Bassiaka Dao est président de la Confédération paysanne du Faso (CPF).
Grain de sel : Pouvez vous nous présenter votre parcours ?
Bassiaka Dao : Je suis un producteur de maïs basé à Bobo Dioulasso au Burkina Faso. En 1966, je me suis installé comme agriculteur au côté de mon père. À cette époque, je lui servais de secrétaire au sein de l’Union régionale des coopératives agricoles et maraîchères du Burkina Faso. Voilà comment je suis entré dans le monde des organisations paysannes (OP). Élu administrateur de cette union régionale, j’ai ensuite participé avec d’autres leaders d’OP à des concertations, faisant suite au désengagement de l’État de l’agriculture. C’est ainsi qu’en 1997, nous avons mis en place la Fédération des professionnels agricoles du Burkina (FepaB) dont je suis actuellement le président. La FepaB avait pour objectif de prendre en charge des fonctions auparavant effectuées par l’État : formation, conseil, approvisionnement en intrants, etc. Elle souhaitait concourir à une professionnalisation à « visage humain » des producteurs.
En 1998, plusieurs OP faîtières mettent en place un Cadre de concertation des organisations faîtières (CCOF) afin d’avoir une interface privilégiée avec nos partenaires (État, bailleurs, etc.). Le CCOF est reconnu comme outil performant mais souffre de ne pas avoir de statut. On travaille alors sur un cadre juridique formel adapté à ce cadre de concertation, et en 2002, la Confédération paysanne du Faso (CPF) est créée.
GDS : Qui sont les membres de la CPF et quel est son mandat ?
BD : La CPF regroupe la FepaB, la Fédération des éleveurs du Burkina, la Fédération des femmes rurales, l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina, l’Union nationale des producteurs de riz du Burkina, l’Union des jeunes agriculteurs, l’Union nationale des producteurs de semences, l’Union nationale des producteurs de banane, et la Fédération nationale des unions de groupements de gestion forestière. Son mandat est de porter le discours politique des OP, de travailler sur tout axe transversal à ses organisations membres tout en respectant le principe de subsidiarité (information, formation, plaidoyer), de les accompagner vers la professionnalisation, et de prôner la solidarité entre elles.
GDS : Quelles sont les avancées de la CPF depuis sa création ?
BD : La CPF est encore une jeune structure. Nous avons travaillé sur plusieurs modules autour du thème « Comment arriver à renforcer les capacités des organisations membres ». Nous avons mené de nombreux plaidoyers en faveur du monde rural. Nous nous sommes mobilisés contre les APE, les OGM et l’agro business, en faveur de la souveraineté alimentaire basée sur l’exploitation familiale et sur des politiques agricoles appropriées et concertées. Pour asseoir notre crédibilité et notre légitimité, nous avons mis en place 13 cadres de concertation au niveau régional, qui sont des relais de la CPF. Ces structures sont dotées de matériels informatiques et d’une connexion internet, pour favoriser la circulation d’informations.
Les chantiers à venir sont nombreux. Nous sommes actuellement dans l’élaboration d’une loi d’orientation agricole qui devra donner des directives cohérentes en termes de politique agricole pour les années à venir. On veut que les exploitants aient un statut, qu’ils aient droit à la protection sociale et que le métier d’agriculteurs soit reconnu et valorisé. Notre objectif final : que les exploitations familiales du Burkina Faso nourrissent l’ensemble du pays !




