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Entretien avec Maha Hussein Feraigon, assistante du secrétaire général de l’Union générale des femmes soudanaises (SWGU), au Soudan

Entretien avec Maha Hussein Feraigon, assistante du secrétaire général de l'Union générale des femmes soudanaises (SWGU), au Soudan

Entretien réalisé et traduit par Nathalie Boquien (Inter-réseaux – Grain de sel) lors du Forum paysan organisé par le Fida à Rome, le 13 février 2010.

Grain de sel (GDS) : Pouvez-vous vous présenter et présenter votre organisation ?
Maha Hussein Feraigon (MHF) :
Je m’appelle Maha Hussein Feraigon. Je viens de l’État d’Al Ghezira, un État très agricole au Soudan, et plus précisément, je viens d’une petite ville de cet État nommée Ruffaa. Ma ville est connue, au niveau national et international, comme une ville où le niveau d’éducation des filles est élevé. Ma famille est dans le secteur de l’éducation dans les zones rurales. Mon père est instituteur, et c’est lui qui a ouvert presque toutes les écoles pour garçons de la région. Ma mère est femme au foyer, mais elle est éduquée. La famille de ma mère est une famille d’agriculteurs, ils produisent de la canne à sucre. J’ai donc été en lien depuis toujours avec les secteurs de l’agriculture et de l’éducation. C’est cela qui m’a permis de me rendre compte de l’importance de l’éducation des femmes pour qu’elles puissent accéder au leadership, participer aux décisions. De mon côté je suis diplômée en Sciences de la famille et suis titulaire d’un master en Genre et développement. Je travaille au sein de l’Union générale des femmes soudanaises (SWGU) comme assistante du secrétaire général pour les affaires concernant les organisations régionales et internationales. Cette organisation intervient dans le domaine du développement des femmes et dans des secteurs tels que la santé, l’éducation, l’autonomisation, l’économie et la politique. Concernant l’agriculture, nous oeuvrons au développement des productrices. Nos objectifs sont de réussir à faire en sorte qu’elles soient inclues dans les OP et puissent s’exprimer. Le Soudan est en effet un pays agricole dans lequel les femmes représentent 50% des producteurs, elles doivent donc être renforcées pour parvenir au leadership des organisations. C’est ce sur quoi travaille le SWGU.

GDS : Comment êtes-vous arrivée dans cette organisation ?
MHF :
Mon organisation a été établie en 1990, soit il y a 20 ans, et j’étais l’une de ses fondatrices. J’ai commencé comme secrétaire assistante pour les médias et les affaires publiques, ensuite je suis devenue secrétaire pour les médias, et enfin secrétaire de la politique de développement, et maintenant je suis assistante du secrétaire général concernant les organisations régionales et internationales. Cela m’a permis de développer mes compétences relationnelles et de devenir une formatrice pour les femmes en autonomisation des femmes, parce que j’avais des connaissances, un Master en genre et développement. Et ma formation de base m’a aussi aidé beaucoup à évoluer dans le milieu rural parce que je suis diplômée de l’université en sciences de la famille, ce qui comprend les technologies de l’alimentation, l’agro-alimentaire et la nutrition pour les produits végétaux et animaux. Cela m’a rapproché du domaine de l’agriculture.

GDS : Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez créé cette organisation ?
MHF :
Je suis l’une des fondatrices de cette organisation mais les bases de cette organisation ont commencé au Soudan depuis 1947, quand les femmes éduquées du Soudan ont pensé que, pour renforcer l’implication des femmes dans le domaine social, il fallait créer une sorte d’association qui facilite le développement des femmes, et qui puisse donner aux femmes leurs droits, et chercher à améliorer leur situation, que ce soit d’un point de vue économique, politique, ou en termes de santé ou d’interaction sociale. Après cela, en 1952, les femmes du Soudan ont fondé une Union des femmes soudanaises, et cette union est basée également sur les mêmes principes que l’organisation que j’ai construite. Voici donc les différentes étapes mises en œuvre par les femmes soudanaises pour développer leur autonomie.

GDS : Pensez-vous que les femmes doivent avoir leurs propres organisations, séparées des homes, plutôt que participer aux organisations mixtes ?
MHF :
Non, pas forcément. Il y a des organisations mixtes pour les hommes et les femmes. Mais vous savez, en Afrique, la société est à dominante patriarcale, et cultures et traditions sont très importantes ; dans ce type de société, les femmes cherchent toujours à être ensemble pour améliorer leur situation. L’une des clés pour les femmes est donc de pouvoir être ensemble pour faire valoir leurs droits. Elles peuvent ainsi renforcer leurs capacités, prendre progressivement des responsabilités et rejoindre ensuite des organisations mixtes en étant confiantes et capables.

GDS : Êtes-vous en lien avec d’autres organisations mixtes ?
MHF :
Oui nous sommes en lien avec toutes les organisations qui interviennent dans le domaine de l’agriculture, l’éducation et l’économie. Nous fonctionnons toujours en réseau avec d’autres organisations. Mon organisation est en particulier en réseau avec 3 différentes organisations qui travaillent au renforcement des femmes au Soudan. D’autres organisations avec lesquelles nous sommes en lien sont mixtes. Nous avons un autre partenariat au niveau de la paix et de la culture pacifique dans notre pays, comme vous savez le Soudan est en conflit, c’est une région instable, donc nous avons un réseau pour la paix et la promotion de la paix entre tous, c’est un réseau de 85 organisations qui travaillent dans tout le Soudan pour développer la paix entre les peuples. Un autre de notre réseau porte sur l’amélioration de la situation économique des femmes, et c’est aussi une organisation mixte.

GDS : Y a-t-il des femmes leaders dans ces organisations mixtes ?
MHF :
Oui il y a des femmes leaders dans les organisations mixtes, mais jusqu’à présent pas suffisamment au regard des capacités des femmes soudanaises. Parce que les femmes soudanaises ont des grandes capacités ! Elles sont bien éduquées et capables d’être leaders, mais jusqu’à présent elles ne sont pas aux postes que leur permettraient leurs capacités. Parce que les organisations mixtes sont toujours menées par des hommes. Même si dans le secrétariat, il y a des femmes, à la tête de l’organisation ce n’est pas encore pour tout de suite !

GDS : À quelles difficultés font-elles face ?
MHF :
Il n’y a aucune sorte de difficulté qui empêche les femmes de mener, c’est la culture qui les empêche d’aller plus loin. Vous avez des femmes qui sont tout à fait capables, mais qui vont céder leur place à un homme qui peut avoir un niveau d’éducation inférieur au leur ! Tout ceci est directement lié à la culture. Mais ce n’est pas une pression de la part des hommes, ce sont les femmes qui ont ce genre de comportement d’elles-mêmes.

GDS : Dans votre organisation menez-vous des actions en ce sens ?
MHF :
C’est la base même de notre organisation ! Nous avons pour mission de renforcer le leadership des femmes et de les aider à s’impliquer dans les organisations. C’est donc le genre de formation que nous apportons aux femmes, nous leur expliquons qu’il y a une opportunité à saisir, qu’il ne faut pas qu’elles se dénigrent, qu’elles doivent prendre conscience de leurs propres capacités. Nous les aidons aussi à renforcer leurs compétences professionnelles, car pour nous, devenir leader demande deux qualités : avoir confiance en soi, et avoir les capacités nécessaires pour mener des hommes. Nous essayons donc de former les femmes sur ces deux aspects.

GDS : Comment se déroulent et sont organisées ces formations ?
MHF :
Cela dépend des capacités des femmes et de leur niveau d’éducation, car nous travaillons aussi bien à la base, au niveau local, qu’avec des expertes, des professionnelles de haut niveau ! Cela dépend donc des capacités de chacune. Quand il s’agit des femmes paysannes, nous leur apportons des connaissances sur la commercialisation, la négociation, nous leur fournissons des subventions ou des fonds « revolving » pour les encourager à avancer dans leurs cultures et leurs élevages. Nous fournissons aussi des services spécifiques pour les femmes, via notamment des centres de santé pour les femmes et les enfants. Nous essayons aussi de rendre plus faciles certaines difficultés de leur vie courante, comme moudre le grain en farine. Au lieu d’avoir à se déplacer loin pour cela, nous leur procurons ce service près de chez elle, ce qui leur rend la cuisine et les tâches ménagères un peu plus faciles. Nous leur procurons aussi des cuisinières à gaz, ce qui diminue le temps qu’elle doivent passer à collecter le bois pour la cuisine. Nous donnons ainsi aux femmes une bonne opportunité pour se former, améliorer leurs compétences, renforcer leur confiance en elles, et devenir leader.

GDS : Comment est-ce que les hommes réagissent à vos actions de renforcement des femmes ?
MHF :
Dans notre communauté, il n’est pas mal vu pour les femmes d’être en position de leader. Vous savez, au Soudan, il n’y a pas de barrières entre hommes et femmes, il n’y a pas de différences en termes de compétences, de capacités. Depuis 1965, les femmes ont commencé à travailler et nous pouvons dire que nous avons aquis un salaire équivalent à celui des hommes depuis 2956 ! Les femmes soudanaires sont très différentes des femmes des pays voisins, cela est sans doute dû aussi à leur rôle au moment de l’Indépendance du pays. En regardant les statistiques, on s’aperçoit que 65% des étudiants sont des femmes dans les universités soudanaises ! Pourtant, l’accès à l’école dans les petites classes est plus difficile pour les fillettes, elles sont moins nombreuses à être scolarisées. Cela montre bien que les femmes, lorsqu’on leur laisse la possibilité de s’instruire, vont jusqu’au bout ! C’est pourquoi nous essayons de renforcer la scolarisation des fillettes dès l’école primaire.

GDS : Les femmes ont de multiples obligations, en dehors de leurs activités dans les organisations : elles doivent assurer la cuisine, s’occuper des enfants, de la famille, etc. Une femme racontait aujourd’hui que cela avait été pour elle un blocage pour accéder au leadership. Qu’en pensez-vous ?
MHF :
Je dis toujours que la vie des femmes est quelque chose de magique ! Elles passent peut être 20 heures par jour à travailler ; elles s’occupent des enfants, de la cuisine, du ménage, prennent soin des plus âgés. Tout cela repose sur les épaules des femmes, qu’elles aient un haut niveau d’éducation ou qu’elles soient issues du milieu rural, c’est la même chose. Cela finit par représenter un obstacle pour accéder au leadership pour elles. Les femmes perdent ainsi des années précieuses de leur vie…


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