Les pasteurs, premiers acteurs de la surveillance sanitaire au Sahel
Dans les espaces pastoraux, éleveurs et bouviers sont souvent les premiers à repérer une maladie dans les troupeaux, mais leur rôle reste encore peu reconnu dans les dispositifs de surveillance sanitaire. Entre savoirs locaux, défis de mobilité et relations parfois fragiles avec les services publics, leur implication est pourtant essentielle pour prévenir les zoonoses. Au Togo et au Niger, des expériences montrent comment l’approche « One Health » peut renforcer cette collaboration.
En brousse, le premier observateur de l’information sanitaire n’est généralement ni le vétérinaire ni l’administration, mais le bouvier, au contact quotidien du bétail et de la faune sauvage. L’éleveur, propriétaire du troupeau, prend ensuite les décisions économiques et sanitaires. Les pasteurs jouent ainsi un rôle central dans la détection précoce des maladies. Sans maîtriser l’ensemble du jargon de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA), ils possèdent un savoir endogène précis. Ils reconnaissent les pathologies prioritaires de leur territoire : péripneumonie contagieuse bovine, fièvre de la vallée du Rift, charbon bactéridien, brucellose, fièvre aphteuse.
Transmise de génération en génération, cette expertise constitue un maillon essentiel, souvent sous-exploité, de la surveillance sanitaire. La mobilité des troupeaux renforce ce rôle. Là où les services vétérinaires sont éloignés ou peu présents, les pasteurs sont souvent les seuls à pouvoir signaler rapidement une maladie. Cette vigilance ne conduit toutefois pas toujours à un signalement aux services sanitaires.
Pendant longtemps, dans certaines zones du nord du Togo où le charbon bactéridien était endémique, déclarer un cas suspect pouvait signifier perdre son troupeau sans compensation financière, tout en étant désigné comme « l’oiseau de mauvais augure » ayant attiré le mal. Les cas étaient alors souvent dissimulés : des bêtes mortes brutalement étaient enterrées hors des règles sanitaires, voire déterrées clandestinement pour en consommer la viande, provoquant des décès dans les villages.
Des campagnes de vaccination, associées au renforcement des agents de terrain et, surtout, à l’instauration d’une compensation partielle des pertes, ont progressivement restauré la confiance. Les données récentes ne font plus état de foyers déclarés de charbon bactéridien dans ces zones, même si la vigilance demeure indispensable face à des spores capables de persister des décennies dans les sols.
Une surveillance efficace des zoonoses suppose une bonne connaissance des mobilités pastorales, mais aussi des dispositifs s’appuyant sur les réseaux d’acteurs présents sur le terrain et sur des relations de confiance entre communautés et services sanitaires.