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publié dans Ressources le 10 mars 2010

Entretien avec Moacir Klein, président de l’association Unileite au Brésil

Fert/Moacir Klein

Leaders paysan.ne.sOrganisations de producteurs et de productricesBrésil

Entretien réalisé par Fert en mars 2010 et traduit du portugais par Prisca Couturier (Fert).

Fert (F) : Pouvez-vous décrire en quelques mots le parcours qui a fait de vous un leader ?
Moacir Klein (MK) :
Mes parents ont migré d’un Etat voisin, Rio Grande do Sul, en 1960, en direction du Sud-ouest du Paraná, plus précisément dans la ville actuelle de Capanema. Ce fut le même destin que celui de milliers de familles qui ont quitté Rio Grande do Sul à la recherche de meilleures terres et d’alternatives pour subvenir à leurs besoins. Ma famille s’est installée sur des terres de 18 ha, et mes parents y ont eu quatre enfants ; je suis l’aîné. Avec le temps, mes frères sont partis pour faire leurs études et ne sont plus retournés dans la propriété. Mon père faisait partie de l’association des coopératives et syndicats locaux, démontrant déjà l’intérêt de la famille à participer activement aux organisations agricoles. A quinze ans, j’avais déjà une grande responsabilité sur les épaules envers ma famille, car mes parents sont tombés malades. Mais j’étais aussi très actif dans la communauté locale, participant dans des groupes de jeunes à l’Eglise Catholique, où quelques années plus tard j’ai occupé le poste de responsable de l’organisation de la liturgie et des célébrations. J’ai aussi participé au groupe de jeunes coopérateurs, et j’étais responsable de la section sports de la communauté. Mon engagement au sein de ces groupes locaux était une façon de m’approcher d’autres jeunes et de chercher conjointement des moyens de répondre aux souhaits des agriculteurs et de la jeunesse de l’époque. C’est grâce à cet engagement que j’ai été invité en 1995, à 31 ans, à participer à un stage de 100 jours en France, avec l’objectif de travailler, apprendre de nouvelles techniques de production et connaître l’histoire de vie et l’expérience d’autres agriculteurs. En 1997 ma mère est décédée, et à ce moment-là j’étais endetté à cause de ma recherche intense pour la guérison de son cancer. J’ai du ensuite abandonner complètement mes fonctions de leader pour rendre ma propriété économiquement viable et payer mes dettes. En 1998 je me suis marié et je suis par la suite devenu le père de deux enfants, un garçon et une fille. A partir de 2001, j’ai timidement repris les activités dans les organisations d’agriculteurs. Pendant les années suivantes, j’ai consacré une grande partie de mon énergie à la consolidation d’une association qui voulait trouver une façon innovante d’améliorer la qualité de vie des agriculteurs : Unileite Sudoeste (Association intercommunale de Producteurs de Lait du Sud-ouest Paraná).

F : Quelles fonctions de « leader paysan » avez-vous occupées (et occupez-vous encore aujourd’hui), que ce soit au niveau local, régional, national ou international ?
MK :
Les fonctions de leader que j’ai occupées ont été en grande partie relatées dans ma réponse à la question précédente. Elles sont liées à l’Eglise, à ma communauté et au groupe de jeunes coopérateurs en lien avec la Coopérative Coagro. Depuis trois ans, je suis le président d’Unileite.

F : Avez-vous ou êtes-vous encore engagé dans d’autres fonctions au niveau de votre commune, région ou pays ?
MK :
J’ai des relations avec diverses institutions, mais toujours tournées vers les besoins d’Unileite.

F : Quelles sont, selon vous, les qualités d’un bon leader ?
MK :
Il est important de croire aux idéaux de l’institution dont on fait partie, de se nourrir des exemples personnels afin d’affirmer ses conceptions. Il faut également être force de propositions, mais aussi pouvoir percevoir le ressenti des autres associés, être à leur écoute. Un leader est capable de synthétiser les diverses aspirations individuelles en une action concrète, même s’il est parfois nécessaire de faire des concessions pour valoriser le sentiment collectif. Il doit aussi être un bon observateur de tout ce qui concerne l’organisation, faire des analyses exigeantes et impartiales des opinions et des attitudes des autres, et favoriser communication et échange d’informations entre les membres, afin d’éviter les distorsions de vision et les idées erronées que les autres peuvent avoir de l’association (ou des membres qui la gèrent). La communication dans l’association doit être formelle ; on ne communique pas lors d’une fête ou d’une rencontre occasionnelle, mais lors d’une réunion ou par le biais d’un support de communication de l’association (journal, radio, etc.). Il faut rappeler constamment aux membres les objectifs pour lesquels l’association a été créée, évitant ainsi de dévier de son objet. Un leader doit savoir gérer la pression et l’émotion pour pouvoir prendre des mesures raisonnables. Il doit savoir s’entourer de bons professionnels, qu’ils soient prestataires de services ou employés de l’organisation professionnelle, et enfin se tourner vers d’autres organisations, qu’elles soient privées ou publiques.

F : Comment le devient-on ?
MK :
On le devient à travers les années, avec l’expérience de vie, les erreurs et les succès, la participation à différents secteurs de la société, par la réflexion, l’étude et la mise en pratique des principes de coopération et de recherche de professionnalisme. Le leader doit avoir soif d’apprendre et chercher des alternatives et des solutions innovantes.

F : Qu’est ce qui vous motive dans votre engagement professionnel ?
MK :
Devenir un homme meilleur et plus utile pour la société, améliorer la qualité de vie de ma propre famille, des membres de mon organisation et de ma communauté.

F : Quel rôle joue votre famille dans celui-ci ?
MK :
Pour moi, ma famille est essentielle en tant que support, appui et encouragement pour le développement de mes fonctions. Quand je me rends disponible à l’association, ma famille fait un effort supplémentaire pour compenser mon absence. A travers l’association, ma femme et mes enfants ont l’opportunité d’être en relation avec d’autres familles qui réalisent la même activité, ils échangent des savoirs, etc. d’autant plus que l’activité laitière étant développée en grande partie par la femme, l’engagement de celle-ci est fondamental, aussi bien dans la partie technique que dans l’organisation de l’association. Il y a aussi des moments de décontraction, après les réunions de travail, les rencontres conviviales, auxquelles toute la famille participe.

F : Quelles difficultés principales rencontrez-vous ?
MK :
Il est parfois difficile de gérer le temps entre activités personnelles et activités d’Unileite. Il me faut suivre de façon constante l’évolution de l’association, mais aussi donner beaucoup de mon temps à la production de lait, qui est la source de mes revenus ; cette activité comprend beaucoup de détails qui font que le producteur, et lui seulement, peut la réaliser de façon satisfaisante. Or, la distance est importante entre mon foyer et le siège d’Unileite. Au sein de l’association, il faut à chaque instant chercher la viabilité économique de l’institution, consolider l’objectif d’Unileite, faire circuler l’information rapidement aux membres de l’association et s’assurer que les autres agriculteurs assument et jouent un rôle important au sein de celle-ci. Il est difficile de préparer la succession des personnes, aussi bien des administrateurs de l’association que des techniciens. Parallèlement, il faut sans cesse rechercher l’équilibre entre développement de l’association et garantie que les décisions soient réellement prises par les agriculteurs.

F : Comment parvenez-vous à les surmonter ?
MK :
Je divise mon temps en trois moments : la vie personnelle (famille, tâches et projets familiaux), la vie communautaire (relation avec les membres de la famille, les voisins, amis et la communauté) et la vie de dirigeant (être toujours informé, accompagner l’association et planifier son devenir). Je crois que la gestion des trois temps peut se faire simultanément, mais je dois faire attention à ce que les problèmes personnels, communautaires ou ceux d’Unileite n’aient pas d’impact les uns sur les autres. Au niveau de l’association, il nous faut chercher, au-delà des contributions des membres, des partenariats gagnant-gagnant avec des organisations publiques et privées, mais en faisant attention pour qu’ils n’interfèrent pas dans l’autonomie de l’association. Il faut obtenir du succès dans la prestation de services, montrant l’évolution des agriculteurs, à l’appui de chiffres réels, et du succès également dans la gestion des partenariats, rendant compte des services réalisés et des résultats obtenus. Au-delà des réunions habituelles de l’association, nous souhaitons créer une lettre d’information qui circulerait tous les trois mois et qui présenterait une synthèse des derniers faits, réalisée de préférence avec le soutien des agriculteurs, ce qui motiverait l’appropriation de la méthode et leur participation à la vie de l’association. Nous souhaitons également inviter des agriculteurs à participer en tant qu’observateurs au conseil d’administration et nous voulons ensuite transmettre cette méthode de travail à d’autres techniciens liés à l’association. Enfin, nous réfléchissons en conseil d’administration, afin qu’ensemble nous puissions trouver le meilleur chemin.

F : De quelle façon le partenariat avec les OPA françaises et leurs leaders vous aide-t-il dans votre fonction de président d’Unileite ?
MK :
Le support constant et l’évaluation de l’évolution d’Unileite par des professionnels et leaders français nous permet de réfléchir et d’échanger des informations avec ces professionnels qui possèdent une longue expérience, qui ont déjà vécu ce qui se passe aujourd’hui chez nous ; cela nous donne une grande assurance dans les prises de décisions importantes. Grand nombre de nos positionnements ont été définis en se basant sur des échanges avec des partenaires français. Nous croyons aussi que nous pouvons à notre tour faire profiter d’autres organisations de notre expérience. Nous pensons que ces échanges ne doivent pas être interrompus, car profiter des expériences des agriculteurs et de leurs organisations partout dans le monde est essentiel pour soutenir l’agriculture familiale.

F : Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour les leaders paysans ou futurs leaders qui liront votre interview ?
MK :
Dans la vie, tout vaut la peine, tout effort fait pour une cause digne ne sera jamais vain. Les forts ne se démotivent pas et ne se laissent pas abattre par les difficultés ; ils relèvent la tête, retroussent les manches et vont combattre. Les faibles voient des difficultés et évitent de leur faire face, fuyant leur propre réalité. La victoire ou la conquête est le résultat de la planification, de la compétence, de la persistance et de l’union des personnes.

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