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publié dans Revue Grain de sel le 18 octobre 2010

Des opportunités historiques pour la filière rizicole du Nigeria

adiagne / ibamba / J. Manful / ojajayi-ng

RizNigeria

Vous lisez un article de la publication "51 : Le Nigeria".

La filière rizicole au Nigeria connaît une période de croissance, en raison notamment de fortes politiques de soutien. Des efforts restent cependant à fournir dans le domaine de l’accès aux semences améliorées et de la qualité, pour que le riz local puisse pleinement répondre aux besoins des consommateurs urbains.

Au Nigeria, la filière rizicole locale fait vivre de nombreux producteurs, transformateurs et commerçants. Toutefois, elle ne parvient pas à satisfaire les besoins des consommateurs du pays. Le Nigeria importe chaque année en moyenne 1,7 millions de tonnes de riz blanc, ce qui le place au deuxième rang mondial des importateurs de riz. Le coût de ces importations en riz représente un manque à gagner important pour le pays en termes d’emplois et de revenus.

Des politiques rizicoles volontaristes. Étant donné le rôle crucial que joue le riz dans la sécurité alimentaire des ménages urbains et ruraux, le développement de la filière rizicole locale est considéré depuis longtemps comme une priorité au Nigeria. Le pays s’est ainsi doté d’une gamme d’instruments visant à protéger sa production locale. Mise en place en 2009, la Stratégie nationale de développement de la fi- lière rizicole (Nigerian national rice development strategy, NRDS) vise à atteindre l’autosuffisance du pays en augmentant la production de riz paddy de 3 400 000 à 12 800 000 tonnes entre 2007 et 2018. Pour atteindre ce niveau de production, la NRDS identifie trois axes prioritaires : (i) l’amélioration de la transformation du riz et du traitement post-récolte, (ii) le développement de l’irrigation et l’expansion des surfaces cultivées et (iii) une meilleure disponibilité en semences, engrais et équipements agricoles.

Les déclarations politiques visant à atteindre l’autosuffisance en riz au Nigeria ne sont pas nouvelles. Mise en œuvre de 2001 à 2007, l’Initiative présidentielle sur le riz, portant sur le développement de la production, la transformation et l’exportation, visait l’autosuffisance et le développement des exportations rizicoles à l’horizon 2007. Si cette initiative a remis la filière rizicole au centre des préoccupations de développement du pays et a permis une augmentation de 4,5 % de la production de paddy entre 2001 et 2007, elle n’a cependant pas permis d’atteindre son principal objectif. En s’inscrivant dans la durée, la NRDS comprend plusieurs mesures clés, telles que les subventions aux intrants (50 % pour les semences et 25 % pour les engrais) et des réductions de droits de douane sur les importations d’équipements de transformation et de machines agricoles (comme les tracteurs). Si des mécanismes appropriés sont mis en place pour que les subventions soient prioritairement dirigées vers les agriculteurs les plus démunis et les acteurs les plus pertinents, on peut raisonnablement être optimiste quant à la capacité de la NRDS à stimuler la production nationale de riz.

La filière rizicole nationale est actuellement dominée par les échanges sur les marchés traditionnels. On note cependant l’émergence de différents types d’arrangements institutionnels qui reposent en partie sur le secteur privé, y compris les entreprises multinationales. Afin de produire du paddy et du riz blanc de haute qualité, diverses formes d’agricultures contractuelles entre producteurs et transformateurs sont en cours d’expérimentation. D’autre part, des mesures orientées vers l’investissement, tels que l’octroi de prêts concessionnels pour les investissements dans la transformation, attirent de plus en plus les capitaux étrangers. L’émergence de nouveaux acteurs contribue également à orienter les décisions politiques prises dans le secteur du riz nigérian. En 2010, les importateurs de riz, les rizeries et les commerçants du Nigeria ont mené une campagne de plaidoyer efficace auprès des politiques, ce qui a abouti à l’interdiction de réexporter du riz importé du Bénin vers le Nigeria.

Un potentiel de production sous exploité. Au Nigeria, la production de paddy est principalement assurée par des petits agriculteurs, plus de 30 % des riziculteurs cultivant moins de 1 ha et près de 60 % moins de 5 ha. Bien que la production de paddy soit passée de moins de 1 million de tonnes dans les années 1970 à 4,2 millions de tonnes en 2010, elle n’a pas suivi le rythme de l’augmentation de la demande. Les possibilités d’étendre et d’intensifier la production de riz dans les cinq écosystèmes rizicoles au Nigeria (plateau, plaine pluviale, plaine irriguée, basfonds et mangrove) sont considérables. Le potentiel de terres cultivables est d’environ 79 millions d’hectares. Sur les 3,9 millions d’hectares irrigables, moins de 10 % sont actuellement irrigués. Le rendement moyen en riz est de 3 à 3,5 t/ha dans les zones irriguées, ce qui est beaucoup plus faible que le potentiel de rendement estimé entre 7 et 9 t/ha. Cet écart de rendement peut être comblé par l’adoption de variétés améliorées, une meilleure gestion de l’eau et l’utilisation de pratiques de gestion intégrée de la culture du riz.

Le coût élevé des semences est l’un des principaux facteurs expliquant la faible demande de renouvellement des semences par les agriculteurs. Environ 57 variétés de riz ont été mises à disposition des agriculteurs, principalement au travers de mécanismes de sélection participative. Pourtant, ces variétés améliorées demeurent encore peu diffusées, et aujourd’hui une grande majorité de riziculteurs utilise principalement des semences paysannes produites et stockées sur leurs exploitations. Le système semencier formel est réglementé par le Conseil national des semences agricoles (National Agricultural Seed Council, NASC). La production de semences de pré-base est réalisée par des instituts de recherche (Centre national de recherche sur les céréales, NCRI et Centre du riz pour l’Afrique). Les semences de base sont ensuite produites par le NASC et les semences certifiées par les compagnies commerciales de production de semences.

Des enjeux autour de la qualité. La première priorité de la NRDS du Nigeria est l’amélioration des techniques de conservation post-récolte et de transformation du riz. Les pratiques traditionnelles utilisées par les agriculteurs pour la récolte, le battage, le séchage et le stockage contribuent généralement à diminuer la qualité et l’homogénéité du riz paddy livré aux rizeries. Le riz paddy de bonne qualité est souvent mélangé avec du riz paddy abîmé et contenant des impuretés. L’amélioration des opérations post-récolte nécessitera l’introduction de technologies améliorées, la sensibilisation et la formation des différents acteurs, ainsi que la valorisation de la qualité par un système de normes.

De plus, de nouvelles technologies d’étuvage et de décorticage doivent être adoptées afin d’améliorer la propreté et l’homogénéité du riz local par rapport au riz importé. L’étuvage est aujourd’hui majoritairement réalisé avec des techniques artisanales. Néanmoins des techniques d’étuvage mécanisé existent, mais leur diffusion reste limitée. Les petites et moyennes entreprises dominent le sous-secteur de la transformation du riz. En 2009, afin d’améliorer ce secteur, le gouvernement nigérian a décidé d’allouer 10 milliards de nairas (soit plus de 50 millions d’euros) pour soutenir la mise en place de 17 nouvelles rizeries privées. Malgré tout, d’importants investissements dans les techniques de transformation de haute qualité demeurent nécessaires, en particulier dans les domaines de l’épierrage et du blanchiment du riz. Le développement de ces investissements devrait être encouragé par une meilleure rémunération du riz décortiqué de qualité.

La forte consommation en riz, un élément moteur du marché. Depuis les années 1960 où il était surtout un mets de fête, le riz est aujourd’hui devenu une des bases de l’alimentation des Nigérians. La croissance urbaine a entraîné une augmentation continue de la consommation annuelle de riz, qui est passée de 8 kg par habitant en 1960 à 27 kg en 2007. Le marché du riz au Nigeria est segmenté par la qualité et le prix. Les plats traditionnels à base de riz sont confectionnés avec différents types de riz, ce qui se traduit par des modes de consommation en riz diversifiés à travers le pays. Le Nigeria est un grand bassin de consommation de riz local et donc un marché important qui attire également la production rizicole des pays voisins, comme le Cameroun. Dans les grands centres urbains, les consommateurs ont une préférence marquée pour le riz importé de haute qualité. Par ailleurs, la forte préférence pour le riz étuvé au Nigeria n’est pas uniforme dans tous les États. Le riz non étuvé est largement consommé dans l’État d’Ekiti, alors que la plupart des consommateurs de l’État du Niger préfèrent le riz étuvé. Dans les régions du Sud-Ouest du Nigeria, les variétés locales de riz « Ofada » se vendent cher sur le marché. Plusieurs études menées sur les préférences des consommateurs au Nigeria ont révélé que la propreté et l’uniformité du riz importé le rendent plus attractif que le riz local. Pour que le riz local puisse conquérir une part significative du marché actuellement détenu par le riz importé, notamment la catégorie des consommateurs urbains à revenus élevés, des efforts et des investissements substantiels sont nécessaires.


© Centre du riz pour l’Afrique

La nécessité d’investissements dans la durée. Malgré les politiques de soutien, la filière rizicole nigériane ne parvient pas à répondre aux besoins des consommateurs locaux, particulièrement en raison de l’instabilité des politiques publiques. Le développement d’institutions efficaces pour de meilleures coordinations verticales et horizontales dans la filière rizicole locale nécessite un environnement stable. Les efforts visant à établir un lien solide entre les différentes catégories d’acteurs de la filière au niveau national restent insuffisants. D’importants investissements sont nécessaires pour renforcer la capacité organisationnelle des organisations de producteurs, promouvoir une meilleure circulation de l’information entre les différents maillons de la filière, mais aussi pour établir et faire respecter les accords contractuels. En outre, il est crucial d’améliorer les infrastructures publiques, de sécuriser le réseau et la distribution d’électricité, et de réhabiliter et étendre le réseau routier. Ces investissements mettront du temps à porter leurs fruits en termes d’augmentation de la production d’un riz local de bonne qualité.

L’antenne du Nigeria du Centre du riz pour l’Afrique (http://www.warda.org/) est basée à l’IITA (Institut international d’agriculture tropicale), à Ibadan. Son objectif est de développer des variétés améliorées de riz et de nouvelles techniques de production adaptées aux différents écosystèmes du pays. La recherche est centrée sur la sélection de variétés de riz à haut rendement et résistantes aux stress.

Traduit de l’anglais par la rédaction.

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