Selon un récent rapport de la FAO , l’élevage est rendu responsable de bien des désordres environnementaux, allant de la dégradation des parcours à l’émergence de nouvelles maladies dangereuses pour l’homme en passant par la désertification, la pollution par les effluents et la contribution à l’effet de serre, sans parler de la participation des produits animaux aux risques sanitaires d’origine nutritionnelle, à tel point que seuls fruits et légumes sont aujourd’hui recommandés pour un meilleur bien-être. Pourtant, cette vision peut paraître très partielle et de ce fait, très partiale, car l’élevage contribue aussi positivement à l’environnement et au bien-être de l’homme.
Directement liée à une gestion déséquilibrée entre ressources disponibles et population animale, la dégradation des parcours n’est pas observée quand les pratiques d’élevage sont bien raisonnées. Le passage des troupeaux est souvent un gage de préservation de la biodiversité floristique comme le montre la dynamique des espèces envahissantes, sans compter que seul l’animal assure une fertilisation naturelle des sols, et contribue de façon moins agressive que les machines agricoles à l’intensification écologique.
La première cause de la déforestation est moins l’élevage que l’exploitation du bois ou le développement de cultures de rente (palmier à huile en Indonésie ou cacao et café ailleurs). Certes, en Amazonie, le défrichage systématique pour transformer la forêt en pâturage est un facteur important, mais si la mise en prairies s’accompagne de la construction d’un paysage bocager, l’impact est amplement limité. A contrario, la disparition de la chèvre et du mouton de la forêt méditerranéenne n’a fait qu’accentuer les risques d’incendie qui contribuent bien plus que l’élevage à la dégradation des forêts sèches.
La pollution par les effluents est réelle quand la concentration des élevages dépasse les capacités d’absorption du milieu (le porc en Bretagne par exemple), mais une gestion raisonnée dans l’espace, des techniques de recyclage ou d’utilisation biologique (biogaz) sont des solutions hautement bénéfiques pour la fertilité des sols et la préservation de l’environnement. Certes la production de méthane par les herbivores est un facteur à ne pas négliger, mais l’élevage nécessite aussi l’entretien de prairies qui sont autant de puits de carbone. De plus la production des gaz à effet de serre est bien plus importante dans les rizières et les marais. A se focaliser sur un seul facteur de production, on en oublie la prise en compte des interactions avec les milieux que les herbivores contribuent à rendre plus durables.
Les maladies émergentes sont surtout le fait des vecteurs dont la pullulation est liée aux changements climatiques plus qu’à l’élevage, et les avancées dans la connaissance des maladies animales sont souvent mises à profit en médecine humaine. C’est d’ailleurs plus la mobilité humaine que celle des troupeaux qui représente un facteur de risque. Enfin, il est aisé de parler de surconsommation de protéines dans nos pays quand le sahélien moyen consomme dix fois moins de viande et vingt fois moins de lait qu’un européen. Qui plus est, les produits animaux participent à la diversité d’une alimentation souvent faiblement attractive, sans compter les apports nutritionnels (acides aminés essentiels, vitamines, minéraux traces) parfois plus abondants que dans les produits végétaux.
C’est à ce regard plus circonstancié, plus pondéré qu’il faut inviter les décideurs. L’élevage est une activité humaine qui date de l’aube de l’humanité. Elle n’est en soi ni simplement prédatrice, ni uniquement bénéfique. Cela dépend de la capacité de l’homme à en faire une activité durable.




