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publié dans Veille le 16 juillet 2010

Politiques agricoles du Sénégal

Politique agricole et rurale nationaleSénégal

_ Le secteur agricole sénégalais fait vivre 72.4% de la population du pays (dont près de 3 000 000 de ruraux actifs) et représente, selon les statistiques officielles de 2008 du ministère de l’Economie et des Finances, 14.7% du PIB ( dont 7.4% pour l’agriculture, 3.9% pour l’élevage, 1.6% pour la pêche et 0.9% pour la forêt).

Des réformes structurelles à la Loasp

En 1984 la mauvaise situation du secteur agricole (baisse du revenu des agriculteurs, mauvaises récoltes successives, etc.) conduit à la tenue d’états généraux du secteur agricole, aboutissant à la mise en place d’une Nouvelle politique agricole (NPA, 1986). La situation économique du pays s’étant encore dégradée, les PAS (Politiques d’ajustement structurel) sont mises en place dès 1992. Pour le secteur agricole, la PASA (Politique d’ajustement secteur agricole) est mise en œuvre via la Lettre de politique du développement agricole (LPDA) en avril 1995. Le désengagement de l’état initié par la NPA est largement approfondi par la LPDA.

En 1997, le secteur agricole est libéralisé, mais les résultats sont peu probants. En outre, l’intégration du secteur agricole sénégalais libéralisé sur le marché mondial et l’autonomie plus importante des agriculteurs font apparaître le manque de formation des professionnels agricoles. A partir de 1999, la Stratégie nationale de formation agricole et rurale (SNFAR) est mise en place et définit des objectifs à atteindre à l’horizon 2015 :
1/ accès à l’éducation de base et à l’alphabétisation en milieu rural ;
2/ répondre aux besoins de formation professionnelle des ruraux dans tous les domaines.

A partir des années 2000, les crises agricoles se succèdent ; les pouvoirs politiques mettent alors en place une nouvelle approche, plus globale, des questions agricoles afin de replacer l’agriculture comme vecteur initial d’une croissance forte et durable. Surtout, les organisations professionnelles agricoles, et notamment le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (CNCR), exigent une nouvelle loi agricole. La Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (Loasp) de 2004 donne une orientation stratégique globale pour l’agriculture sénégalaise sur un horizon de 20 ans, orientation fondée sur le renforcement des exploitations familiales. La Loasp remplace l’ensemble des politiques agricoles sectorielles au Sénégal. Dans le même temps, les logiques d’intégration régionale se mettent en place et la Loasp se couple, en grande partie, plutôt bien à la Politique agricole (PAU) de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). La Loasp, négociée en concertation importante avec les OPA, fixe différents objectifs :

  • réduction de la pauvreté;
  • assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire (point essentiel apporté par les OP)
  • mise en place d’une réforme foncière (aujourd’hui encore attendue par les OP).

L’objectif de réduction de la pauvreté est renforcé par les deux Documents stratégiques de réduction de la pauvreté, l’un couvrant la période 2003/2005, l’autre la période 2006/2015 (DSRP II). Les DSRP sont directement issus d’un processus participatif incluant l’ensemble des professionnels agricoles. Aujourd’hui, une troisième version des DSRP est à l’étude. Ces documents sont mis en œuvre par le Plan Reva (Retour vers l’agriculture) de 2006. L’objectif affiché étant de créer les conditions d’un retour massif et durable à la terre : plus de producteurs mieux implantés, c’est une production plus importante, et une sécurité alimentaire mieux maîtrisée, ce qui est un préalable à tout développement économique futur.

Des politiques mises à mal par la crise alimentaire de 2008

En 2008, le gouvernement sénégalais entend soutenir la croissance du PIB du pays (établie alors à 5% par an), car seule une croissance de 7% annuelle permet de réduire durablement et véritablement la pauvreté. Pour cela, le président Wade engage la Stratégie de croissance accélérée (SCA). L’état s’engage par là à soutenir des secteurs (définis en « grappes ») à fort potentiel de croissance. Parmi ces grappes figure la filière « agriculture et agro-industrie ». Les objectifs, atteints par le biais de nombreux programmes d’appuis, demeurent la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire, s’y ajoutant désormais clairement la modernisation du monde agricole (tant au niveau des exploitations que dans sa gouvernance et son intégration en filière renforcée). La SCA est, elle-aussi, mise en œuvre par le plan Reva. C’est un complément, un renforcement de la Loasp.

Mais la crise alimentaire de 2008 met en lumière l’échec de l’ensemble des politiques agricoles pour atteindre la sécurité alimentaire et modifie profondément et soudainement l’approche de la question agricole au Sénégal. Ainsi, en mai 2008 est présentée, toujours à l’initiative présidentielle, la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana). Ce texte représente un virage important par rapport aux politiques précédentes – et, en premier lieu, la Loasp -, car il prend peu en compte les OP dans les négociations. Néanmoins, la Goana se veut un complément de la Loasp. Elle se donne des objectifs de production ambitieux pour atteindre la sécurité alimentaire et est orientée autour de cultures stratégiques, céréalières et vivrières : maïs, riz paddy, manioc. Pour beaucoup, la Goana est un recul par rapport à la Loasp, car elle accorde de nombreuses subventions aux agriculteurs qui apparaissent déresponsabilisés. En facilitant trop leur accès aux semences, aux engrais, les agriculteurs « oublient » la valeur de toutes ces aides et ont tendance à s’en remettre trop à l’Etat. Au contraire, la Loasp engageait toute une politique de responsabilisation des acteurs du secteur agricole.
Des politiques critiquées

Aujourd’hui, le débat sur les politiques agricoles du Sénégal est porté par les OP, et surtout le CNCR (Conseil national de concertation et de coopération des ruraux) qui refusent l’approche Goana de la problématique agricole. L’objectif de sécurité alimentaire n’est pas remis en cause, mais ce sont les stratégies mises en œuvre pour y parvenir qui le sont. Le CNCR insiste aussi sur l’urgence d’une réforme foncière (comme annoncé dans la Loasp); le retour à un objectif de sécurité et d’autonomie alimentaire reposant avant tout, mais pas exclusivement, sur l’agriculture familiale; et enfin, sur une participation réelle et renforcée des professionnels agricoles dans la prise de décision politique. Concernant une éventuelle réforme foncière, la Loasp a établi une commission chargée de faire des propositions afin d’aboutir à une loi. Le processus est toujours en cours, mais une seconde commission directement liée au pouvoir en place a pris le pas sur la première, et le CNCR est largement maintenu à l’écart des concertations. Un document issu de cette commission est actuellement à l’étude par le Parlement. L’état tente de contrer l’influence du CNCR. Il a ainsi soutenu la création d’un syndicat agricole (le Japando-Synaep Syndicat national des agriculteurs, éleveurs et pêcheurs) unissant l’ensemble des OP autres que CNCR. Le temps de la concertation avec les professionnels agricoles « indépendant » semble révolu.

Les dossiers de politiques agricoles en ligne :

Supports d’information sur les politiques nationales et sectorielles et sur la réglementation pour les OP du Sénégal
Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (Loasp)
Grande offensive pour la nourriture et l’abondance (Goana)
Stratégie nationale de formation agricole et rurale (SNFAR)
Plan Retour vers l’agriculture (Plan Reva)
Document de stratégie de réduction de la pauvreté II (DSRP II)
Stratégie de croissance accélérée grappe «agriculture et agro-industrie» (SCA)
Politiques agricoles sur les filières
Analyses générales sur les politiques agricoles au Sénégal
Dernières actualités de politiques agricoles au Sénégal
Plan d’investissement 2011-2015 du PNIA Sénégal
Cadre de dépenses sectorielles à moyen terme – CDSMT 2011-2013

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