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publié dans Revue Grain de sel le 17 décembre 2008

Maïs, mil, sorgho : des cultures d’avenir ou laissés pour compte de la crise?

G. Roger Zangré

CéréalesVolatilité et flambée des prixAfrique de l’Ouest

Vous lisez un article de la publication "43 : Hausse des prix agricoles".

Les céréales sèches sont cruciales pour la sécurité alimentaire dans nombre de pays sahéliens mais leurs systèmes de production sont encore peu performants. Dans le contexte des prix mondiaux élevés, seront-elles davantage valorisées ? Entretien avec G. Roger Zangré, phytogénéticien burkinabè

Grain de sel : En réaction à la hausse des prix, les céréales sèches ont-elles bénéficié d’autant d’attention de la part des politiques publiques que le riz ?

Roger Zangré
Roger Zangré Roger Zangré : La quasi-totalité des pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad) réagissent par des mesures sans précédent visant à promouvoir l’agriculture au plan national. Mais ces mesures se sont souvent limitées à accroître la production du riz, délaissant carrément les céréales sèches (sorgho, mil et maïs) qui sont pourtant la base de l’alimentation, surtout en milieu rural.

Pour la campagne 2008, le Burkina Faso s’est engagé à réaliser la couverture des besoins des producteurs en engrais et en semences afin de doubler la production de riz. Sept milliards de FCFA ont été mobilisés. De son côté, le Mali a mis en place « l’Initiative Riz » qui prévoit une production record de 1 600 000 tonnes et un fi- nancement estimé à 42 milliards de FCFA (64 122 137 €). Les céréales sèches, elles, n’ont pas bénéficié de la même attention.

GDS : Quelles mesures ont été prises en faveur du développement des céréales sèches ?

RZ : Au Burkina Faso, la seule mesure digne d’intérêt prise en direction de ces céréales est la vente de semences à prix réduits aux paysans. Cela dit, elle existait dès 2007. Les pouvoirs publics des pays sahéliens ont voulu parer au plus pressé en agissant sur la réduction drastique de la dépendance du riz importé (en hausse de 40 à plus de 50 % dans ces pays en 2008). Des politiques sont certes destinées à développer la filière céréalière, même si elles traînent encore à avoir un impact significatif sur l’accroissement de la production. Au Burkina Faso, depuis les années 1990, le gouvernement a agi sur l’organisation de la filière, la promotion de la petite irrigation, l’amélioration des variétés, etc. Ainsi, depuis quelques années, le pays dégage des excédents (1 052 895 tonnes en 2005-2006), mais ces derniers fondent en une année de sécheresse (2007-2008). Toutes ces mesures sont donc loin d’être suffisantes et gagneraient à être améliorées et renforcées en vue de disposer de systèmes de production céréalière plus durables et productifs.

GDS : À quels obstacles se heurtent les systèmes de production de céréales sèches et quelles sont les perspectives de développement ?

RZ : Dans la plupart des pays, la production des céréales sèches a progressé au cours des dix dernières années mais ceci est plus lié à l’augmentation des surfaces cultivées qu’à celle des rendements. Les principales contraintes à la production de ces céréales sont :

  • la pauvreté des sols et la faible utilisation des intrants. Le sorgho et le mil sont victimes de leur rusticité (ils s’accommodent de conditions difficiles), les producteurs ne pensent pas à apporter les fertilisants nécessaires ;
  • une pluviométrie capricieuse. Ces cultures ne bénéficient d’aucun apport complémentaire d’eau, en dehors des pluies qui sont insuffisantes et irrégulières ;
  • la faible productivité des variétés traditionnelles (qui représentent plus de 90 % des superficies) ;
  • la sensibilité aux nuisibles ;
  • la faiblesse du marché et de la transformation à valeur ajoutée. Les systèmes de production de sorgho et mil, pour être durables, doivent être intensifiés car la nécessité de nourrir une population toujours croissante passe par l’accroissement de la production. Ainsi, une politique de fertilisation, de gestion et conservation de l’eau, d’exploitation du potentiel génétique (notamment sur la résistance/tolérance à la sécheresse), est nécessaire. De même, il importe de mieux prendre en compte le marché, d’organiser un système semencier, d’élaborer des supports de vulgarisation et de formations aux techniques culturales améliorées.

GDS : Faut-il prévoir un déclin inéluctable des productions de mil et sorgho au profit du maïs et du riz ou existet- il un réel potentiel ?

RZ : En tenant compte de l’étendue des superficies emblavées par le mil et le sorgho, des types de sol sur lesquels elles poussent, de leur importance dans la sécurité alimentaire des pays sahéliens, on peut affirmer que ces céréales ont de beaux jours devant elles. Pour peu que l’on s’en occupe. En effet, plusieurs facteurs jouent en leur faveur, des besoins plus faibles en eau, une bonne adaptation aux sols sur lesquels le maïs et le riz ne peuvent pousser sans un aménagement particulier, etc. Il existe un potentiel. Il y a des variétés améliorées à pollinisation ouverte de sorgho et de mil qui donnent respectivement des rendements de plus de 4 tonnes et 2 tonnes à l’hectare. Dans les différents pays, des programmes de recherche sur les deux céréales existent et sont puissants dans leur conception malgré le manque de financement devenu chronique ces dix dernières années. Au Burkina Faso ces programmes concernent la fertilisation, le travail du sol, la maîtrise de l’eau, le système de production et l’amélioration variétale.

Une version longue de cet entretien (réalisé par échange de mails le 4/11/08) est publiée en ligne : www.inter-reseaux. org

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