines que celui de l’agriculture, les négociations entre secteurs productifs nationaux et internationaux etc.
Ce manque de cohérence s’explique aussi par le fait que, au sein des gouvernements, les différents ministères répondent à des considérations sectorielles. L’arbitrage entre les préoccupations et objectifs des différents ministères se fait par les ministères du Plan, des Finances, etc. - autrement dit, à des niveaux où il et rare que les considérations de lutte contre la pauvreté rurale soient prédominantes.

GDS : Quelle est la position du Fida dans ce contexte ?

JPA : Le Fida intervient rarement directement dans l‘élaboration des politiques nationales, sauf à travers la mise en cohérence des projets d’investissement public que nous finançons avec les DRSP et les politiques sectorielles. Nous sommes donc plus présents dans la mise en œuvre des politiques publiques sur le terrain au travers du financement de projets et de programmes, et des institutions que nous soutenons.
Par contre, nous appuyons à travers leurs organisations professionnelles et communautaires, les catégories sociales pour lesquelles nous travaillons (petits producteurs, ruraux sans terres, pasteurs, pêcheurs) puissent avoir l’information et les moyens d’intervenir dans ces débats et dans l’élaboration des politiques. Elles doivent pouvoir être capables de donner à ces débats - de leur point de vue et en fonction de leurs intérêts -une cohérence au regard d’OMD qui ont été, rappelons-le, entérinés par tous les gouvernements du monde. Même si nous souhaiterions en avoir plus, nous avons peu de moyens pour intervenir en amont. Nous soutenons donc la société civile, et en particulier les organisations de producteurs, pour qu’ils aient les moyens d’intervenir de manière plus efficace et plus systématique dans ces débats.
Le Forum Paysan auprès du Conseil des Gouverneurs du FIDA est une occasion de discuter les voies et moyens de cet appui à l’engagement des OP dans le dialogue politique.

Développement rural et réduction de la pauvreté... le Fida et les OP à pied d’œuvre

La rédaction de Grain de sel a participé au Forum paysan, les 11 et 12 février 2008 à Rome. Cette rencontre, organisée par le Fida, était la seconde édition d’un rendez-vous désormais biennal rassemblant, au moment du conseil des gouverneurs du Fida, des organisations de producteurs de toutes les régions du monde.
Cette édition a rassemblé environ 80 leaders paysans originaires d’Afrique, d’Asie, d’Amérique centrale et du Sud et des pays de l’OCDE. À l’ordre du jour : les relations Fida-OP, et l’amélioration de l’efficacité d’un partenariat qui se structure. Le deuxième jour a été l’occasion de travaux en ateliers autour de trois questions cruciales : le changement climatique, l’accès à la terre et le renforcement de la participation des OP au processus de formulation des politiques...
Plus d’informations sur le forum paysan : www.ifad.org/farmer/2008/index.htm

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