_ Au Bénin, la population rurale représente, selon les données de la FAO (2007), 58.8% de la population totale et le PIB du secteur agricole contribue à hauteur de 32.2% du PIB total. C’est donc, bien sûr, un secteur fondamental de l’économie béninoise qui est, cependant, loin de pouvoir assurer la sécurité alimentaire aux béninois.
Le gouvernement du Bénin a repris récemment en main sa politique agricole, conscient de la réelle vulnérabilité du pays face aux enjeux alimentaires. Le désengagement issu des politiques d’ajustement structurelles (3 plans entre 1989 et 1999) a engendré une période de fort déclin pour l’agriculture béninoise. Aujourd’hui, le Bénin se trouve à une étape clef pour la redéfinition de ses politiques agricoles, et le réinvestissement est d’ores et déjà visible.
Vers un plan de développement agricole unique?
En 1991, la république du Bénin a défini les grandes orientations de sa politique agricole à travers la Lettre de déclaration de politique de développement rural (LDPDR) signée le 31 Mai 1991, au moment de la mise en place du second volet des Politiques d’ajustements sectoriels (PAS-II), qu’elle contribue à développer. Cette déclaration a permis la mise en œuvre de certaines actions dont le Projet de restructuration des services agricoles (PRSA) et la tenue de la Table ronde sur le secteur rural en Septembre 1995. La Conférence économique nationale de décembre 1996 a, elle aussi, permis d’identifier de nouvelles actions et de faire des recommandations qui ont été prises en compte pour l’élaboration du Programme d’actions du gouvernement, vulgarisé entre mai et juin 1997. Entre autre, cette Lettre a permis l’émergence et la responsabilisation de nouveaux acteurs (OP, artisans, industriels…). Tenant compte des différentes évolutions, il s’est avéré nécessaire d’ajuster la Lettre de déclaration de politique de développement rural (LDPDR) au nouveau contexte national, en 1999.
La DPDR (Déclaration de politique de développement rural), se veut être un outil de base pour l’élaboration d’un plan d’actions dans lequel doivent s’inscrire tous les projets et programmes du secteur agricole. La déclaration précise et approfondit le rôle des acteurs, et en particulier celui des collectivités locales. Les objectifs que se fixe l’état sont les suivants :
- participation renforcée du secteur agricole au développement économique, à la sécurisation alimentaire et à la lutte contre la pauvreté ;
- diversification agricole ;
- conservation du patrimoine écologique ;
- contribution à la politique de la femme.
Seconde étape en vue de l’élaboration d’un Plan de développement pour le secteur agricole, le Schéma directeur du développement rural (SDDR), est un document en trois volumes détaillant les options fondamentales et les grandes orientations stratégiques que devra prendre cette nouvelle politique. Une nouvelle politique qui s’inscrit néanmoins dans la continuité des actions menées depuis 1991. L’élaboration de ce schéma s’est fondée sur une démarche nouvelle : flexible, évolutive et participative afin d’être un instrument cohérent, adapté à la réalité et permettant de dégager un consensus autour de l’enjeu agricole. L’ensemble des partenaires, réunis autour du MDR (ministère du développement rural) a été pris en considération, à savoir : OPA, société civile et secteur privé, partenaires étrangers. Le SDDR doit ainsi enclencher une dynamique durable d’actions concertées. Le SDDR se donne, dans son premier volume, 9 objectifs globaux, et le second volume propose l’examen de secteurs agricoles clés pour atteindre les objectifs. En sont issues 14 stratégies, qui doivent être détaillées dans le volume III.
2006 : à nouveau régime, nouveau plan
Processus lancé en 2007, le Plan stratégique de relance du secteur agricole (PSRSA) apparaît comme la conclusion du processus de mise en place d’une politique agricole globale au Bénin, engagée depuis 8 ans avec l’adaptation de la DPDR (1999). Le PSRSA doit constituer le cadre de développement agricole du pays à long terme. Il est le premier plan intégré concernant la filière agricole depuis l’adoption des PASA et le désengagement massif de l’état de ce secteur.
Concrètement, le PSRSA définit un ensemble de 14 stratégies en mesure de renforcer les secteurs agricoles et d’assurer sa modernisation. Pour cela, il est prévu d’instaurer :
- une politique sur les intrants ;
- la réalisation d’aménagements hydroagricoles ;
- une politique de mécanisation ;
- le développement d’infrastructures de stockage et de transformation.
Le PSRSA apporte un soutien appuyé à trois filières « stratégiques » :
1/ « sécurité alimentaire »
2/ « agro-industrie »
3/ « agrocarburants »
Ambitieux, ce plan n’est pas encore adopté. Cela souligne un véritable problème dans le processus de négociation mis en place : en 2000, le SDDR indique très clairement la nécessité d’intégrer tous les acteurs à la définition d’une politique agricole au Bénin. L’étape suivante, l’élaboration du PSRSA, n’a pas réellement suivi ces recommandations, et c’est, entre autre, l’une des raisons de la difficulté d’adoption du texte.
D’importantes difficultés persistent
En 2007, la crise alimentaire se profile, et le Bénin est l’un des premiers pays d’Afrique de l’Ouest à agir, et propose dès le mois de décembre, le PUASA (Plan d’urgence d’appui à la sécurité alimentaire), ainsi que de nombreuses subventions agricoles et autres exonérations fiscales. Le PUASA met essentiellement l’accent sur les cultures du riz et du maïs, au travers de :
- la distribution gratuite de semences avancées ;
- l’organisation de la fourniture d’engrais subventionnés (vente à crédit ou au comptant) ;
- le réaménagement des périmètres irrigués abandonnés ;
- l’installation de boutiques témoins dans les villes principales et secondaires.
A cela s’ajoute un soutien important à la mécanisation et au redéploiement des services ruraux d’encadrement (le conseil agricole a été réformé, ses effectifs renforcés, mais l’implantation des antennes locales sur l’ensemble du territoire laisse encore à désirer). Le service officiel de vulgarisation anciennement appelé Carder (Centre d’action régionale pour le développement rural change de nom pour devenir Cerpa (Centre régional de promotion agricole) dans le but de focaliser les interventions essentiellement sur l’agriculture, l’élevage et la pêche. Dans cette optique, les fonctions connexes telles que les pistes rurales, la gestion des ressources naturelles, etc. sont laissées à d’autres intervenant tel le ministère de l’environnement,
Le PUASA vient appuyer le PSRSA, pourtant non-adopté, en renforçant les actions prévues sur les filières riz et maïs. De fait, la politique agricole que tend à mettre en place le Bénin est une véritable « révolution verte ».
Si le gouvernement adopte une approche volontariste, il n’en demeure pas moins qu’il rencontre de grandes difficultés, notamment avec le premier secteur agricole du Bénin : le coton. La filière coton au Bénin est fondamentale pour l’économie. Cette culture de rente représente ainsi près de 40% des revenus d’exportations agricoles du pays. Mais confrontée à de nombreux problèmes (baisse des prix du marché, difficultés des sociétés cotonnières, conflits au sein de la filière, etc.), le secteur apparaît aujourd’hui en sérieuse difficulté. Et le gouvernement est largement critiqué.
Plus globalement, entre 2007 et 2009, le Bénin a doublé son budget alloué au secteur agricole qui représente désormais 12% du budget national, respectant ainsi assez largement ses engagements pris dans le cadre du Nepad (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique) au cours de la conférence de Maputo en 2003.
D’une manière générale, deux visions du développement agricole s’affrontent au Bénin. La première, engage à un soutien public massif pour l’essor d’une agriculture industrielle ; la seconde au soutien de l’agriculture familiale.
Le gouvernement tente de concilier les deux approches, mais notons toutefois la tendance actuelle à accentuer l’appui aux exploitations familiales. Le PDA-VV (Programme de diversification de l’agriculture par la valorisation des vallées, 2008) a ainsi bénéficié à 76 000 petits exploitants. En revanche, les mesures prises dans le cadre, notamment, du PUASA, et relatives aux politiques de mécanisation ont, bien sûr, avant tout profité aux grandes exploitations.
Afin, notamment, de sécuriser les exploitants agricoles, et sous la pression des OP, une réforme foncière a été adoptée en 2007 (loi 2007-03 portant régime foncier rural), une loi permettant de recenser l’ensemble des droits existants, mettant en place :
- un programme de titrisation ;
- un tribunal de conciliation.
Notons enfin que le secteur agricole est considéré comme le secteur privilégié pour la lutte contre la pauvreté dans le cadre des différents DSRP (Document Stratégique de lutte contre la Pauvreté, à partir de 2002), dans la suite logique des politiques présentées ci-dessus. Le gouvernement multiplie enfin les projets d’appuis, notamment à la sécurité alimentaire (tel le Projet d’appui à la sécurité alimentaire par l’intensification alimentaire, PASAIA), ou encore au développement agricole dans un contexte de décentralisation. Le dernier projet en date est ainsi le Programme de développement agricole des communes (PDAC) qui vise à promouvoir, dans un contexte de décentralisation, l’agriculture dans les 77 communes du Bénin.
Les dossiers de politiques agricoles en ligne :
Déclaration de politique de développement rural (DPDR)
Schéma directeur du développement rural (SDDR)
Plan stratégique de relance du secteur agricole (PSRSA)
Plan d’urgence d’appui à la sécurité alimentaire (PUASA)
Document de stratégie de réduction de la pauvreté 2003-2005 (DSRP II, 2002)
Filière coton au Bénin
Dernières actualités de politiques agricoles au Bénin




