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publié dans Ressources le 21 avril 2006

Interview de Dao Gaye, Président du CONIPAS (Conseil National Interprofession de la pêche artisanale sénégalaise)

Inter-réseaux

Organisations interprofessionnellesPêcheSénégal

Interview par CAPE, le 18 avril 2006

Au moment où les pêcheurs artisans sénégalais manifestent à Dakar pour proposer leur vision d’un partenariat pêche avec l’Union européenne, le président du CONIPAS, Dao Gaye, est en Europe pour une rencontre du Forum Mondial des Populations de Pêcheurs (WFFP), organisation qui regroupe 52 organisations nationales de petits pêcheurs dans le monde entier et défend leurs intérêts.

Dao Gaye explique que «la manifestation du 15 avril, organisée par les collectivités de pêcheurs, et les organisations membres du CONIPAS, a rassemblé des acteurs venant de toute la côte sénégalaise». Les pêcheurs ont manifesté leur opposition à la signature d’accords de pêche qui donneraient accès aux ressources qui sont pleinement exploitées, notamment par la pêche artisanale. «Le Sénégal connaît la sur-pêche, surtout au niveau des espèces démersales côtières et des mesures multiples sont mises en route pour permettre de récupérer les stocks en difficulté: repos biologique, permis de pêche, mise en place d’aires marines protégées, etc. En tant qu’acteur de la filière, je ne comprends pas qu’on puisse demander de tels efforts aux professionnels sénégalais alors qu’on irait signer des accords avec des pays étrangers pour leur permettre de venir pêcher ces mêmes ressources. Et je ne parle pas seulement des accords avec les 25 pays représentés par l’Union européenne, mais aussi des accords avec des pays isolés comme la Corée, la Chine, etc.» explique Dao Gaye.

Le Sénégal est en effet entré en négociation avec l’Union européenne pour la mise en place d’un nouvel accord, qui devrait être fondée sur une vision de partenariat. Mais, pour Dao Gaye, s’il est hors de question de donner un accès aux européens pour les ressources pleinement exploitées ou surexploitées, il ne faut pas oublier les problèmes causés aux artisans par la pêche industrielle «dite sénégalaise», c’est-à-dire les bateaux d’origine asiatique ou européenne qui opèrent au Sénégal dans le cadre de sociétés mixtes. «Ce sont les pires», s’insurge Dao Gaye. «Ces bateaux n’embarquent pas d’observateurs à bord, et sont responsables de nombreux conflits avec la pêche artisanale. Par exemple, ils entrent la nuit dans la zone réservée à la petite pêche, pillent nos ressources et provoquent des accidents. Dans le cadre d’un partenariat avec l’Union européenne, nous voulons que les problèmes créés par ceux de ces bateaux qui sont d’origine européenne soient résolus. Ils doivent se plier à la réglementation sénégalaise, embarquer des marins sénégalais, des observateurs, et doivent débarquer toutes leurs prises au Sénégal.»

Un autre problème est le manque d’information et de consultation des professionnels de la pêche artisanale quant à ces accords. Avec l’Union européenne, il y a un manque de transparence des négociations, et aussi de l’allocation des montants de la compensation financière alloués à la pêche artisanale. «Nous n’avons aucune information là-dessus» déclare Dao Gaye. Aucune information non plus sur les accords avec les pays asiatiques. «On voit juste ici et là que des infrastructures sont construites avec l’appui de la Chine, et on se dit que cela fait peut-être partie de l’accord, mais on ne sait rien sur le contenu de ces accords». «Un partenariat doit reposer sur la transparence et la participation des acteurs de la pêche artisanale», estime Dao Gaye.

Un autre élément qui doit faire partie du partenariat, ce sont les conditions d’accès, de plus en plus draconiennes, des produits de la pêche sénégalaise au marché européen. «Une grande partie de nos poissons nobles sont exportés vers l’UE. Cela rapporte beaucoup de devises au pays», explique Dao Gaye. «un appui renforcé et continu de l’UE est nécessaire pour permettre à la pêche artisanale de rencontrer les demandes européennes en termes d’hygiène et qualité: les pirogues doivent être aménagées, on doit embarquer des caisses en polystyrène, de la glace en suffisance et de bonne qualité, le poisson doit être débarqués sur des quais très propres, conditionné dans les usines aux normes, etc».

Dao Gaye répète également l’appui des pêcheurs artisans sénégalais aux positions prises par leurs collègues pêcheurs artisans mauritaniens il y a quelques semaines concernant les négociations entre l’UE et la Mauritanie. «Nous sommes tout à fait sur la même longueur d’ondes concernant les accords de partenariat», commente Dao Gaye, «chez eux comme chez nous, il faut laisser les démersaux et autres espèces côtières aux nationaux, en particulier aux artisans. On peut ouvrir aux européens les pêcheries de merlu, de poissons de fond, de thon, espèces que nous n’exploitons pas nous-mêmes».

Dao Gaye rappelle aussi que, s’il n’a jamais été question jusqu’à présent d’offrir des possibilités de pêche aux petits pélagiques aux européens, le fait que les super-chalutiers européens pêchent le petit pélagique dans les eaux mauritaniennes a un impact direct sur les pêcheurs sénégalais impliqués dans cette pêche. «quand les grands chalutiers pélagiques européens pêchent dans la zone sud de la Mauritanie, ça se ressent directement sur les prises de petits pélagiques des artisans de Saint Louis».

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