En Afrique de l’Ouest, le commerce équitable reste souvent perçu par le grand public ou les décideurs politiques comme l’initiative marginale de quelques acteurs privés. Pourtant, dans un nombre croissant de filières (cacao, karité, fruits…), des productrices et producteurs se structurent, non seulement au niveau des coopératives mais aussi au niveau national et régional, améliorant la situation économique et sociale de dizaines de milliers de personnes. Il est temps de changer notre perception du commerce équitable. Bien plus qu’un marché de niche, le commerce équitable incarne des principes fondamentaux de justice sociale et d’attention aux écosystèmes qui ambitionnent la transformation profonde des modes de production et de consommation grâce à des modalités d’échange renouvelées.
Ce Grain de sel, co-réalisé par Inter-réseaux et Commerce Équitable France, explore le concept de commerce équitable dans toutes ses dimensions : ses réussites, ses limites, ses contraintes et les débats qui l’entourent. Il met en lumière la dynamique d’un mouvement social singulier caractérisé par sa diversité et qui fait évoluer ses pratiques sans pour autant oublier ses principes et valeurs de base :
Oui, le commerce équitable se pose en alternative au libre-échange qui aligne les prix agricoles mondiaux sur les coûts apparents de production des exploitations les plus compétitives. Il plaide pour une transformation des régulations du commerce, pour des échanges justes et non destructeurs des économies domestiques.
Oui, le commerce équitable contribue à promouvoir une économie dans laquelle les entreprises visent aussi des résultats en matière sociale et environnementale. En retissant les liens entre producteur•ices et consommateur•ices, il peut transformer la société, participant à l’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale.
Oui, le commerce équitable, historiquement lié à l’exportation de matières agricoles primaires, peut favoriser leur transformation dans les zones même de production, comme l’illustrent de nombreuses initiatives (cacao, karité, anacarde).
Et oui, le commerce équitable est une source d’inspiration pour certaines politiques publiques (devoir de vigilance des multinationales) et se projette comme outil complémentaire de mise en oeuvre d’autres politiques publiques (règlement européen contre la déforestation et le travail des enfants).
Mais dans un contexte de mondialisation, de dérèglement climatique et d’inégalités économiques et sociales, le commerce équitable tient-il ses promesses ? Favorise-t-il un rééquilibrage profond des rapports Nord-Sud sans reproduire de nouvelles formes d’exclusion ? Les défis sont majeurs. L’approche par la certification peut aussi être un frein. Sans accompagnement ni soutien aux organisations paysannes, elle risque de laisser de côté celles et ceux qui en auraient le plus besoin. C’est pourquoi le commerce équitable ne peut se limiter à un cadre normatif.
En donnant une visibilité aux acteur•ices du mouvement en Afrique de l’Ouest, ce Grain de sel rappelle que le commerce équitable est un outil de transformation des filières. Il analyse son rôle dans « l’empowerment » des producteur•ices et son potentiel pour accompagner les transitions agroécologiques. Plus qu’un modèle économique, le commerce équitable interroge la place et la dignité de chacun•e dans les chaînes de valeur et, plus largement, dans la société. Il doit favoriser une montée en puissance des organisations paysannes, leur permettant non seulement d’accéder aux marchés équitables, mais aussi de structurer des filières selon leurs propres priorités.
Bonne lecture !




