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publié dans Revue Grain de sel le 5 septembre 2009

Les systèmes de collecte du lait en Afrique de l’Ouest : échec ou espoir ?

Cécile Broutin/djibydia/Guillaume Duteurtre

LaitAfrique de l’Ouest

Vous lisez un article de la publication "46-47 : Répondre aux évolutions alimentaires, un défi majeur pour l’élevage africain".

Après l’échec de l’industrialisation laitière en Afrique de l’Ouest, de nombreuses mini laiteries se sont développées avec plus ou moins de réussite et ont permis une meilleure valorisation de la production locale. Mais celles ci ont besoin d’améliorer leurs dispositifs de collecte et de distribution pour être plus performantes.

Depuis les années 90, les filières laitières sont une des priorités des programmes de développement de l’élevage en Afrique de l’Ouest. Pourtant, les grands projets industriels des années 60 et 70 avaient connu bien des échecs. L’émergence récente de nombreux systèmes artisanaux ou semi-industriels de collecte du lait de brousse constitue un espoir pour l’élevage local. Malgré les importations de poudre (plus de la moitié de la demande du Sénégal en lait), la participation de l’élevage laitier africain aux échanges marchands repose en grande partie sur un tissu de petites entreprises de collecte et de transformation qui dynamisent le secteur.

Un modèle de production intensif aux débuts difficiles…
Dans le domaine de la production laitière, le modèle intensif promu dès les années 50 a reposé sur l’augmentation de la productivité des races locales par l’amélioration génétique et les cultures fourragères. La faible productivité laitière des races locales était vue comme le principal facteur expliquant les bas niveaux de production du troupeau africain. Ces programmes, s’appuyant sur le modèle européen du « ménage exploitant », souffraient du manque de connaissances des structures de production en Afrique et de leur fonctionnement, aussi bien à l’échelon de l’exploitation agricole qu’à celui des collectivités, du village. De ce fait, le modèle de ferme laitière intensive n’a pu être mis en œuvre par des investisseurs périurbains ou dans le cadre de fermes d’État.
Les années 60, coïncidant avec l’accession à l’indépendance de plusieurs nations ouest africaines, ont été marquées par la poursuite des politiques d’intensification de la production laitière avec pour objectif de fournir aux populations urbaines du lait de « bonne qualité sanitaire ». Cette politique promue par les États et appuyée par des organismes internationaux comme le Programme alimentaire mondial des Nations Unies, la Banque mondiale, l’Unicef, la FAO, a connu un bilan très mitigé, notamment entre 1970 et 1990.

… avec les échecs de nombreuses tentatives d’industrialisation laitière.
L’intensification laitière dans les pays ouest africains a été promue dans le cadre de grands projets de développement industriel. La présence d’une industrie de collecte était censée offrir un cadre structurant à ce modèle intensif. On peut citer l’Office du lait du Niger (Olani), l’Union laitière de Bamako (ULB), l’Union des coopérations laitières du Sénégal (Ucolait). Cependant, ces projets destinés à stimuler la production laitière locale ont presque tous connu d’importantes difficultés de fonctionnement.
Au Sénégal, par exemple, l’Union des coopérations laitières (Ucolait) a été créée en 1968 suite aux travaux du Centre de recherche zootechnique (CRZ) de Dahra visant à intensifier la production par des croisements entre une race locale, Gobra, et des races exotiques (zébus indo-pakistanais). Le projet, appuyé par la FAO, le Pam et l’Unicef, s’est arrêté en 1972, du fait de la sécheresse, de la baisse de production laitière consécutive à des difficultés d’alimentation du bétail, et de problèmes de gestion.
Durant les premières années d’exploitation, la collecte annuelle a atteint un volume de 200 000 litres, inférieur au seuil de rentabilité de l’usine et aux objectifs de production, fixés à 10 000 litres par jour. L’usine s’est réorientée dans la transformation de la poudre de lait.
Le GIE Coplait au Sénégal est un autre exemple d’échec du modèle intensif. Créé plus tard après le déplacement des bovins d’origine pakistanaise de Dahra vers la ferme expérimentale de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) de Sangalkam, où des Montbéliardes ont été importées pour mettre sur pied le Projet de développement de la production laitière dans les Niayes, il n’a pas pu résister à la concurrence du lait en poudre importé et aux difficultés d’alimentation du troupeau.
L’Office du lait du Niger (Olani) a été également créé en 1970 par le gouvernement du Niger avec l’aide des bailleurs de fonds pour améliorer la santé et l’état nutritionnel des populations (femmes enceintes et enfants) à travers la consommation des produits laitiers de bonne qualité vendus à des prix accessibles. La faible performance de cette entreprise a conduit, dans le cadre du programme de privatisation initié par l’État du Niger, à sa cession à un groupe de privés nigériens en 1998, puis à sa transformation en société anonyme.
L’Union laitière de Bamako (ULB), créée en 1969 à Bamako avec le concours de l’Unicef, avait pour objectif de fournir du lait à la population de Bamako et à sa banlieue à un prix accessible, de contribuer à la promotion de la production du lait local. De 1969 à 1994, elle a obtenu une assistance du Pam, lui permettant ainsi de renforcer son approvisionnement en lait local par une amélioration génétique des races bovines locales. Cependant, l’arrêt du financement en 1990 a entraîné une baisse progressive de l’activité, et en 1994 l’ULB est privatisée, devenant Mali-Lait.
Les tentatives d’intensification, basées sur l’amélioration des races locales et la transformation industrielle, ont été fortement compromises par les crises climatiques, les problèmes de gestion financière et comptable et la concurrence des importations de poudre de lait.

Un système de collecte performant au service des mini laiteries.
Pendant les années 90, plusieurs systèmes de collecte se sont développés pour approvisionner les mini laiteries artisanales créées dans plusieurs pays (Sénégal, Mali, Burkina, etc.) sous forme de petites entreprises privées ou de coopératives d’éleveurs. La collecte peut être groupée (souvent en lien avec des associations d’éleveurs) ou individuelle, assurée par des collecteurs équipés de matériel plus ou moins rudimentaire (bidon en plastique) et qui utilisent la bicyclette, la mobylette ou la charrette asine ou équine comme moyens de transport du lait des zones de production vers les unités de transformation. Ces unités collectent 50 à 700 litres par jour. Elles fabriquent essentiellement du lait fermenté et du lait pasteurisé, commercialisés en sachets thermosoudés de 200 à 500 ml. Cependant, certaines laiteries utilisent la poudre de lait pour faire face au déficit d’approvisionnement en lait frais, notamment en saison sèche.
D’autres systèmes de collecte reposant sur la connexion entre un centre de collecte de zone périurbaine ou rurale, et une unité industrielle de zone urbaine ont pu se développer. C’est le cas de l’usine Mali-Lait, approvisionnée en partie par la laiterie de Kasséla dans la périphérie de Bamako, qui lui fournit environ 3 000 litres de lait frais, soit près de la moitié de sa collecte hebdomadaire.
À cela, s’ajoutent des systèmes de collecte basées sur le ramassage du lait en pick-up (le lait est contenu dans des seaux en plastique à l’image de la Laiterie du Berger à Richard-Toll au Nord-Est du Sénégal ou dans des bidons en aluminium) ou sur des centres de collecte équipés de tanks à lait réfrigérés ; le produit de la collecte est alors transféré vers l’usine par des camions citerne réfrigérés (exemple de l’ancien rayon de collecte créé par Nestlé en zone sylvopastorale sénégalaise).
On trouve aussi d’autre types de dispositifs, comme des fromageries utilisant du lait de vache ou du lait de chèvre.
Au total, on constate un dynamisme remarquable de la collecte du lait local. Ce qui permet à la production locale d’être en mesure de répondre à la demande croissante en produits laitiers, sans bouleverser les pratiques et les niveaux de production.

Quel bilan ?
Les expériences de collecte du lait en Afrique de l’Ouest, en dépit d’un grand nombre « d’échecs », ont permis d’initier de nouvelles dynamiques de développement, marquées par l’émergence en Afrique de l’Ouest d’un réseau d’unités de transformation laitière basées sur la pasteurisation du lait cru (plus de 50 au Sénégal, collectant le lait des élevages situés dans un rayon de 25 km).
En dépit de la forte concurrence des importations de poudre de lait, le contexte d’évolution des mini laiteries semble favorable du fait notamment de l’accroissement de la demande en produits laitiers. En effet, les mini laiteries constituent des moyens de connexion entre les zones de production laitière et les marchés urbains. Elles demeurent cependant limitées par leur capacité à collecter des volumes plus importants (notamment pendant la période hivernale) et à les distribuer dans des circuits plus longs. L’amélioration des dispositifs de collecte et la contractualisation avec des groupements d’éleveurs bénéficiant d’appui à la production (notamment amélioration de l’alimentation des animaux) permettront d’augmenter les volumes transformés et de limiter les importations massives par des niveaux de protection temporaire à l’image de l’oignon au Sénégal. La mise en place de bonnes pratiques d’hygiène tout au long de la filière est également un enjeu important pour accroître les revenus des producteurs et transformateurs en limitant les pertes, pour améliorer la durée de conservation et les possibilités de distribution des produits et pour assurer la santé des consommateurs.
Par ailleurs, l’implication des industriels dans la collecte du lait local demeure un prélude à la croissance de la production laitière. Les expériences à la Laiterie du Berger au Sénégal, où la collecte s’organise autour de campements villageois structurés en différents points que des pick-up rallient deux fois par jour, reflètent l’intégration des élevages du Nord du Sénégal dans des circuits de commercialisation ; elles contribuent ainsi à la formation de débouchés pour les petits producteurs, particulièrement pour les femmes Peuls qui jouent un rôle déterminant dans la commercialisation du lait dans cette partie du Sénégal. La nouvelle dynamique basé sur la collecte du lait, produit identitaire, est source de développement territorial.

Un guide de bonnes pratiques d’hygiène pour la transformation artisanale du lait a été élaboré de façon concertée au Sénégal et au Burkina Faso : Broutin C., Diedhiou Y. Dieng M., 2005. Maîtrise de la qualité dans la transformation laitière : guide de bonnes pratiques d’hygiène. Dakar, Sénégal, ministère de l’Élevage, Fenafils, Dinfel, Uppral, 103 p. www.gret.org/ ressource/pdf/ 07686.pdf

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