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publié dans Veille le 14 novembre 2011

Adapter l’agriculture au changement climatique : Développer des stratégies appropriées avec les paysans en utilisant des Localités Analogues Climatiques en Afrique de l’Est et du Sud (projet CALESA)

Jérome Bossuet

Changement climatiqueRecherche

Des experts agricoles prévoient que la production mondiale agricole devra augmenter de 70%, et devra doubler dans les pays en voie de développement, pour pouvoir nourrir les 9 milliards de personnes qui vivront sur terre 2050. Pour que les pays de l’Afrique sub-Saharienne soient en situation de sécurité alimentaire, l’agriculture pluviale restera vitale comme elle l’est aujourd’hui. Près de 90% de la production vivrière viendra des petites fermes pratiquant une agriculture non irriguée. Les familles vivant sur ces fermes sont parmi la population rurale la plus pauvre et vulnérable. Vivant souvent dans un environnement dégradé et sans soutien adapté des politiques locales de développement, ces familles luttent déjà pour leur survie et s’adaptent tant bien que mal avec un climat hautement variable et des précipitations erratiques. Donc le défi d’augmenter et stabiliser les récoltes sur ces petites fermes n’est pas évident.

Le changement climatique va encore plus compliquer de ces communautés rurales qui dépendent de l’agriculture pluviale. Dans certains pays d’Afrique Sub-Saharienne on prédit une chute de 50% des rendements d’ici 2050.

Alors que le changement climatique commence à avoir un impact notable, les paysans vont devoir progressivement adapter leurs pratiques agricoles. Ils vont avoir besoin des technologies les plus appropriées pour compenser les effets de l’augmentation prévue de 3 degrés Celsius. Mais comment ces paysans peuvent imaginer la situation qui sera la leur en 2050 ?

Le projet CALESA répond à ce problème en évaluant différentes stratégies d’adaptation agricole, en comparant des sites pilotes au Kenya et Zimbabwe avec leur “analogue climatique” correspondant – sites avec des caractéristiques pluviométriques similaires mais 3 degrés plus chauds.

Les localités analogues, une manière innovante et pratique pour les paysans de tester ce que sera leur agriculture dans 40 ans

L’aspect unique de cette approche est de ne pas dépendre uniquement de la modélisation climatique mais d’avoir une manière plus concrète et pratique en testant différentes stratégies d’adaptation, ensemble avec les communautés. Si les paysans peuvent visiter leur “climat futur” en parcourant quelques dizaines de kilomètres, ils pourront visualiser et commencer à planifier cet évènement lointain, avec les risques prédits.

Les modèles climatiques actuels prédisent une augmentation de 3 degrés avant la fin du siècle pour la région de l’Afrique Méridionale et de l’Est, tandis que les changements de précipitation sont moins certains. Une température plus élevée va influencer la croissance des plantes; une plus courte floraison par exemple. Cela signifie que les cultures qui les paysans ont l’habitude de faire pousser peuvent ne plus être adaptées et les rendements pourraient chuter fortement. Les chercheurs prévoient des impacts du changement climatique plus sévères dans les tropiques semi-arides où les températures actuelles sont proches de la limite supérieure des conditions optimales pour la plupart des cultures.

Pendant trois années (2011-2013), CALESA va tester la performance de différentes variétés de plantes entre les paires de localités analogues au Kenya et Zimbabwe, qui correspondent aux climats sec et humide dans les régions tropicales semi-arides. Les données de ces essais vont aider au calibrage de modèles de croissance des plantes, qui aideront à estimer la performance de ces plantes en fonction du changement climatique et extrapoler l’impact sur la productivité agricole à plus grande échelle. Les cultures qui seront testées dans des stations de recherche incluent le mais, le sorgho, l’arachide, l’haricot commun, le pois d’Angole et le niébé. En plus, différentes pratiques agricoles vont être testées comme : le labour en sillons et billons cloisonnés, une technique de préparation du sol qui permet de conserver l’eau au pied des plantes; le micro dosage d’engrais; tester différentes densités de semis; un simple trempage des semences et autres traitements de semences. Ces technologies seront évaluées en terme de praticité, productivité et rentabilité pour voir si et comment cela peut aider les paysans à s’adapter aux impacts négatifs d’un climat futur plus chaud.

Travailler avec les paysans

Les localités analogues vont être étudiées d’une manière participative avec les communautés voisines des sites pilotes. Seront analysés les cultures et leur diversité, les sols, les données climatiques, les pratiques agricoles et la gestion de l’élevage actuelles et le rôle de l’homme et de la femme sur les fermes. La perception par les paysans des risques induits par le climat actuel et par le changement climatique futur va être étudiée incluant un volet genre. Le projet va vérifier si il y a des différences significatives de stratégies d’adaptation entre les hommes et les femmes, tels que le choix des variétés cultivées, la diversification des moyens de subsistance et l’allocation des ressources. Au Kenya et au Zimbabwe, les femmes ont généralement moins d’options disponibles. Comment cela va se traduire en terme d’adaptation au changement climatique ?

L’utilisation des localités analogues

Les gouvernements ont besoin de la recherche prospective sur le changement climatique pour prévoir quels vont être les risques et opportunités pour leur pays dans les décennies à venir. Ceci est particulièrement vrai pour les pays d’Afrique sub-saharienne dont les trois quart de la population dépendent de la petite agriculture pluviale, et sont donc les plus vulnérables au changement climatique.

Les localités analogues peuvent être les laboratoires “vivants” pour les décideurs dans le but de visualiser les risques auxquels la population rurale est exposée, tels que l’insécurité alimentaire, mais aussi mesurer les coûts et bénéfices de différentes initiatives d’adaptation. Des informations primordiales au moment où des pays comme le Kenya sont en train d’écrire leurs Plan d’Action National d’Adaptation au changement climatique (NAPA).

Ce type de recherche va permettre d’identifier quelles pourraient être les priorités pour le développement agricole et la recherche agronomique, en comprenant mieux quel type de technologie il faut promouvoir et quels sont les scénarios les plus probables d’évolution du secteur agricole.

Par exemple, la sélection végétale conventionnelle met 10 à 15 ans pour développer de nouvelles variétés. Les données du projet vont guider les programmes d’amélioration des cultures dans leur planification de recherche pour que les futurs cultivars répondent aux besoins futurs des paysans. L’expérimentation par localités analogues devrait permettre d’évaluer ce que seront les besoins des paysans et ainsi s’assurer que les futures variétés soient adaptées au climat futur et à la demande locale.

Les pays Africains sont très vulnérables au changement climatique. Ils ont besoin de renforcer leurs compétences en adaptation climatique et investir dans des plans d’adaptation locaux effectifs. La recherche comparative de CALESA entre localités analogues va fournir des informations précieuses pour guider les communautés rurales vers un meilleur avenir.

L’équipe de CALESA aimerait échanger les expériences avec d’autres praticiens de projets concernant l’adaptation au changement climatique et discuter de la pertinence de cette nouvelle méthodologie des localités analogues.

Personne contact: Dr David Harris, ICRISAT email: d.harris@cgiar.org

Pour plus d’informations sur le projet, merci de visiter le site du projet http://www.calesa-project.net et rejoignez le réseau CALESA pour partager vos idées sur l’adaptation au changement climatique et recevoir des nouvelles régulières du projet en souscrivant à la lettre électronique.

Le projet CALESA est financé par le Ministère Fédéral de Coopération Economique et Développement (Allemagne BMZ), et mis en œuvre par l’Institut International de Recherche sur les Cultures des Tropiques Semi-Arides (ICRISAT) en coopération avec l’Institut de Recherche Agronomique du Kenya (KARI), le Département Météorologique Kenyan (KMD), Le Département Météorologique du Zimbabwe (ZMD), Midlands State University (MSU), Zimbabwe , et l’Université de Sciences Appliquées d’Hambourg (HUAS), Allemagne.

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