Le 12-13 Septembre 2011, des experts de la recherche agricole se sont réunis à Montpellier pour la première conférence du G20 sur la Recherche Agricole Pour le Développement.
Avec la crise alimentaire dans la Corne de l’Afrique touchant plusieurs millions de personnes et les prix des denrées alimentaires à un pic historique, il est temps de se demander ce que la recherche agronomique peut faire et en mieux pour combattre la faim et la pauvreté rurale dans le monde. La déclaration de Montpellier signée à la fin de la conférence appelle à une meilleure coopération et coordination entre les systèmes de recherche du G20 et les organisations internationales de recherche comme le Consortium du Groupe Consultatif pour la Recherche Agricole Internationale, dans le but de résoudre cette crise alimentaire mondiale. Elle appelle aussi à plus d’investissements dans la recherche agricole pour un véritable développement durable et qui impacte les paysans des pays en voie de développement.
En 2050, il y aura 9 milliards de personnes à nourrir sur terre, et nous aurons besoin d’augmenter la production agricole de 70%. Cette augmentation doit se faire d’une manière durable et socialement responsable. Et nous aurons besoin de viser en priorité les petites fermes vivrières car c’est là que vivent la majorité des gens malnutris. Ainsi, la moitié des enfants malnutris et la majorité de la population en état de pauvreté absolue vivent dans les 500 millions de petites fermes dans le monde.
En investissant dans les technologies, politiques agricoles et infrastructures rurales, nous pouvons aider ces petites fermes à augmenter considérablement leur productivité, ce qui aurait un impact immédiat sur leurs revenus. Résoudre l’insécurité alimentaire au niveau local a aussi un impact positif sur l’environnement : on réduit la distance du champ vers l’assiette et il s’agit d’une agriculture à fort taux de main d’œuvre.
Le message principal de la conférence était que travailler en partenariat est essentiel pour trouver des solutions locales adaptées. Des organisations de recherche internationales comme le CGIAR doivent travailler avec des organisations de développement, les institutions nationales, le secteur privé et la société civile, et plus important encore, avec les paysans, eux qui sont les premiers impliqués dans la lutte contre l’insécurité alimentaire.
Les réformes récentes du CGIAR vont dans ce sens : la façon de définir les priorités de recherche et de mener les projets a changé. Sous la bannière des nouveaux Programmes globaux de Recherche du CGIAR (CRPs) les partenaires mentionnés ci-dessus travaillent ensemble avec les centres de recherche du Consortium pour atteindre les 4 objectifs clés : améliorer la sécurité alimentaire, réduire la pauvreté rurale, améliorer la nutrition et santé, et gérer de manière durable l’eau, le sol et les autres ressources naturelles. Les CRPs auront un impact significatif sur les paysans, à grande échelle. Mais pour avoir cet impact, il faut savoir disséminer à grande échelle les solutions de recherche prometteuses, du laboratoire aux millions de fermes du Sud.
Parce qu’il n’y a pas une solution unique qui marche pour tous, et parce que chaque petit producteur est unique avec ses propres contraintes et son environnement, nous devons renforcer les capacités locales de recherche et de vulgarisation, et collaborer avec les ONGs, entreprises locales et médias pour que les résultats de recherche soient à portée des paysans et recueillir leur retour d’expérience.
Mais qu’est-ce que ça veut dire pour Oumou, une femme de 35 ans qui vit dans le village de Sadore au Niger et qui peut difficilement nourrir ses 5 enfants du fait des récoltes imprévisibles de mil de la ferme de son mari ?
En parlant avec elle, nous découvrons qu’elle n’a aucun droit de cultiver sa propre parcelle, comme la plupart des femmes du Sahel. Cependant, en travaillant avec des partenaires sur le terrain et au niveau des politiques agricoles, nous pouvons aider Oumou à combattre la faim et la pauvreté.
Avec l’aide d’ONGs et d’organisations communautaires, Oumou pourrait former une association de femmes et gagner un usufruit de terres communales dégradées. Elle pourrait apprendre des techniques de collecte d’eau de pluie et de lutte biologique des maladies et insectes pour obtenir de bonnes récoltes de fruits et légumes adaptés de ces terres appauvries. La biorécupération des terres dégradées est une technique innovante développée par le CGIAR, le CIRAD et des partenaires locaux. Des demi-lunes sont creusées pour collecter l’eau de pluie. Dans ces cuvettes, le groupe de femmes dont fait partie Oumou plantera le pommier du Sahel un arbre fruitier résistant à la sécheresse et des Moringas. La pomme du Sahel a 10 fois plus de vitamine C que les pommes ordinaires et est un fruit très riche en calcium, fer et phosphore. Les feuilles de moringa contiennent 4 fois plus de vitamine A que les carottes, 4 fois plus de calcium et le double de protéine que le lait, et 3 fois plus de potassium que les bananes. Entre les demi-lunes, elles planteront des légumes à bonne valeur commerciale comme les okras dans des poquets ‘zai’ de 20x20cm remplis de fumure qui captera l’eau de ruissellement et donnera des rendements jusqu’à 1000kg/ha. Le pois d’angole planté en bordure attirera les insectes, épargnant les plants d’okras.
Il faudrait que beaucoup d’autres paysans comme Oumou puissent augmenter leur production et revenu par ces technologies appropriées avec une gestion raisonnée de leurs ressources naturelles. Les radios rurales et les services locaux de vulgarisation peuvent jouer un rôle et adapter ces techniques au contexte local, avec un soutien des institutions locales et des partenaires de développement. L’accès au marché et l’amélioration des infrastructures seront aussi clé pour avoir un impact significatif dans la lutte contre la pauvreté rurale.
Travailler en partenariat est complexe mais essentiel si nous voulons une augmentation de production agricole qui soit socialement responsable et qui puisse nourrir le monde maintenant et dans les décennies à venir.




