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La régulation du marché de l’oignon au Sénégal

Au Sénégal, la production locale d’oignon était fortement
concurrencée par les importations, surtout lors des pics
de récolte. Des concertations au sein d’un comité oignon, initié
par l’Agence de régulation des marchés, permettent de
réduire cette concurrence, grâce à un gel temporaire des importations.

L’oignon occupe le premier rang des cultures
maraîchères au Sénégal, avec une superficie de
près de 5100 ha en 2007. La production locale
provient essentiellement de deux zones : des Niayes,
bande côtière s’étendant de Dakar à Saint-Louis, et de
la Vallée du fleuve Sénégal. Malgré sa forte augmentation,
la production locale d’oignon ne couvre pas
l’intégralité de la demande du fait de la saisonnalité
de la récolte et de la nature du produit qui ne permet
pas une longue conservation. Le Sénégal importe
donc chaque année entre 60 000 et 80 000 tonnes
d’oignon, soit environ 50% de ses besoins intérieurs.
Des importations qui posaient il y a quelques années
de sérieux problèmes aux producteurs.

La concurrence de l’oignon importé.
L’approvisionnement
des marchés sénégalais connaît deux
périodes annuelles d’abondance en oignon. La
première va de mars à mai avec la présence sur les
marchés d’oignons provenant à la fois des Niayes et
de la Vallée. La seconde va de juillet à septembre et
coïncide avec la deuxième période de récolte dans
la majeure partie de la zone des Niayes. Durant ces
deux périodes, la présence concomitante d’oignon
importé et local sur les marchés entraînait chaque
année une forte baisse des prix. En effet le calendrier
de l’entrée des importations posait problème
à l’écoulement de l’oignon local : les importations
démarraient en général dès le mois de juillet (les
producteurs hollandais cherchant à se débarrasser
des reliquats de stocks avant l’arrivée de la nouvelle
récolte) et se poursuivaient jusqu’à la fin du premier
trimestre de l’année suivante, alors que les premiers
oignons locaux arrivent en février.
Déjà en 1999, la forte production locale entraîna une
baisse drastique des prix d’achat aux producteurs : de
100 FCFA l’année précédente, les prix chutèrent en
dessous de 50 FCFA. Les producteurs commencèrent
alors à s’organiser autour d’un comité provisoire pour
faire face aux problèmes d’écoulement de l’oignon.
Ils tentèrent de fixer un prix de vente minimum de
l’oignon et de réguler la commercialisation. Mais les
mesures prises n’ont eu qu’un impact limité. Ce n’est
qu’avec la création de l’Agence de régulation des marchés
(ARM) en 2002 et la mise en place d’un comité
de concertation et de suivi de l’oignon par cette dernière
que l’on assiste en 2003 aux premières mesures
efficaces de régulation du marché de l’oignon, visant
à restreindre les importations d’oignon durant les
périodes de production locale.

Le fonctionnement du comité oignon.
Depuis 2003,
les concertations initiées par l’ARM réunissent à la
même table les professionnels de la filière (organisations
faîtières des producteurs, principaux importateurs d’oignon et associations de commerçants,
représentants des négociants et intermédiaires), les
associations de consommateurs, l’ARM et les services
techniques de l’État.
L’objet principal de ces concertations est la fixation
de la période de suspension des importations afin de
faciliter l’écoulement de l’oignon local. En parallèle,
une charte des prix est discutée en vue d’éviter que
les consommateurs ne soient lésés. Ce n’est que lorsqu’un
accord est trouvé de manière consensuelle sur
ces deux points que des mesures sont prises et mises
en oeuvre par les services techniques de l’État.
En 2003, le Sénégal a eu recours à la clause de sauvegarde
spéciale pour l’agriculture définie dans les
accords du GATT pour geler les importations d’oignon
du 1 juillet 2003 au 4 août 2003. Cette clause stipule
que les gouvernements sont autorisés à prendre des
mesures d’urgence en cas d’effondrement des prix sur
le marché mondial ou d’augmentation soudaine des
importations, afin de protéger leurs marchés et leurs
producteurs locaux. En 2004, les restrictions ont fait
passer les importations de 14 000 tonnes à 500 tonnes
par mois d’avril à août. Cependant elles ont repris
dès septembre à 11 000 tonnes. En 2005, anticipant
les mesures de restriction, les commerçants ont alors
importé plus de 19 500 tonnes d’oignon de janvier à
avril. La mise en oeuvre des mesures de blocage des
importations dès le 30 avril 2005 pour trois mois n’a
pas eu l’effet escompté.
Ceci a entraîné un ajustement des mesures prises.
Premièrement, avec la difficulté que pose le recours à
la clause de sauvegarde — complexe dans sa mise en
oeuvre et limitée dans le temps — un autre mécanisme
est mis en place : il s’agit d’un arrêt de délivrance des
autorisations préalables et des procès verbaux d’inspection
par la Direction de la protection des végétaux
(DPV) d’une part et de la déclaration d’importation
par la Direction du commerce intérieur (DCI) d’autre
part. La non disposition de ces deux documents empêche ainsi toute importation.
En second lieu, la période de restriction va passer
de trois mois à cinq mois, allant d’avril à septembre
entre 2005 et 2007. À partir de 2007, cette période est précédée de février à mars par une restriction des
importations à 2 000 tonnes, assortie d’une clause
transitoire permettant aux opérations déjà enclenchées
de se dénouer.
La mise en place d’un comité de suivi où les différentes
parties prenantes sont représentées vient compléter
le dispositif. Ce comité veille au respect des
mesures et décide de la levée du gel des importations
si les prix à la consommation dépassent ceux prévus
dans la charte des prix. En 2007 par exemple, les
prix du kilogramme d’oignon au producteur retenus
d’un commun accord sont de 130 et 160 FCFA (bord
champs) et 160 et 180 FCFA (rendus Dakar) respectivement
pour la Vallée et les Niayes. Le contrôle est
facilité par l’existence d’un système d’information
sur les marchés fournissant l’évolution des prix sur
les différents marchés.
Réguler le marché de l’oignon n’est pas si simple,
et en particulier, la décision de la levée du gel des
importations pose parfois problème. Ainsi, en août
2006, un journaliste du Walf Fadjri relatait : « La
levée par l’Agence de régulation des marchés de la
mesure de gel des importations d’oignon n’a pas fini
de diviser les acteurs de la filière qui se réunissaient,
vendredi dernier, au ministère du Commerce. Si les
pouvoirs publics, par le biais de l’ARM, sont convaincus
de la justesse de cette initiative, les producteurs
eux tiennent un autre discours (…). Pour sa part, le
président du conseil d’orientation de l’ARM a expliqué
vouloir protéger les consommateurs en assurant
la disponibilité de l’oignon sur le marché tout en rappelant
la pénurie de l’année dernière. Une pénurie
qui avait fini par causer une hausse vertigineuse du
prix de l’oignon.
 »

Un facteur de succès : l’intervention de l’État pour
la mise en oeuvre effective d’accords consensuels.

La régulation des importations a permis à la fois une
hausse de la production locale, de 70 000 tonnes en
2003 à 120 000 tonnes en 2007, mais aussi des niveaux
de prix aux producteurs, de 75-100 FCFA/kg
à 125-175 FCFA/kg.
Pour résoudre un problème d’offre sur le marché,
lié à la concurrence entre l’oignon importé et local,
les acteurs de la filière ont donc mis en place un cadre
de concertation interprofessionnel. L’animation de ce
cadre par l’ARM permet la mise en oeuvre effective
des solutions institutionnelles : arrêt des importations,
contingentements. L’implication de la DPV
et de la DCI garantit l’arrêt effectif des importations.
Finalement c’est un partenariat public privés
qui conduit les acteurs à s’accorder sur des règles et
surtout qui permet aux règles d’être applicables. Ce
cas de l’oignon illustre la possibilité de l’émergence
de stratégies collectives permettant une régulation
concertée des marchés agricoles en relation avec les
pouvoirs publics.

L’Agence de régulation des
marchés (ARM)
La création de l’ARM témoigne de l’évolution de
l’intervention de l’État sénégalais dans le secteur
agricole. Jusqu’aux années 90, la régulation de
la filière rizicole était assurée par l’État, qui avait le
monopole de l’importation et de la distribution du
riz brisé. En 1995, la filière rizicole est libéralisée et
l’État crée la Cellule de gestion et de surveillance
des marchés du riz (CGSMR) qui est censée réguler
le marché du riz par le biais de l’information
fournie grâce à un système d’information sur les
marchés du riz. Cette cellule est érigée en ARM
en septembre 2002. Ce changement s’accompagne
d’une extension de son champ d’action avec la prise
en charge de nouveaux produits (oignon, pomme
de terre, banane, mil, sorgho, riz).
L’ARM est une structure administrative autonome
placée sous la tutelle technique du ministère
du Commerce. Ses missions sont, entre autres, de
suivre le fonctionnement et l’évolution des marchés
notamment grâce à la mise en place d’un système
d’information et d’alerte pour permettre aux décideurs
de disposer d’une information sur l’état
des marchés, et d’animer un cadre de concertation
regroupant les différents acteurs des filières. Un
système d’information sur les marchés couvre tout
le territoire national grâce au suivi de 174 marchés
permanents et 182 marchés hebdomadaires. Ces informations
constituent des données nécessaires à la
concertation entre les acteurs privés et l’État pour la
régulation ; elles servent aussi au contrôle et au suivi
du respect des accords obtenus de manière consensuelle
suite aux discussions. Ainsi, le mécanisme de
régulation adopté par l’ARM se base principalement
sur l’information et la concertation.

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1 commentaire

  • David IVANOVIC 18 mars 2010 18:21:57

    Bonjour,

    Je vous invite à consulter les derniers chiffres enregistrés par Eurostat à propos des exportations hollandaises vers la sous-région, et plus particulièrement le Sénégal. Ces chiffres méritent une attention particulière car ils dénotent une hausse notable des arrivages. Voir le fichier disponible sur Cop Horti au lien suivant : http://www.cop-horti.net/spip.php?article6603&lang=




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  • David IVANOVIC 18 mars 2010 18:21:57

    Bonjour,

    Je vous invite à consulter les derniers chiffres enregistrés par Eurostat à propos des exportations hollandaises vers la sous-région, et plus particulièrement le Sénégal. Ces chiffres méritent une attention particulière car ils dénotent une hausse notable des arrivages. Voir le fichier disponible sur Cop Horti au lien suivant : http://www.cop-horti.net/spip.php?article6603&lang=

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