The content bellow is available only in French.

Ceci est un article de la publication "Grain de sel N°87 : Le commerce équitable en action(s)", publiée le 11 mars 2025.

Enjeux : Générer de la valeur ajoutée dans le maillon de la transformation

Inter-réseaux/AVSF/Emilie Langlade (Inter-réseaux)/Moussa Barro (AVSF)

MangueTransformationGestion durable des ressources naturellesKaritéAnacardeCommerce équitableBurkina FasoArticle

La transformation des produits agricoles permet aux coopératives d’améliorer leurs marges bénéficiaires tout en favorisant la création d’emplois locaux. Mais les coûts élevés des équipements et la capacité de gestion technique représentent plusieurs défis. À travers plusieurs mécanismes clés, le commerce équitable appuie ce maillon essentiel de la chaîne de valeur. C’est ainsi que la Coopérative agricole du Kénédougou (COOPAKE) a su s’imposer comme un acteur majeur du commerce équitable et de la transformation de mangues et de noix de cajou au Burkina Faso. Entretien avec son coordinateur Souleymane Konate.

Grain de sel : Comment la COOPAKE est-elle devenue une coopérative pionnière dans le secteur de la transformation ?

Souleymane Konate : La COOPAKE est née en 1963 avec l’objectif initial de structurer la production et la commercialisation de la mangue dans la province du Kénédougou. À cette époque, les producteurs et productrices faisaient face à des pertes considérables : les mangues fraîches étant hautement périssables, une grande partie de la production disparaissait. Une première réponse au problème est apparue en 1993, avec une unité de séchage de mangues qui a permis de prolonger la durée de conservation et d’accéder à des marchés plus rémunérateurs. Cependant, les capacités de production restaient limitées, et les équipements rudimentaires rendaient la transformation coûteuse et peu compétitive.

La première étape vers une amélioration significative a été franchie entre 2000 et 2004, avec l’engagement de la coopérative dans une démarche de certification biologique. En 2005, après avoir pris connaissance des opportunités offertes par le commerce équitable, la coopérative a poursuivi ses efforts en engageant un processus de certification en commerce équitable. Cette double certification a permis à la COOPAKE de s’ancrer plus solidement sur les marchés internationaux et d’accéder à des mécanismes de financement essentiels pour moderniser ses équipements.

GDS : Quelle a été la stratégie d’innovation choisie ?

Souleymane Konate : Grâce aux premières ventes de mangues séchées certifiées commerce équitable, les primes reçues (de 1 million à 3 millions de francs CFA) ont été investies en 2008 pour nous permettre de nous diversifier avec une unité de transformation de noix de cajou. En 2016, le programme Équité, co-piloté par AVSF et Commerce Équitable France, a marqué un tournant. Avec le soutien des partenaires techniques, la coopérative a modernisé ses infrastructures grâce aux cofinancements tout en améliorant son impact environnemental.

Notre unité, située près d’une zone habitée, fonctionnait à l’époque avec des chaudières alimentées au bois et au butane, ce qui rendait le travail très difficile et polluant. C’est là qu’est venue l’idée d’une chaudière à pyrolyse qui utilise les coques d’anacardes. Combinés à de nouvelles machines de séchage et d’emballage sous vide (qui améliore la durée de conservation des noix de cajou et maintient leur qualité organoleptique), ces investissements, d’une hauteur de plus de 20 millions de FCFA, ont considérablement amélioré la productivité et réduit les coûts énergétiques.

Cette technologie a permis d’améliorer la qualité des produits séchés (avec un séchage homogène et une bonne coloration des produits) et a diminué la pénibilité du travail. La production a également augmenté, avec un temps de séchage réduit à 18 heures au lieu de 24. Enfin, l’utilisation des coques de cajou comme combustible a permis d’abandonner le gaz butane et le bois de chauffe, préservant la forêt et entraînant ainsi une économie d’environ 5 millions de FCFA par campagne.

GDS : Quels ont été les impacts concrets pour les 273 membres de la coopérative ?

Souleymane Konate : Depuis la mise en place des infrastructures de transformation, la COOPAKE connaît une croissance remarquable. Le chiffre d’affaires est passé de moins de 100 millions de FCFA à environ 500 millions de FCFA aujourd’hui.

Cette augmentation nous a permis d’organiser plus d’actions de renforcement des capacités au profit des adhérents sur les techniques de production durable comme l’association intelligente de cultures, la fabrication de compost, les pratiques de l’agriculture biologique et la lutte intégrée contre les ravageurs. Nous avons également développé des services à leur profit, comme le Système d’information de marché (SIM), qui leur permet de prendre de bonnes décisions de vente de leurs produits, y compris pour ceux vendus sur les marchés locaux non couverts par les certifications.

Les volumes de matières premières achetées auprès des membres ont augmenté, et par ricochet leurs revenus, car les prix payés par la COOPAKE sont plus élevés que ceux du marché local (+20 %). Ces résultats concrets témoignent de l’effet levier de la transformation sur les conditions de vie des producteurs et productrices. En termes d’emplois, nous comptons une dizaine de salariés permanents et environ 250 saisonniers. Les élèves de plus de 18 ans sont ciblés par ces emplois saisonniers pendant les vacances, ce qui leur permet au bout de 3 mois de travail de constituer un fonds pour le paiement de leur scolarité.

Un autre aspect important est l’activité de karité gérée par les femmes. Nos vergers sont certifiés équitables et biologiques et ont une bonne densité d’arbres à karité dont les produits n’étaient pas encore valorisés sous nos certificats.
La campagne de la mangue se déroule généralement d’avril à fin juillet, tandis que celle de l’anacarde débute en mai et s’achève autour d’octobre-novembre. Entre ces périodes, il y a des moments creux, durant lesquels certaines femmes n’ont pas beaucoup d’activités. La transformation des noix de karité en beurre commence généralement en novembre et se poursuit jusqu’en février, profitant des températures plus fraîches.

Ce calendrier de production a donc permis de combler les périodes creuses et d’assurer des activités tout au long de l’année. Aujourd’hui, les femmes sont plus présentes dans notre gouvernance. Elles assurent la production, la commercialisation et participent activement à la gestion au sein de la coopérative. Nous avons deux femmes élues au Conseil d’Administration.

GDS : Quelle est votre vision pour l’avenir ? Est-ce qu’il y a aussi des opportunités à développer pour les marchés locaux ?

Souleymane Konate : L’objectif à moyen terme est d’atteindre d’ici à 2030 un chiffre d’affaires de 1 milliard de FCFA en poursuivant la diversification des produits. Une boutique a été inaugurée en 2022 pour développer les ventes sur le marché local, avec pour ambition de capter 20 % du marché intérieur pour la mangue et la noix de cajou d’ici cinq ans. En parallèle, la coopérative envisage d’étendre ses exportations vers de nouveaux marchés, notamment en Asie et en Amérique du Nord.

Notre vision est de devenir une coopérative de référence dans la transformation agroalimentaire et la production durable, en plaçant la satisfaction de tous – membres, clients et employé·es – au cœur de nos priorités.

L’objectif que nous poursuivons n’a pas encore été pleinement atteint, car une grande partie de la production repose encore sur des processus manuels. Nous devons aller plus loin et maximiser nos capacités. Il est donc essentiel d’investir dans des équipements plus performants semi-industrialisés, voire industrialisés, en veillant à respecter les principes de protection de l’environnement.

Entretien réalisé par
Emilie Langlade (IR) et Moussa Barro, responsable adjoint du programme Équité – AVSF Burkina Faso

Restez informé⸱e !

Abonnez-vous à nos publications et bulletins pour les recevoir directement dans votre boîte mail.

« * » indique les champs nécessaires

Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.

Autres articles qui pourraient vous intéresser

Sommaire N°87

Découvrez les impacts et évolutions du commerce équitable, son rôle dans le développement agricole en Afrique de l’Ouest et ses défis pour un prix juste et durable.

Lire PDF
Pages Repères
Commerce Équitable France, Inter-réseaux

Explorez l’histoire du commerce équitable, ses impacts et mécanismes, avec une frise détaillant 70 ans de labels et alliances pour la justice sociale et écologique.

Lire PDF
Cadrage : Le label WFTO, une approche de certification alternative
Bernard Outah (WFTO)

Découvrez comment la WFTO certifie des organisations entières à travers un système de garantie abordable, adapté aux petits producteurs et artisans du commerce équitable.

Lire PDF
Cadrage : Certifications et garanties : quels outils pour les organisations paysannes ?
AFDI, Céline Weymann

Découvrez comment l’agroécologie et les pratiques sociales valorisent les produits de terroir grâce aux outils de garantie pour un commerce équitable, selon l’étude Afdi 2022.

Lire PDF
Cadrage : Le défi du prix juste : comment fixer un prix équitable ?
Commerce Équitable France, Julie Maisonhaute

Découvrez comment le commerce équitable établit un prix d’achat juste dans l’agriculture, en équilibrant revenus des producteurs, coûts de production et durabilité.

Lire PDF
Enjeux : Le commerce équitable, levier trop méconnu de la transition agroécologique
AVSF

Explorez comment le commerce équitable en Afrique de l’Ouest renforce les agricultures familiales, favorisant la transition agroécologique et l’autonomie grâce à un appui diversifié.

Lire PDF
Enjeux : Les nouveaux acteurs burkinabè entre doute et espoir
Issaka Sommandé (PNCE-BF)

Découvrez comment le commerce équitable transforme le Burkina Faso en offrant des opportunités lucratives aux producteurs malgré les défis sécuritaires.

Lire PDF
Perspectives : Changer les règles du commerce international !
GRET, Laurent Levard

Découvrez comment le commerce équitable, malgré ses avancées, doit s’étendre à grande échelle pour relever les défis écologiques et sociaux actuels du commerce international.

Lire PDF
Perspectives : Différentiel de revenu décent : « les rapports de force ont changé »
Emilie Langlade (Inter-réseaux), Inter-réseaux

La Côte d’Ivoire et le Ghana, contrôlant 60 % du marché mondial du cacao, introduisent un « différentiel de revenu décent » pour équilibrer les revenus des producteurs et renforcer le commerce équitable.

Lire PDF
Perspectives : Fairtrade Africa : faire de l’équité une réalité sur les marchés
Emilie Langlade (Inter-réseaux), Inter-réseaux

Fairtrade Africa promeut le commerce équitable en Afrique à travers ses plaidoyers et dialogues stratégiques, protégeant les producteurs face aux fluctuations du marché mondial.

Lire PDF
Perspectives : Les planteurs inventent le cacao durable : l’innovation par la transition agroforestière
Abelle Galo Kla (ID-COCOA), François Ruf

Découvrez comment des planteurs ivoiriens innovent pour cultiver du cacao durable, malgré les défis environnementaux, en combinant cacaoyers et hévéas.

Lire PDF
Vue d’Ailleurs : De la mangue équitable des Hauts Bassins burkinabè à la groseille éthique des Monts du Lyonnais
Emilie Durochat

Découvrez « Fermes du Monde », un réseau mondial promouvant une agriculture locale et durable, inspirant le commerce équitable local en Rhône-Alpes grâce à Dominique Bissardon.

Lire PDF
Vue d’Ailleurs : L’émergence d’un commerce équitable local en France
Emilie Durochat

Découvrez l’évolution du commerce équitable « Origine France », reliant producteurs locaux et agroalimentaire avec des prix justes et des engagements durables depuis 2010.

Lire PDF
Vue d’Ailleurs : Imagine un monde sous commerce équitable
Fernand Eyeghe

Découvrez une réflexion poétique sur un modèle de société utopique centrée sur le commerce équitable, explorée par Fernand Eyeghe, philosophe gabonais.

Lire PDF
Processus : Tisser des liens entre acteur·ices du Sud et du Nord, une ambition commune à Inter-réseaux et Commerce Équitable France !
Commerce Équitable France, Inter-réseaux

Découvrez le partenariat inédit entre Inter-réseaux Développement rural et Commerce Équitable France pour enrichir le dialogue autour du commerce équitable et valoriser les collaborations existantes.

Lire PDF
Du côté des membres
Inter-réseaux

Découvrez comment les membres d’Inter-réseaux influencent le commerce équitable en assurant un revenu équitable et encouragent les transitions agroécologiques durables.

Lire PDF
Portrait : Florence Blankson, la voix du leadership
Emilie Langlade (Inter-réseaux), Inter-réseaux

Découvrez l’engagement et la vision inspirante d’une productrice d’ananas bio, pionnière du commerce équitable en Afrique de l’Ouest, sur le rôle crucial des femmes.

Lire PDF