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Le CICB, une interprofession utile et nécessaire pour les producteurs ?

Malgré les difficultés du Comité interprofessionnel des filières céréales et niébé du Burkina Faso (CICB), les producteurs de céréales ne souhaitent pas enterrer cette interprofession. Pourquoi ? Quels intérêts trouvent-ils dans cette organisation ?



Entretien avec Soumaïla Sanou, président du CICB et Bassiaka Dao, président de la Confédération paysanne du Faso (CPF)

Grain de sel : Pouvez-vous présenter brièvement le CICB ?
Soumaïla Sanou et Bassiaka Dao : Le Comité interprofessionnel des filières céréales et niébé du Burkina (CICB) a été constitué en 2003. Il réunit les professionnels des filières céréales et niébé : des producteurs, des commerçants, des transporteurs, des transformateurs et des sociétés privées (vendeurs d’intrants et d’équipements agricoles).
Dans ce Comité, on discute des problèmes de ces filières en essayant d’y apporter des réponses. On fournit des informations et on propose des actions à conduire pour lever les obstacles au développement de la filière. Le Comité a joué un rôle important dans la mise en oeuvre du plan d’actions sur les céréales du gouvernement burkinabè.
Des structures de représentation décentralisées (Comités interprofessionnels régionaux) ont été mises en place dans les 13 régions du Burkina.

GDS : On entend beaucoup de critiques sur le CICB. En tant que producteurs, que pensez-vous du CICB ? Selon vous, cette organisation est-elle intéressante ?
SS et BD : Au Burkina Faso, on s’intéresse depuis peu aux organisations interprofessionnelles. La première interprofession a été mise en place en 2001 : c’était le Comité interprofessionnel du riz du Burkina (CIRB), qui a connu des difficultés. Tout d’abord le CIRB a été créé sur initiative de l’État, avant même que les producteurs rizicoles ne soient structurés en organisation faîtière (nationale). Les producteurs étaient « représentés » par des individus, parfois peu représentatifs. L’Union nationale des producteurs de riz du Burkina (UNPRB) n’a été créée qu’en 2005, et elle ne fait pas encore partie officiellement du CIRB. On notait aussi une absence de concertation des producteurs en amont des rencontres interprofessionnelles : ils arrivaient en « ordre dispersé » face à des commerçants bien organisés, ce qui ne les aidait pas dans les négociations. Le CIRB a été, de fait, un outil pour mettre en oeuvre le plan d’action de la filière riz défini par l’État avec l’appui de ses partenaires financiers. Ce plan d’action stratégique aurait dû être défini par l’interprofession.
Au niveau du CICB (filières céréales et niébé), nous avons appris de l’expérience de l’interprofession riz et nous avons essayé de ne pas répéter les mêmes erreurs. Lorsque le CICB a été créé, il existait déjà une union des producteurs céréaliers au sein de la Fédération des professionnels agricoles du Faso (Fepa-B). Il est vrai que la création du CICB s’est faite aussi par le « haut » : c’est l’État qui a pris l’initiative de créer cette interprofession pour mettre en oeuvre le plan d’action « céréales ».
Le CICB a aussi rencontré beaucoup de difficultés. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut abandonner l’idée d’une interprofession céréalière. En effet, nous pensons que cette interprofession deviendra vraiment fonctionnelle progressivement. Faire discuter et travailler ensemble des acteurs qui ne s’étaient jamais rencontrés auparavant demande du temps. Producteurs et commerçants ont certes des intérêts divergents, mais également complémentaires sur certains points. Surtout, selon nous, le CICB est le lieu idoine pour organiser les marchés céréaliers et gérer l’offre. C’est sur cela que peut reposer toute son utilité, en particulier pour les producteurs.

GDS : Quels sont, plus précisément, les grands chantiers actuels du CICB ?
SS et BD : Le CICB a facilité des mises en relation et contractualisations entre producteurs de céréales et acheteurs (brasseries et aviculteurs). Les contrats portent sur des prix, des volumes et des délais de livraison négociés. Les acheteurs précisent également les variétés de céréales, les qualités et normes qu’ils souhaitent. Grâce à ces contrats, les producteurs s’assurent des débouchés pour leurs céréales, à des prix négociés et connus à l’avance. De leur côté, les acheteurs sont sûrs de leur approvisionnement, à des dates, prix et qualités convenus à l’avance. C’est aussi un avantage pour eux !
Pour pouvoir négocier les prix avec les acheteurs, il faut d’abord que les producteurs connaissent leurs coûts de production. Or la maîtrise des coûts de production par les producteurs n’est pas chose courante, donc nous travaillons dans ce sens.
Le CICB facilite également l’accès aux engrais pour les producteurs, en faisant des crédits de campagne. En vue d’améliorer la qualité des céréales, il a doté de bascules et égreneuses certains groupements de producteurs.

GDS : Quelles sont les perspectives du CICB ?
SS et BD : Si nous avons réussi à établir des contractualisations avec des entreprises agro-alimentaires et des aviculteurs « modernes », la mobilisation des commerçants et petits transformateurs au sein du CICB reste cependant difficile. Ces acteurs ne voient pas encore ce qu’ils ont à gagner à s’investir dans une telle organisation. Ils préfèrent aller voir directement les producteurs individuels et payer leur production à vil prix.
Par ailleurs, notre plan d’action étant désormais terminé, le CICB n’a pour l’instant aucun financement. Nous sommes en train de chercher des partenaires financiers.

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