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Amadou Moussa Abdoulaye, Secrétaire exécutif de la Fédération des Unions de groupements paysans du Niger (FUGN-Mooriben), détaille la stratégie mise en place par son organisation face à des crises alimentaires de plus en plus récurrentes au Niger depuis le milieu des années 2000.

GDS : Comment sont nées et ont évolué les banques de céréales (BC) de Mooriben ?

Amadou Moussa Abdoulaye : Elles sont nées de la volonté des membres de lutter contre l’insécurité alimentaire, se protéger des prix exorbitants pratiqués par certains commerçants et participer à la gestion et la sécurisation des excédents des récoltes des membres. Elles permettent aussi de renforcer la cohésion des membres de Mooriben. Les premières BC ont été créées en 1993 et ont connu une forte croissance, surtout ces dernières années, au regard des crises de plus en plus fréquentes. On est passé de 205 banques en 2009 à 304 en 2012. Aujourd’hui, elles représentent 917 tonnes de céréales et des liquidités d’une valeur de près de 86 millions de francs CFA, avec des crédits de campagne d’une valeur de 53 millions de francs CFA.

GDS : Comment fonctionnent ces BC ?

AMA : Un comité de gestion élu démocratiquement au sein des membres et composé en général de 5 personnes — hommes et femmes — assure la gestion de la banque. Il organise l’achat des céréales juste après les récoltes, lorsque les prix sont les plus bas, en priorité auprès des membres, puis sur les marchés locaux. Il organise ensuite les ventes pendant la période de soudure, aux membres et non membres de Mooriben. La vente se fait au détail pour permettre à toutes les catégories de ménages d’y accéder. Les membres en difficulté peuvent bénéficier d’un crédit sur une proportion limitée du stock. Cette vente à crédit reste limitée à des situations de crise uniquement. Les membres des groupements identifient les personnes les plus démunies et des facilités de paiement sont mises en place.
Les stocks sont constitués de céréales, principalement maïs, mil, sorgho et riz. L’approvisionnement varie d’une zone à l’autre car il est fonction des habitudes alimentaires, des préférences des populations et du coût des produits. Pour un sac de 100 kg, les prix d’achat pour le mil, le sorgho et le maïs varient de 17 000 à 20 000 francs CFA et le prix de vente, qui se situe toujours en-deçà des prix du marché, varie de 18 000 à 25 000 francs CFA. En moyenne 40 000 ménages bénéficient des produits de BC chaque année.

GDS : Comment sont financées ces banques de céréales ?

AMA : Par les projets de sécurité alimentaire et la contribution de la population, qui comprend les constructions des murs et un apport personnel en nature (céréales). Les prix de cession des céréales sont calculés sur la base du prix d’achat majoré des charges et d’un bénéfice modeste pour permettre la gestion des BC. Les prix de cession et les quantités à acheter sont déterminés à l’issue de l’assemblée générale du village sur proposition du comité de gestion.

GDS : Mooriben a aussi développé la constitution de stocks sociaux par ses membres depuis la fin des années 2000. Quelle est la différence avec les banques de céréales ?

AMA : Les stocks sociaux permettent de faire face à des crises intervenant à tout moment : décès, inondations, sinistres… Il s’agit d’un premier rempart en cas de crise, avant l’arrivée des secours de la communauté internationale. Ces stocks sont constitués à partir des cotisations des membres en nature, des prélèvements sur les excédents des BC et les semences locales. L’enchaînement des crises a empêché la constitution optimale de ces stocks, mais il s’agit d’une priorité pour les années à venir. Nous avons aussi développé d’autres outils. Dans le cadre de notre stratégie de sécurisation alimentaire des populations nous avons mis en place des systèmes communautaires d’alerte précoce (Scap) et des observatoires de suivi de la vulnérabilité (OSV). Nous avons actuellement 33 Scap et 15 OSV dans 15 communes des 30 unions membres de Mooriben. Ces outils sont reconnus et utilisés par le gouvernement comme un premier niveau d’information sur la sécurité alimentaire des populations.

GDS : Les banques de céréales font donc partie d’un ensemble d’outils qui visent à améliorer la situation alimentaire des populations.

AMA : Oui, elles s’inscrivent pleinement dans le système de services intégrés mis en place par Mooriben, qui intègre un éventail d’outils complémentaires : boutiques d’intrants, appui/conseil technique, radios communautaires et cellules de communication, partenariats avec des institutions financières pour faciliter l’accès au crédit… Le dispositif d’appui-conseil permet par exemple de former les membres des comités de gestion des BC. Nos cellules de communication et nos radios permettent d’informer et de sensibiliser les populations et dirigeants sur les tenants et aboutissants des BC. Tous les outils sont liés les uns aux autres et se renforcent mutuellement. C’est ce qui garantit la force de notre action.

Amadou Moussa Abdoulaye est le Secrétaire exécutif de la Fédération des Unions de groupements paysans du Niger (FUGN-Mooriben), une organisation paysanne dont les premiers groupements ont été créés en 1988, dans une optique de lutte contre la pauvreté et l’ignorance (www. mooriben-niger.org).

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