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publié dans Ressources le 26 février 2013

Un cadre de concertation inter-réseaux des producteurs en Afrique de l’Ouest est né : entretien avec le président du ROPPA et comptes rendus

Le 20 février 2013 à Banjul (Gambie), le Réseau Billital Maroobé (RBM), l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en Savane (APESS) et le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) ont créé un cadre de concertation inter-réseaux des producteurs en Afrique de l’Ouest.

Retrouvez ci dessous un entretien avec Djibo Bagna, président du ROPPA, à ce sujet (également disponible en version PDF).

Lire le document du cadre de concertation inter- réseaux des producteurs en Afrique de l’Ouest (6p.)
http://www.inter-reseaux.org/IMG/pdf/Cadre_Concertation_inter_Reseaux_OP.pdf

Lire le compte rendu de la rencontre (3p.)
http://www.inter-reseaux.org/IMG/pdf/CR_reunion_cadre_concertation_inter-reseaux_OP.pdf

Entretien avec Djibo Bagna, président du ROPPA

Inter-réseaux : Vous venez de créer à Banjul un cadre de concertation inter-réseaux des producteurs en Afrique de l’Ouest. Pourriez-vous revenir sur le processus qui a abouti à la création de ce cadre de concertation ?
Djibo Bagna : Nous venons en effet de créer un cadre de concertation, qui regroupe, dans un premier temps, trois réseaux d’organisations paysannes : le Réseau Billital Maroobé (RBM), l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en Savane (APESS) et le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA). Ces trois réseaux travaillent avec la CEDEAO, notamment dans le cadre de la politique agricole commune de la région (l’Ecowap) qui concerne aussi bien l’agriculture, l’élevage, la pêche et l’agroforesterie.
Nous nous sommes rendu compte que face à la CEDEAO, nous devons être unis, avoir une vision commune et parler d’une seule voix. La réalité du terrain nous l’impose : lorsque nous abordons les questions liées à la production végétale, les mêmes acteurs sont concernés par les problématiques d’élevage, de pêche et d’agroforesterie. Par exemple, moi même, je suis président du ROPPA, mais je suis également membre d’AREN [une organisation d’éleveurs au Niger] ; le secrétaire exécutif de RBM est aussi membre d’AREN. Nous sommes donc de la même organisation, il n’y a donc pas de raison que l’on ne puisse pas parler le même langage. Dans la plupart de nos organisations, les acteurs sont les mêmes. Par exemple, le président de la plateforme nationale des OP du Sénégal est pêcheur, mais il est également engagé dans d’autres activités agricoles. Nos activités sur le terrain nous imposent de parler d’une seule voix. En amont de cette rencontre à Banjul, il y a eu plusieurs espaces de discussion entre les trois réseaux, où nous avons commencé à discuter des questions sur lesquelles il est opportun de nous accorder et de nous harmoniser avant d’aller vers les pouvoirs publics. La CEDEAO a elle-même invité les différents réseaux d’OP à dialoguer et à harmoniser leurs interventions. Des intérêts se sont alors manifestés de part et d’autre pour que les gens puissent travailler main dans la main.
Par ailleurs, nous avons toujours critiqué nos Etats pour leur manque de cohérence dans les interventions et nous sommes continuellement en train d’inciter la CEDEAO et l’UEMOA à discuter entre-elles et travailler ensemble. Nous ne pouvons pas critiquer nos autorités et leur dire de travailler en cohérence, si nous-mêmes, acteurs dans la même région, ne surmontons pas nos propres divergences. Il est donc important que nous nous accordions un minimum.
Il est évident que cela n’empêche pas chaque organisation de garder sa propre identité. Mais nous devons faire face à des questions transversales qui dépassent nos organisations et qui nous obligent à travailler ensemble. Par exemple, la gestion des ressources naturelles est typiquement une problématique transversale, qu’une organisation seule ne peut régler. C’est la même chose pour les questions liées à l’insécurité : aujourd’hui les conflits auxquels nous faisons face affectent tout le monde : les éleveurs, les agriculteurs, les pêcheurs, etc. Ce sont des questions sur lesquelles nous pouvons nous accorder.
Quand on regarde la manière dont les politiques sont élaborées et mises en œuvre aujourd’hui, les décideurs peuvent facilement nous aborder séparément, à notre détriment. Ces politiques nous seront plus favorables si nous présentons un front uni et harmonisé, plutôt que de défendre chacun notre position de façon individuelle. Enfin, nous sommes impliqués dans des programmes communs, notamment avec la Coopération Suisse et la Commission Européenne à travers le Hub Rural. Ces programmes communs nous incitent à nous concerter.
L’ensemble de ces raisons nous a poussés à tenir maintenant cette réunion ici, à Banjul.

IR : Comment fonctionnera ce nouveau cadre de concertation ?
DB : Nous venons de définir des principes et valeurs : nous travaillerons dans l’unité, la solidarité, la transparence, la bonne gouvernance, mais également dans la subsidiarité, c’est-à-dire que chacun respectera les valeurs de l’autre. Nous observerons ces mêmes principes au niveau de nos bases. Nous nous sommes également accordés sur le choix et la définition du cadre de concertation, qui agira sur les questions qui dépassent les compétences d’une organisation seule.
Autre élément, ce cadre sera animé par l’un de nos réseaux pour une durée de deux ans ; pour les deux premières années, nous avons décidé que RBM sera responsable de l’animation du cadre de concertation. Cela consistera à prendre l’initiative de convoquer les réunions, d’envoyer des documents, et de susciter toute initiative nous permettant de nous rassembler. Nous avons confié le secrétariat du cadre au Hub Rural. Au niveau du partage de l’information, chaque réseau devra jouer le jeu de manière à ce que nous soyons tous fédérés et que nous puissions avancer dans un esprit de solidarité.

IR : Quelles sont les thématiques prioritaires à l’ordre du jour ?
DB : En termes de priorités, nous allons travailler sur l’accès équitable aux ressources naturelles et sur la gestion durable de l’environnement. Cette thématique constitue notre priorité, notre objectif global. Maintenant, nous avons également des objectifs spécifiques, qui concernent les questions liées à la mise en œuvre de la politique de la CEDEAO, à l’insécurité, aux réserves de sécurité alimentaire, au marché régional, au fonds régional que la CEDEAO va mettre en place, etc. Nous allons analyser l’ensemble de ces éléments, et faire en sorte d’influencer la CEDEAO pour que les décisions prises soient favorables aux exploitations familiales.
Le Hub Rural doit réaliser une proposition d’agenda à partir des grandes idées que nous lui avons fournies. Nous nous sommes d’ores et déjà accordé sur un document, que chaque réseau va présenter à sa base, afin de partager les conclusions de cet accord. Une fois que nos bases auront accepté les principes de l’accord, nous nous retrouverons mi mars à Cotonou, pour valider l’agenda et la feuille de route.

Propos recueillis par Inter-réseaux à Banjul, le 23 février 2013

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