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Réussir l’intégration régionale : le Ghana peut-il surmonter le problème nigérian ?

Fort d’une démocratie florissante, d’une économie stable,
d’une législation de qualité et d’avantages attractifs pour les
investissements, le Ghana a su affirmer son rôle de moteur
de l’intégration économique régionale. Mais son leadership
est-il suffisamment solide pour lui permettre de répondre
aux défis qui subsistent ?

Le Ghana joue un rôle moteur dans le
domaine de l’intégration économique
régionale en Afrique de l’Ouest. Le
lancement officiel de la “Ghana Commodity
Exchange” (GCX), la première plateforme régionale
en ligne dédiée au commerce agricole,
et l’inauguration de deux terminaux
dernier cri à l’aéroport international de Kotoka
(Terminal 3) et au port de Tema (Terminal
2) sont quelques-unes des nombreuses
grandes initiatives prises par le pays dans
l’espoir de participer au renforcement de
l’intégration régionale et de faciliter la libre
circulation des biens et des populations au
Ghana et en Afrique de l’Ouest.

Le Ghana :
un pays propice aux affaires
. Fort d’une démocratie florissante (cinq élections
pacifiques, dont trois passations de
pouvoir depuis 2000), d’une économie en
pleine croissance, d’une législation de qualité
(Company Act 2019) et d’avantages attractifs
pour les investissements (en cours
de remaniement), le Ghana a su affirmer sa
réputation de destination privilégiée pour le
commerce en Afrique de l’Ouest. Même s’il a
perdu quatre places dans le dernier classement
“Doing Business” de la Banque mondiale
et arrive désormais à la 118e position,
se plaçant troisième de l’Afrique de l’Ouest
derrière le Togo (97e) et la Côte d’Ivoire (110e)
pour la première fois, le pays réalise une
meilleure performance que ses rivaux régionaux,
en matière de flux d’investissements
directs étrangers pour l’année 2018 le Nigéria
enregistrait environ 9 milliards de dollars
en 2011 d’IDE et la Côte d’Ivoire près de
3 milliards de dollars. Pourtant, l’économie
du Ghana est loin d’avoir atteint son potentiel.
Même si la devise nationale ne cesse
d’être dévaluée depuis le début de l’histoire
moderne du pays, ce qui aurait participé à
rendre la marchandise qu’il exporte plus
compétitive sur la scène internationale, la
dépréciation de sa monnaie (p. 10) n’a pas
permis de déclencher le processus d’industrialisation,
car la plupart de ses exportations
concerne les matières premières, à la fois
minérales (le Ghana est un pays producteur
de pétrole depuis 2011) et non-minérales.
Le Ghana a récemment détrôné l’Afrique du
Sud et se hisse désormais au premier rang
des pays producteurs d’or du continent. Il est
aussi le deuxième plus grand producteur de
cacao, derrière la Côte d’Ivoire. Si ces deux
pays fournissent à eux seuls 60 % des fèves
de cacao du monde, ils ne représentent que
6 % de l’industrie mondiale du chocolat. Le
faible niveau d’industrialisation du pays, associé
au fait qu’il s’agit d’un importateur net
de produits alimentaires, ne fait qu’accroître
la vulnérabilité de son économie face à la
volatilité des prix et aux chocs de marché
extérieurs.

La GCX se révèle peu avantageuse. L’entrée en vigueur de l’accord prévoyant la
création de l’African Continental Free Trade
Area (AfCFTA) le 30 mai 2019 pourrait servir
à encourager le commerce intra-africain en
accentuant la libéralisation de l’accès aux
biens et aux services d’origine régionale et
continentale. Cela permettra également de
stimuler les efforts d’intégration régionale
et d’amener chaque partenaire concerné,
qui sont les organismes publics (ministères,
autorités portuaires, etc.), les organismes
privés (chambres de commerce, associations
professionnelles de femmes, etc.), les
OSC (Alliance Borderless, CUTS Africa, etc.),
les agences de développement (DfiD, USAID,
UE, etc.), les institutions financières internationales
(Afreximbank, Ecobank, etc.) et
d’autres entités, à imaginer de nouvelles
alliances, de nouveaux partenariats et de
nouvelles conditions d’engagement, afin de
garantir que la mise en oeuvre de l’AfCFTA
saura répondre aux attentes de ses partisans,
au profit des gouvernements, des entreprises
et des citoyens de la zone.

En revanche, l’accord sur l’AfCFTA ne peut pas
résoudre tous les problèmes de l’Afrique à
lui seul. Si l’on veut s’attaquer au commerce
intra-africain, faible mais constant, tout le
monde doit mettre la main à la pâte afin
d’aider l’Afrique à se développer, à avancer
et à commercer. Cela implique d’investir
davantage dans les infrastructures manquantes,
qu’elles soient matérielles (routes,
ports, ponts, etc.) ou immatérielles (gouvernance,
corruption, responsabilité, etc.), mais aussi d’établir des liaisons de marché
sur l’ensemble du continent et, surtout, de
construire une base industrielle locale et
compétitive afin d’améliorer les processus
de fabrication et de production, et ainsi permettre
aux pays africains d’être compétitifs
sur les marchés internationaux et de profiter
de l’ajout de valeur dans leur économie
nationale respective. Au Ghana, la GCX
aura peu d’utilité si les producteurs et les
fabricants d’Afrique de l’Ouest ne peuvent
pas vendre librement leur marchandise hors
de leurs frontières, qu’il s’agisse de produits
bruts ou de produits transformés.

Un manque de mise en oeuvre
au niveau régional
. S’il reste un potentiel encore largement inexploité
en Afrique de l’Ouest en matière d’agriculture,
tous les pays ne parviendront pas à
l’autosuffisance. En effet, pour accéder à la
sécurité alimentaire, un pays a besoin d’un
environnement propice qui l’aide à renforcer
ses capacités à produire un plus petit nombre
de produits compétitifs, assorti d’un environnement
favorable qui permette l’importation
de produits de bases non disponibles en provenance
des pays voisins. Malheureusement,
les communautés économiques régionales
ne parviennent pas à faire appliquer leur réglementation
locale à l’échelle nationale, en
raison de l’absence de mise en oeuvre au niveau
régional et de mécanismes de sanction
à l’encontre des pays qui ne respectent pas
ces lois. Cette difficulté est d’autant plus exacerbée
par la présence de nombreux postes
de contrôles le long des corridors, la corruption
endémique, la non reconnaissance
réciproque des documents juridiques et la
différence d’interprétation de certains textes
régionaux, comme ce fut le cas pour la limite
de charge des véhicules routiers. La crise qui
sévit actuellement suite à la fermeture des
frontières nigérianes et ses conséquences
sur les échanges commerciaux intra-régionaux
légitimes illustrent parfaitement le fait
que certains pays ne sont pas en mesure
d’accorder leurs intérêts nationaux avec ceux
de la région et du continent. Le nombre de
postes de contrôle routiers témoigne également
de cette situation.

La Ghana Shippers Authority a réalisé il y a
peu une mission d’enquête qui a révélé la
présence de quelque 75 postes de contrôle le
long du corridor Tema-Paga reliant le Ghana
au Burkina Faso, et ce pour un sens de circulation
uniquement. Ce nombre a été confirmé
lors d’une autre mission d’enquête réalisée
par un chercheur du “African Governance
and Space” (AFRIGOS), un projet mené par
le Centre d’études africaines de l’université
d’Édimbourg qui consiste à étudier les corridors
continentaux sur cinq ans. Lors de sa
mission, le chercheur a également dénombré
pas moins de 320 bandes rugueuses sur la
même portion de route, qui sont à l’origine
d’importants retards et d’une hausse des
coûts de transports et de commerce le long
de ce corridor, auxquels s’ajoute la détérioration
considérable des produits due à l’état
des infrastructures.

Le rôle moteur du Ghana
dans la mise en oeuvre de l’AfCFTA
. Il est temps pour l’Afrique de l’Ouest d’admettre
faire face à un problème et de trouver
des solutions africaines aux difficultés qu’elle
rencontre. L’accord relatif à l’African Continental
Free Trade Area offre à la région l’occasion
de se détacher des anciennes structures
commerciales coloniales et de générer véritablement
de la croissance économique et de
la prospérité, en encadrant ses nombreux citoyens
et ses différentes ressources de façon
à gagner en intégration et en prospérité, au
profit des gouvernements, des entreprises et
des populations. Le Ghana peut jouer un rôle
décisif dans la mise en oeuvre de l’AfCFTA en
Afrique de l’Ouest. En effet, le pays accueille
le Secrétariat de la zone et joue un rôle moteur
historique dans l’intégration régionale et
continentale. Il doit cependant d’abord relever
les défis qui se présentent à lui et proposer
une solution durable aux difficultés qui l’empêchent
de libérer tout le potentiel de son
économie.

Ziad Hamoui est le membre fondateur et
ex-président de l’Alliance Borderless
en Afrique de l’Ouest.
Il préside aujourd’hui le Comité national
de l’Alliance Borderless au Ghana.
Organisation de plaidoyer régionale multipartite,
elle entend promouvoir l’intégration économique
en Afrique de l’Ouest et faciliter le commerce et
le transport dans la région.

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