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Marchés et réponses à la crise alimentaire en Mauritanie


Résumé

La crise alimentaire en Mauritanie, consécutive à la sécheresse de 2011, se caractérise par l’érosion de l’accès alimentaire des populations, qui font face à une augmentation des prix des céréales alors même que les revenus tirés de la vente des petits ruminants baissent. Pour les ménages les plus pauvres, qui s’approvisionnent essentiellement sur les marchés, cette chute du pouvoir d’achat entrainera la dégradation de leur consommation alimentaire.

Mise en place pour répondre aux besoins structurels élevés d’importation, la filière blé est relativement intégrée sur le plan national. Elle dispose de la capacité de répondre aux besoins additionnels d’importation céréalière prévus pour 2012. Cependant, depuis début 2011, un ralentissement des importations de blé vers le port de Nouakchott est constaté, alors même que la Mauritanie dépendra à 90 % des importations pour ses besoins de consommation céréalière en 2011/2012. A cet égard, la mise en oeuvre des plans gouvernementaux - consacrant le retour de l’Etat comme acteur majeur de l’approvisionnement céréalier du pays - constitue un facteur déterminant pour la stabilité des marchés céréaliers nationaux jusqu’aux récoltes 2012.

Les ménages font déjà face à une augmentation des prix des céréales. Certes, les filières céréales s’ajustent au choc, par l’augmentation des flux de maïs et de blé vers les zones affectées par les baisses de production. Les flux de maïs vers la vallée ont triplé, ceux de blé vers la zone d’agriculture pluviale ont augmenté de 80 % par rapport à l’an passé. Cependant, le prix des céréales sèches a considérablement augmenté en zone d’agriculture pluviale, témoignant de tensions sur les marchés de la zone et au Mali voisin, également touché par la chute de production céréalière. Dans la vallée et en zone agro-pastorale, on s’attend généralement à un meilleur comportement des marchés, mieux desservis par les filières blé et riz. Les commerçants de la vallée sont moins nombreux à pratiquer la vente à crédit, à cause du non-remboursement des prêts.

Sous l’effet des ventes massives de petits ruminants, la filière bétail n’offrira que peu d’opportunité de générer des revenus monétaires au cours des mois à venir, limitant ainsi l’accès alimentaire des ménages vulnérables. On s’attend à une chute des termes de l’échange jusqu’au démarrage de l’hivernage 2012. La chute du pouvoir d’achat des ménages se traduira par une dégradation de la consommation alimentaire des plus vulnérables. Également, la mévente du bétail entravera les mécanismes de solidarité communautaires entre les ménages nantis - qui tirent l’essentiel de leurs revenus de la vente de bétail -et les ménages pauvres ou très pauvres.

Le gouvernement mauritanien a mis en place le plan ‘Emel’ pour répondre à la crise, prévoyant la mise à la consommation de quelque 140 000 tonnes de céréales. Si la Mauritanie a une longue expérience avec la distribution d’aide alimentaire, le mécanisme des transferts monétaires a été introduit plus récemment. Les transferts alimentaires sont plus adaptés à la zone d’agriculture pluviale, où les approvisionnements sont tributaires de la filière des céréales sèches qui s’adapte avec plus de lenteur à l’évolution de la demande. Compte tenu des tensions actuelles sur les marchés Ouest africains des céréales sèches, les achats internationaux fourniront l’essentiel des produits destinés à la distribution. La mise en place de la subvention prévue dans le plan ‘Emel’ viabilisera les transferts monétaires en assurant la disponibilité des produits à un coût abordable, en particulier dans la façade Ouest du pays où les filière des céréales importées fonctionne correctement.

Afin de juguler la crise, des actions urgentes seront mises en oeuvre pour soutenir le pouvoir d’achat des populations vulnérables, telles que les transferts ciblés, en vivres ou en argent selon les conditions locales. Il est recommandé de favoriser l’importation des céréales par la suspension des taxes et la lutte contre les pratiques anormales. La facilitation de la transhumance vers les pays voisins permettrait de limiter la suroffre de bétail sur le territoire mauritanien. Une étude rapide de la filière de la viande séchée permettrait d’orienter la mise en oeuvre d’interventions de déstockage.

Voir en ligne : http://documents.wfp.org/stellent/g...


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