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Le Ghana, pionnier des “programmes intelligents” de subvention aux intrants

En 2008, le Ghana a relancé ses programmes de subventions aux intrants qu’il conçoit
comme des outils de développement des chaînes de valeur agricoles. Les programmes
servent en priorité les petits exploitants et les cultures vivrières. Malgré des ajustements
pour améliorer l’efficacité de ces subventions, plusieurs éléments interrogent leur impact.

À l’instar de la majorité des États de
l’Afrique de l’Ouest, le Ghana a engagé
de longue date des programmes
de subventions aux intrants agricoles. En facilitant
l’accès des petits producteurs à des
intrants de qualité à des prix abordables, le
gouvernement veut stimuler la production et
la productivité agricole.

10 ans de politique de subventions
aux intrants
. Suite à la montée des cours mondiaux des
engrais et à la Déclaration d’Abuja de 2006
engageant les États de l’Union Africaine à
multiplier par six l’usage des engrais à l’horizon
2015, le Ghana a relancé ses programmes
de subventions en 2008. Absorbant 10 à 13 %
du budget du Ministère de l’Agriculture et de
l’Alimentation (MoFA), cet effort permit de
passer de 43 200 tonnes d’engrais subventionnés
en 2008 à 176 000 tonnes en 2011. À
partir de 2013, les semences de maïs, de riz
et de soja furent ajoutées aux cultures initiales
priorisées (céréales, légumineuses,
maraîchage). Depuis 2016, le gouvernement a
axé son intervention sur la modernisation de
l’agriculture avec deux programmes phares,
le “Planting for Food and Jobs” (PFJ), et le
“One District One Factory” dotés d’un budget
de près de 100 millions de US$ en 2017. Les
agriculteurs reçoivent suffisamment d’engrais
pour cultiver deux hectares de terre à
un taux de subvention de 50 %. La dotation
individuelle maximale en engrais est fixée
à 15 sacs de 50 kg, dont deux tiers d’engrais
de fond (NPK) et le reste d’engrais de couverture
(urée). Les subventions inclues dans
ces programmes sont conçues comme des
outils de développement des chaînes de valeur
agricoles. En effet, le PFJ subventionne
aussi des services de vulgarisation, des aides
à la transformation, à la commercialisation et
appuie le développement de l’e-agriculture.

Un impact multiforme. Le ministère a relevé en 2018 une stabilisation
des prix des produits vivriers, une réduction
des importations de maïs, et une hausse
des exportations de produits vivriers vers
les pays voisins. La productivité des cultures
a fortement augmenté avec une hausse de
productivité du maïs de 86 % par rapport à
2016, par exemple. Près de 800 000 emplois
ont été créés depuis la mise en oeuvre du PFJ,
dont 90 % dans la production agricole, plus
de 18 000 dans la fourniture d’intrants et plus
de 12 000 dans les services de vulgarisation.
Mais tout n’est pas parfait. La différence importante
entre le prix du marché des engrais
au Ghana et celui des pays voisins encourage
la contrebande. Les petits producteurs
éligibles au programme ont du mal à payer
à la livraison la partie non subventionnée
des engrais, cet achat se faisant en période
de soudure quand les agriculteurs manquent
de réserves financières. Les paiements des fournisseurs par l’État et la distribution des
engrais sont retardés par des lourdeurs administratives.
La conjugaison de ces problèmes
propres au programme avec des
facteurs exogènes tels que la disponibilité
insuffisante de semences améliorées et les
invasions de chenilles légionnaires ont également
eu des répercussions négatives sur la
production et limité les bénéfices pour les
petits producteurs.

Mieux cibler les petits producteurs. En 2020, ce sont plus de 1 200 000 petits producteurs
qui bénéficieront du programme de
subvention sur les engrais et les semences.
De nouvelles cultures telles que les tubercules
ont été progressivement incluses dans
le PFJ couvrant ainsi la plupart des cultures
vivrières pratiquées dans le pays. Néanmoins,
le chantier du ciblage des producteurs reste
ouvert. Plusieurs pilotes ont été réalisés ces
trois dernières années pour constituer une
base de données des bénéficiaires du PFJ. Il
s’agit de mieux caractériser les exploitations
agricoles, les intrants et les services reçus et
de mieux évaluer l’impact du programme sur
la production agricole et les revenus. Le déploiement
d’une telle base de données permettrait
au MoFA d’envisager dans le moyen
terme une transition vers une subvention à la
demande basée sur les besoins exprimés par
les producteurs en remplacement du soutien
à l’offre pratiqué actuellement. Le gouvernement
réaliserait des économies substantielles,
la contrebande serait minimisée, les
investissements du secteur privé seraient
facilités et les engrais et services fournis aux
petits producteurs plus personnalisés. Le
Programme National de Développement des
Engrais (GFEP) mis en oeuvre depuis 2019 prévoit
une transition complète vers ce modèle
à l’horizon 2022.

Adapter les types d’engrais. Sur la base d’une cartographie des sols,
l’Institut de Recherche sur les Sols (Soil
Research Institute, SRI) a mis au point de
nouvelles recommandations de fertilisation,
spécifiques aux cultures prioritaires du PFJ,
aux zones agroécologiques et aux sols des
différentes régions du pays. 6 nouvelles
formules d’ ”engrais équilibrés” contenant
les éléments nutritifs principaux mais aussi
des micronutriments (zinc ou bore) ont été
validées et incluses dans l’appel d’offres
du PFJ pour la campagne 2019/2020. Le but
est d’encourager les petits producteurs à
adopter plus rapidement de nouvelles technologies
et itinéraires techniques capables
d’augmenter significativement leurs revenus.
Le gouvernement espère ainsi atteindre
plus rapidement un taux d’adoption de 30 %
de l’utilisation des engrais et des semences
améliorées avant de réduire voire de supprimer
son programme de subvention. Cette
politique volontariste a encouragé certains
fournisseurs d’engrais à investir dans de
nouvelles unités de mélange d’engrais, capables
de produire des engrais “à la carte”.
Avec 5 unités de production de mélange
dans le Grand Accra et le port de Tema,
l’industrie ghanéenne a les capacités logistiques
et techniques pour approvisionner en
engrais de mélange de qualité l’ensemble
du marché domestique - le PFJ mais aussi
les engrais cacao distribués par le COCOBOD
qui représentent ensemble environ 80 % du
marché. Le MoFA équipé de nouveaux laboratoires
assure un contrôle de la qualité des
engrais tout au long de la chaîne de distribution,
conformément à la réglementation
régionale.

Améliorer le cadre réglementaire. La loi nationale sur les engrais de 2016 et
une mise en oeuvre progressive des treize
principes directeurs pour des programmes
de subvention intelligents développés par
IFDC conduiront à une utilisation plus efficace
et raisonnée des intrants agricole. Ces
principes, que la CEDEAO entend édicter
comme directive régionale, sont progressivement
appliqués dans plusieurs pays de
l’Afrique de l’Ouest, dont le Burkina Faso, le
Niger et le Sénégal. Cela contribuera à l’amélioration
de la production agricole et de la
sécurité alimentaire, et in fine à la réduction
de la pauvreté en Afrique de l’Ouest.

EN SAVOIR PLUS :
Feed The Future, Guide programme subventions engrais
en Afrique de l’Ouest à télécharger ici

Patrice Annequin
est le spécialiste du secteur privé
des engrais pour le projet EnGRAIS
(Feed the Future Enhancing Growth through
Regional Agricultural Input Systems)
pour l’Afrique de l’Ouest,
projet mis en oeuvre par l’IFDC.

Kido Kouassi
est le coordinateur sous-régional
du projet EnGRAIS

Michael Owusu
est chargé de mission principal EnGRAIS
auprès de la Direction des services des cultures
du ministère de l’Alimentation
et de l’Agriculture du Ghana.

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