Le pastoralisme, un système d’interactions territoriales, économiques et sociales
Fondé sur la mobilité des troupeaux de ruminants, le pastoralisme valorise les ressources en eau et en pâturages des espaces arides et semi-arides, ainsi que les zones non cultivables des régions plus humides. En Afrique de l’Ouest et du Centre, il contribue à la sécurité alimentaire et s’inscrit dans des interactions permanentes entre territoires, activités agricoles, marchés et sociétés. Ces cinquante dernières années, ce système a fait face à de profondes mutations climatiques, démographiques et politiques, tandis que les narratifs officiels oscillent entre reconnaissance et remise en cause.
Vue d’ensemble de la mobilité pastorale en Afrique de l’Ouest et au Sahel
Source de la carte : OIM-DTM, Regional Mobility Mapping in West and Central Africa, juin 2025, ACF, 2018, Atlas SISPA FAO/Cirad. Voir aussi CILSS, Aménager la résilience. Atlas des infrastructures pastorales du PRAPS, 2025.
La mobilité pastorale à l’étroit
Complémentarités et interactions : des relations agriculture-élevage en recomposition
80 % des agriculteurs et agricultrices d’Afrique de l’Ouest font aussi de l’élevage (ROPPA, 2026) : les deux activités se combinent plus qu’elles ne s’opposent. Leurs complémentarités contribuent à la fertilité des sols, à la sécurité alimentaire et aux économies locales. Mais la pression croissante sur les ressources fragilise ces équilibres et impose de renégocier leurs usages.
Une mobilité qui assure de multiples services et fonctions
- Fonction économique : production, revenus, emplois, marchés
- Fonction sociale et culturelle : échanges, solidarités, savoirs et modes de vie
- Fonction environnementale : valorisation des parcours, fertilité, stockage carbone, dispersion des graines
- Fonction territoriale : connexion des territoires, marchés et ressources
Hiernaux et al., 2024 ; Assouma et al., 2019
55 ans de discours et de politiques sur le pastoralisme : d’un problème à « corriger » à un système reconnu
Années 70 : « Le pastoralisme est condamné »
Le pastoralisme est présenté comme vulnérable et archaïque par les institutions internationales (Nations unies, FAO) qui l’associent à la dégradation des terres et à l’avancée de la désertification.
Années 80 : « Il faut intensifier et sédentariser »
Des projets de ranchs financés par la Banque mondiale privatisent les parcours, sédentarisent les troupeaux et envisagent d’intensifier l’élevage par des compléments alimentaires.
1990s : « Le pastoralisme est adapté à son environnement »
Les recherches sur les milieux arides montrent l’intérêt de la mobilité pour exploiter des ressources très variables dans l’espace et le temps. Les limites des politiques de sédentarisation sont progressivement reconnues. En 1998, la CEDEAO adopte un cadre régional pour organiser et faciliter la transhumance entre ses États membres.
2000s : Des États se dotent de politiques pastorales
Plusieurs pays sahéliens adoptent des codes et des politiques pastorales. Les organisations d’éleveurs gagnent en visibilité et participent davantage aux débats publics.
2010s-2020s : Le pastoralisme entre dans les stratégies de développement nationales et régionales
Les institutions régionales et internationales reconnaissent l’importance du pastoralisme pour le développement territorial, la sécurité alimentaire, la gestion durable des écosystèmes et l’intégration régionale.
2026 : Année internationale des parcours et des pasteurs : une reconnaissance à traduire en actes
L’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux consacre leur reconnaissance internationale. Mais l’accès au foncier, la mobilité, l’insécurité au Sahel et le financement restent des enjeux majeurs.
Sources : FAO, Déclaration de Nouakchott (2013), Banque mondiale, CEDEAO, UEMOA, CILSS (rétrospective 2013-2024), Inter-réseaux, M. Noris, 2023