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publié dans Ressources le 14 février 2010

Entretien avec Julia Flores Calderon, Présidente de l’association Asaarcum au Pérou

Julia Flores Calderon/Nathalie Boquien

Leaders paysan.ne.sOrganisations de producteurs et de productricesAmérique latine

Entretien réalisé par Nathalie Boquien (Inter-réseaux – Grain de sel) avec l’aide de Natalia Espinel Correal (Fida) lors du Forum paysan organisé par le Fida à Rome, le 14 février 2010, et traduit de l’espagnol par Laetitia Montero.

Grain de sel (GDS) : Pouvez-vous vous présenter ?
Julia Flores Calderon (JFC) :
Je suis péruvienne, de la province de Cuellon, du 1er département. Je suis présidente de l’association Asaarcum et présidente du projet « verre de lait ». Dans notre projet, nous travaillons sur l’artisanat, l’assurance vie, les ressources naturelles.

GDS : Comment êtes-vous devenue présidente de votre association ?
JFC :
J’ai entendu un appel à la radio du Fida, qui annonçait qu’il allait réaliser un projet avec les agriculteurs, le projet « verre de lait ». Nous avons alors formé une nouvelle association à la tête de laquelle j’ai été élue. J’ai fait les démarches pour qu’elle soit reconnue officiellement.

GDS : Pouvez-vous expliquer en quoi consiste ce projet « verre de lait » ?
JFC :
Au départ, le Fida avait fait des convocations par radio pour ce programme. Le technicien est venu lui même au club des mères. Il a présenté un programme pour que nous mettions nos économies dans des institutions financières. Les femmes ont toujours eu des économies chez elles, dans leur lopin de terre, dans le petit bétail mais pas dans les institutions financières. Le technicien a bien tout expliqué mais les dames ont dit « avant on mettait notre argent dans les banques mais on a plutôt perdu! ». Je voulais y participer et mon mari m’a encouragé même si les autres femmes ne le faisaient pas. Lorsque nous ouvrions nos compte, le projet doublait la mise que nous mettions afin de nous encourager à mettre plus sur le compte avec un plafond à 100 sol. J’ai beaucoup insisté auprès des femmes pour qu’elles y mettent leurs économies. On m’a demandé pourquoi je ne présentais pas un business plan. C’est ce que j’ai fait. Le projet m’a prêté 80% des fonds et mon projet a gagné un concours. Il nous fallait payer le technicien. Ce n’est qu’au deuxième mois que nous avons su comment présenter les documents au projet et comment payer le technicien. L’appui du technicien a été important mais c’est nous qui avons fait des sacrifices pour apprendre à élaborer notre artisanat et pour avoir nos propres ressources. Le projet nous a apporté une assurance vie.

GDS : Comment vous êtes-vous formée ?
JFC :
Lorsque nous avons créé l’association, tout était alors nouveau pour moi, avant je ne savais pas parler, me présenter, etc. Je n’ai presque pas étudié, j’ai à peine terminée mes classes secondaires. Je n’ai pas de diplôme mais je me suis toujours battue pour les femmes de la campagne. Je partage avec mes camarades ce que j’ai fait et appris. Je veux qu’ils s’en sortent aussi bien que moi ou même mieux. Je ne peux tolérer que les femmes soient exploitées dans les bureaux et dans les institutions.

GDS : Rencontrez-vous des difficultés particulières en tant que femme leader ?
JFC :
Souvent les femmes sont mal reçues dans les bureaux, et je n’aime pas ça. À la mairie, les hommes qui travaillaient là ne voulaient pas me recevoir. Lorsqu’il fallait présenter des documents ils nous maltraitaient. Ils disaient « allez mettre un peu d’ordre dans vos affaires! ». Le maire ne voulait pas me recevoir, il demandait pourquoi j’étais toujours là et que je protestais autant. Il y avait des réunions d’adjoints au maire et je me suis imposée avec l’appui de mes camarades. Ils m’ont conseillé de leur faire face. J’ai donc levé la main : « D’où vous croyez que nous venons? Vous dites que vous venez de la campagne, mais vous ne nous aidez pas! » Le responsable voulait que l’on me remplace parce que je protestais trop, mais l’adjoint a dit que ce n’était pas possible. On a le droit de protester que ce soit bien ou pas. Mon époux m’a énormément appuyée pour que je continue, que je défende les paysans. J’ai été beaucoup critiquée mais il m’a toujours appuyé. Il m’aide pour que je continue. Mon mari m’a beaucoup aidé. J’ai souvent voulu laisser tomber. On me critiquait et je pleurais chez moi. Mon mari me disait: ne te laisse pas faire, continue! Les femmes et les hommes nous ne sommes pas égaux encore aujourd’hui. Je veux que les femmes aient un meilleur rôle. Je leur disais qu’elles devaient réclamer leurs droits.

GDS : Comment parvenez-vous à gérer votre temps entre vos fonctions et votre métier d’agricultrice ?
JFC :
Quand mon mari travaillait et que mes filles étaient petites je devais aller à la mairie et coordonner le « club des mamans ». J’allais aussi sur le terrain voir si les rations promises par le projet « verre de lait » arrivaient ou pas. Personne ne me payait je faisais ça avec mon argent. Le samedi et dimanche je vendais mon artisanat et je cousais. Aujourd’hui j’ai ma parcelle, l’artisanat, le bétail, le magasin…et ma fille à 12 ans. Quand elle va au collège je l’aide, je cuisine tôt, j’ouvre mon magasin et je vends les produits. J’aide aussi mes frères paysans. Voilà comment je réussit à libérer du temps pour ces activités.

GDS : Comment avez-vous été sélectionnée pour participer au Forum paysan ?
JFC :
J’ai gagné un concours. Nous sommes allés dans les marchés pour faire la promotion de notre artisanat. Grâce à mes efforts j’ai remporté la deuxième place. De nombreuses personnes, les « grands » voulaient venir. Mais nous nous avons beaucoup lutté pour venir. Nous avons présenté notre expérience, comment nous avions fait. Il y avait beaucoup de compétition, chacun des 6 bureaux de la région étaient représentés. J’ai gagné la seconde place. Je ne pensais pas pouvoir venir! J’ai fait le nécessaire au niveau administratif (passeports, visa à Lima). Je n’aurai jamais cru monter dans un avion et je suis arrivée à Rome! C’est mon premier voyage hors du pays.

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