Quelle contribution du conseil agricole aux transformations du pastoralisme ?
Le conseil agricole doit pouvoir favoriser les complémentarités entre l’agriculture et le pastoralisme. Il ne doit pas être un conseil sectoriel, mais un conseil intégré à l’image de l’approche Champ École Agropastoral (CEAP) promue par la FAO et institutionnalisé par plusieurs pays en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Le conseil agricole reste aujourd’hui un conseil sectoriel par filière (agriculture, élevage, foresterie, etc.). Cela ne permet pas de répondre efficacement aux défis holistiques de production des pasteurs et agropasteurs. L’expansion des terres cultivées par l’agriculture intensive, l’insécurité et le changement climatique réduisent les espaces de pâture et la qualité des fourrages, tandis que le nombre de têtes de bétail des pasteurs et agropasteurs augmente. Les pratiques agricoles et pastorales doivent donc évoluer pour renforcer leur complémentarité. Les travaux de recherche montrent que les systèmes intégrés cultures-arbres/arbustes-bétail et l’approche Champ École Agropastoral offrent des solutions concrètes à promouvoir par le conseil agricole.
La piste d’un « bien commun fourrager » ?
Les travaux du projet SustainSahel (2020-2025), conduits au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal, ont démontré la faisabilité technique de production de ligneux fourragers dans les champs de culture, l’impact de la consommation de ces ligneux sur le bétail, et la complémentarité entre l’agriculture, l’élevage et la foresterie. Les espèces utilisées, fixatrices d’azote, améliorent la fertilité des sols et leurs tailles régulières fournissent une biomasse utile (émondes) au paillage et à l’alimentation des animaux en période de soudure.
La production et la gestion de ligneux fourragers par l’ensemble des producteurs d’un même terroir seraient un levier pour l’alimentation des animaux des agropasteurs du terroir, mais également de ceux d’une partie des pasteurs transhumants (vaches laitières et veaux). En saison sèche, la vaine pâture ouvre les champs une fois récoltés à tous les troupeaux, rendant impossible la plantation d’arbustes fourragers par quelques producteurs isolés. Le conseil agricole doit donc accompagner les communautés vers une production collective à l’échelle du terroir : si l’ensemble des producteurs s’engage à planter des espèces comme Gliricidia ou Leucaena, la biomasse produite peut couvrir les besoins locaux et bénéficier aussi aux troupeaux de passage.
À cet effet, des accords locaux doivent être élaborés pour préciser l’affectation des terres, la protection des plants et les modalités de partage entre agropasteurs et pasteurs transhumants. Le ligneux fourrager devient alors un bien commun du terroir, une innovation sociale autant que technique.