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Le warrantage paysan : stocker pour accéder au crédit ?

En Afrique, les institutions financières hésitent à prêter
aux agriculteurs car ils présentent rarement des garanties
suffisantes. Le warrantage permet aux agriculteurs de
stocker leur production afin d’obtenir un crédit.

Le warrantage dit « communautaire » ou « paysan
 » existe depuis plusieurs années en Afrique
de l’Ouest. Développé au Niger à partir de la
fin des années 1990 par la FAO, il s’est répandu dans
la région, en particulier au Burkina Faso.

Stocker pour se financer. Le warrantage offre l’opportunité
aux producteurs de stocker une partie de
leur récolte pendant la saison sèche dans un entrepôt
de stockage sécurisé. Au niveau de l’organisation de
producteurs, un comité de gestion est en charge de la
constitution du stock qui a lieu d’octobre à décembre. La
capacité des entrepôts dépasse rarement les 80 tonnes.
Le stock constitue une garantie liquide et divisible et
permet aux producteurs d’obtenir un crédit de 80 % de
la valeur du stock à la récolte auprès d’une institution
de microfinance. Le système de contrôle du stock —
deux clés, réparties entre l’IMF et les producteurs —
permet d’établir une relation de confiance avec l’IMF
car le risque est plus faible. Les taux de remboursement
environnent d’ailleurs souvent les 100 %.
Au Niger, le taux d’intérêt se situe généralement
entre 2 et 2,5 % par mois. Au Burkina Faso, ils sont
de l’ordre de 1,5 %, soit proches des pratiques de financement
rural dans la région.

« Deuxième récolte ». Ce crédit permet aux producteurs
de faire face à leurs besoins de liquidités sans
avoir à vendre leur récolte à un moment où les prix
sont au plus bas. Il permet aussi à certains producteurs
d’investir dans des activités de contre-saison.
Six mois environ après la constitution du stock,
entre avril et juin, les producteurs remboursent le
crédit et les intérêts à l’institution de microfinance et s’acquittent des frais de stockage auprès de l’organisation.
Le comité de gestion peut procéder au
déstockage des sacs que les producteurs sont libres
d’utiliser comme bon leur semble (consommation
familiale, semences, vente). Les producteurs impliqués
dans le warrantage au Burkina aiment appeler
cette période de déstockage la « deuxième récolte ».

Warrantage à Madagascar : une révolution en matière de prêt
Les Greniers communautaires villageois (GCV)
à Madagascar constituent une réussite en termes
de warrantage. Les dépôts annuels sont estimés à
100 000 à 120 000 tonnes par an, constitués à 90 %
de riz paddy. Les bénéficiaires déposant généralement
de 1 à 2 tonnes, ces prêts concernent un grand
nombre d’agriculteurs. Les GCV représentent plus
de 40 % du portefeuille de prêts des deux principaux
réseaux d’institutions de microfinance. Les taux de
remboursement avoisinent les 99 %.
Les GCV ont été développés à l’origine par les
Caisses d’épargne et de crédit agricole mutuels (CECAM). Plusieurs réseaux de microfinance les ont depuis adoptés. Toutes ces institutions pratiquent
des taux d’intérêts de 3 % par mois. Les GCV ont au
départ été conçus pour conserver les produits dans
les magasins d’OP. Dans la pratique des dizaines de
milliers de GCV à domicile conservent le stock de
quelques déposants, sous double cadenas : le déposant
dispose d’une des clés, l’IMF de l’autre. Grâce
à une garantie de l’AFD, les banques commerciales
refinancent les IMF à hauteur d’environ 18 millions
d’euros par an.

Un développement rapide au Burkina. Au Niger,
à la fin des années 2000, le warrantage concernait
environ 5 000 tonnes de produits agricoles divers
appartenant à 12 500 agriculteurs. Depuis, le volume
de prêts semble avoir stagné, en raison de mauvaises
récoltes, des difficultés d’un des prêteurs, du manque
d’entrepôts et de la fin de l’appui de la FAO. Une importante
organisation paysanne — Mooriben — a
diversifié ses modes d’accès au crédit, notamment
en contractualisant avec une banque.
Au Burkina Faso, un recensement des principales
expériences de warrantage lors de la campagne 2012-
2013 faisait état d’environ 4 000 tonnes de céréales
stockées, dans plus de 100 entrepôts de stockage, ce
qui avait permis l’ouverture de près de 300 millions
de FCFA de lignes de crédit auprès du Réseau des
caisses populaire du Burkina (RCPB).
Le warrantage ne représentait alors au Burkina que
2 % du portefeuille de crédits agricoles de la RCPB,
mais c’est un produit en plein essor. D’après des estimations
du Cirad à partir des crédits du RCPB, les
volumes de crédit ont augmenté de 191 % entre les
campagnes 2011-2012 et 2012-2013.

Des entrepôts insuffisants et des prix volatils.
Les principales contraintes au développement du warrantage aujourd’hui semblent être le manque d’entrepôts, dont le financement dépend de l’aide
extérieure, et les capacités financières limitées des
IMF. Les activités de stockage, de montage de dossier
et de remboursement groupés demandent du temps
et peuvent engendrer des frustrations pour les producteurs
qui ont stocké en premier et qui doivent
attendre leur crédit.
Par ailleurs, le warrantage est « rentable » économiquement
pour le producteur lorsque le prix des
produits warrantés augmente suffisamment, entre
les phases de stockage et de déstockage, pour couvrir
le taux d’intérêt versé aux IMF, le montant versé
au groupement pour le stockage des produits et les
pertes éventuelles de stockage. Selon les estimations,
cette variation doit être supérieure à 14,5 % au Burkina,
17,5 % au Niger.
Or ce n’est pas toujours le cas. Selon une étude
d’Afrique Verte, dans le cas du mil dans six villes du
Niger entre 2001 et 2010 par exemple, le producteur
était perdant dans près d’un tiers des cas.

Des banques frileuses. Dans 71 % des cas, le warrantage
était une opportunité pour le producteur de
mil. L’étude montre toutefois que les producteurs
profitent plus de l’opération que le financeur dans
environ 37 % des cas seulement. Selon l’étude, « la
part qui revient au producteur est rarement proportionnelle
au risque qu’il prend et le banquier ou l’IMF
ne partagent aucunement le risque ».
Il semble y avoir encore un certain problème de
confiance au niveau des institutions financières, malgré
les taux de remboursement élevés.
L’État et ses partenaires ont sans doute un rôle à
jouer pour rassurer les banques, en se portant garant
pour les agriculteurs les plus vulnérables par exemple.
Le financement de la construction d’entrepôts de
stockage ou la mise en place d’une législation encadrant
le warrantage sont d’autres leviers sur lesquels
les pouvoirs publics pourraient agir pour appuyer le
développement du warrantage en Afrique de l’Ouest.

L’essor de la tierce détention
Une autre forme de crédit-stockage s’est développée
ces dernières années en Afrique de
l’Ouest : la « tierce détention ». Les produits sont
stockés dans un entrepôt privé placé sous le contrôle
d’un tiers qui atteste de l’existence, la qualité et la
quantité du stock et assure sa surveillance, ce qui permet
au propriétaire des produits de solliciter un prêt.
Proposé à partir des années 1980 et 1990 par des
sociétés internationales, et plus récemment nationales,
ce service permet essentiellement de financer
les opérations des importateurs et des exportateurs
sur des produits comme le riz, le sucre ou l’huile dans
le premier cas, le cacao ou le coton dans le second.
Les banques de Côte d’Ivoire auraient mobilisé 2,6
milliards de dollars pour financer les produits de base
en tierce détention destinés à l’exportation en 2011.
De plus en plus d’expériences voient les petits
producteurs bénéficier de ce système.
L’innovation majeure vient de la société SEGAS
au Burkina Faso qui s’est efforcée d’asseoir une
clientèle parmi les OP. SEGAS-BF intervient sur
près de 15 sites de stockage à travers le pays et vise à
construire un réseau national. Elle réceptionne les
marchandises que les particuliers et groupements
déposent sur les sites de stockage, les pèse et les reconditionne,
les traite avec un insecticide puis elle
délivre des récépissés d’entrepôt aux déposants qui
leur permettent d’obtenir un crédit auprès de l’IMF.
Elle leur procure également des intrants et une recherche
de marchés. Les agriculteurs sont prêts à
payer SEGAS-BF deux fois le tarif facturé par leurs
propres OP pour des services de tierce détention
(soit 200 à 250 FCFA par sac de 100 kg). Il semble
apporter une valeur ajoutée au système en veillant
à la qualité et grâce à la plus grande souplesse et aux
services complémentaires qu’il propose.

Cet article s’appuie en
particulier sur les
documents suivants :
- Étude sur les systèmes
d’entreposage et de tierce
détention adaptés à
l’Afrique sub-saharienne,
AFD, CTA, FIDA,
septembre 2014 ;
- Assurer la viabilité et
promouvoir le
développement des
systèmes de stockage
alimentaire de proximité
en Afrique de l’Ouest,
Bureau Issala, Interréseaux,
Oxfam, SOS
Faim, mars 2016 ;
- Le warrantage paysan,
un outil de protection des
ressources, article de
Andrea Ghione, Félicité
Kambou, Tristan Le
Cotty, Élodie Maître
d’Hôtel et Gauthier
Malnoury paru dans
Grain de sel no59-72, juin
2013 ;
- Renforcer les capacités
des réseaux
d’organisations agricoles
par l’analyse de
l’évolution du prix des
céréales locales au
Burkina, Mali et Niger
durant la période 2001-
2010, Afrique Verte
Internationale, décembre
2010.

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