Fairtrade Africa est l’organisation qui représente le label Fairtrade/Max Havelaar en Afrique. Elle participe aux dialogues stratégiques entre acteurs des chaînes de valeur pour promouvoir le commerce équitable et protéger les producteur·ices de la volatilité des marchés. Sa certification est utilisée dans 29 pays africains, pour 18 produits différents. Entretien avec son directeur exécutif Isaac H. Tongola.
Grain de sel : Vous représentez un label, mais vous avez également une mission de plaidoyer qui défend les familles paysannes. Quelle est votre stratégie d’influence pour faire émerger des réglementations qui leur soient plus favorables sur le marché mondial ?
Nous évoluons dans un contexte où les rapports de force sont importants à considérer. Les grandes entreprises exercent une forte pression sur les marchés, et les politiques nationales peuvent soutenir ou bien entraver notre travail. Nous opérons au sein d’un réseau d’acteurs comprenant producteur·ices, consommateur·ices, entreprises privées, ONG, gouvernements et organismes internationaux. Et au final, le succès de nos plaidoyers dépend fortement de la compréhension des enjeux par les consommateur·ices.
Notre plan stratégique 2021-2025 repose sur trois axes : intensifier le dialogue direct avec les institutions (via conférences, ateliers, journées du commerce équitable, sommets…), renforcer les capacités de plaidoyers des réseaux de producteur·ices et élargir les marchés du commerce équitable en protégeant les producteur·ices contre des réglementations injustes.
Ainsi, en Afrique de l’Ouest, nous sommes engagés dans des coalitions sur le cacao durable et les mécanismes de rémunération. En Côte d’Ivoire et au Ghana, nous interagissons avec les régulateurs et l’Initiative Côte d’Ivoire-Ghana sur la norme African Regional Standard (ARS) qui vise à harmoniser les exigences de qualité, de durabilité et de traçabilité du cacao produit en Afrique. Nous y défendons également le principe de prix de référence (LIRP – Living Income Reference Price) pour un revenu décent en plus du prix minimum Fairtrade. En Afrique centrale et orientale, nous travaillons sur des propositions de réglementation concernant la fixation des prix du sucre au Malawi et sur l’augmentation des marchés floraux au Kenya.
À l’échelle mondiale, en coordination avec Fairtrade International et d’autres réseaux de producteurs en Asie et en Amérique, nous défendons une répartition équitable des responsabilités et des coûts liés aux nouvelles régulations européennes. Parallèlement, nous travaillons sur l’intégration des principes du commerce équitable dans le commerce sud-sud, notamment à travers la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Grain de sel : Vous devez constamment composer entre la défense des intérêts des petits producteur·ices, les exigences des marchés et la pression des multinationales. Quels sont les points de tension avec les transformateurs de cacao ?
Les grands transformateurs de cacao sont souvent réticents à acheter des volumes plus importants de cacao certifié ou à entrer dans des contrats à long terme (de trois ans ou plus). Ils les considèrent comme risqués en raison des fluctuations des prix. De tels engagements sont pourtant essentiels pour fournir aux familles paysannes un revenu prévisible.
L’autre point concerne les marges bénéficiaires que souhaitent les transformateurs. Cela peut entraîner une réticence à adopter le paiement de primes plus élevées ou la garantie du prix minimum. Les transformateurs sont souvent attirés par des schémas de certification moins coûteux ou par des chaînes d’approvisionnement non certifiées qui ne respectent pas les mêmes normes sociales et environnementales. Fairtrade Africa continue d’associer les transformateurs dans un dialogue continu, pour une chaîne d’approvisionnement en cacao plus équitable, tout en soulignant leur responsabilité vis-à-vis de la durabilité de la filière.
Grain de sel : Quels sont les nouveaux obstacles auxquels Fairtrade Africa fait face ?
Au fil des ans, il y a eu une prolifération de normes de certification en matière de durabilité et d’éthique sur le marché. Bien que cela indique un intérêt croissant pour les pratiques durables, cela crée une confusion chez les consommateur·ices, acheteur·euses et même producteur·ices, surtout quand les garanties sociales, environnementales et économiques de ces normes alternatives manquent de robustesse.
Le changement climatique est également devenu un thème central pour Fairtrade Africa. Face à ce défi grandissant, notre plaidoyer souligne désormais les contributions du commerce équitable à la durabilité environnementale, en plus de ses impacts sociaux et économiques pour les exploitations paysannes.
Entretien réalisé par Emilie Langlade avec Elvis Core Sery, responsable Fairtrade Afrique de l’Ouest – Politiques et Plaidoyer.




