Dieu n’est pas paysan
Mamadou Cissokho
Préface d’Abdou Diouf
Ed Présences africaines/Grad
2009, 295 p., 20 euros, ISBN : 978-2-7087-0797-9
Quelle joie de voir publier l’ouvrage d’un leader paysan africain qui a contribué à l’émergence des organisations agricoles et rurales du Sénégal, puis d’Afrique de l’Ouest, puis de l’Afrique toute entière! Ce livre retrace les combats de toute une vie consacrée à la défense et à la promotion des agricultures familiales, mais aussi souligne l’importance d’oeuvrer dans la durée en s’appuyant sur une base identitaire et culturelle solide.
La vocation de Mamadou Cissokho, de se mettre au service des ruraux, est liée à son itinéraire d’instituteur au Mali (1967-1973), puis d’enquêteur s’insérant à Bamba-Thialène au Sénégal à partir de 1976 ; il y participe à la rédaction d’un pacte de solidarité et d’entraide avec une trentaine de villageois, puis à la création du comité de développement des villages de la région (1977). À partir de 1980, le choix fut fait d’élargir l’organisation en mobilisant des appuis extérieurs divers ; ce fut d’abord une entente réunissant des comités de développement et l’adhésion de celle-ci à une Fédération d’ONG (la Fongs) ; en même temps se créait une coordination d’Ententes (1984), puis l’Union des GIE (1988) ; enfin l’auteur participait à la relance de la Fongs (1989) et en devenait son président de 1990 à 1995. L’organisation d’un forum en 1993 sur le thème « Quel avenir pour le paysan sénégalais ? » aboutit à la création d’une plateforme nationale, le Comité national de concertation des ruraux (CNCR) devenu Conseil national de concertation et de coopération des ruraux ; l’auteur participe ensuite à la création du réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (Roppa) en 2000.
Un thème central de l’ouvrage, promu par le Roppa, est celui de la souveraineté alimentaire, à assurer grâce à des exploitations familiales qui doivent disposer de revenus suffisants pour pouvoir augmenter leurs productions. L’échelle nationale ne le permettant pas en Afrique de l’Ouest, c’est la construction de la région qui est préconisée et la mise en oeuvre de politiques agricoles cohérentes par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
Un autre problème largement abordé, est celui de la confrontation entre le pouvoir politique et des organisations agricoles montant en puissance. L’auteur rappelle que les gouvernements doivent appliquer la constitution qui reconnaît l’autonomie des associations. De plus, l’utilisation de l’argent public pour le développement agricole et rural ne doit dépendre ni des humeurs, ni des amitiés de ceux qui gouvernent, mais de programmes discutés avec les représentants des agriculteurs et des ruraux.
Un apport très original, très présent dans de nombreuses pages et en particulier dans le dernier chapitre, consiste en l’explicitation de ce qui fait agir l’auteur. Ainsi, dès le titre de l’ouvrage, le lecteur est interpellé par la place que Dieu occupe dans cette histoire. Ce que l’auteur veut nous dire en affirmant que « Dieu n’est pas paysan », c’est qu’il nous a créés pour le compléter, et donc que l’avenir des agriculteurs africains repose d’abord sur la prise de conscience de leurs capacités à agir, sur leur prise de responsabilité et sur la conjonction de leurs efforts. Pour cela il faut des « convictions établies à partir de la volonté de comprendre notre vie et de la guider dans la direction que nous souhaitons » et « des vertus de solidarité, de concertation et de transparence ». Il s’agit de « trouver le juste milieu entre les valeurs traditionnelles utiles et les valeurs nouvelles ou externes également utiles ».
Espérons que ce livre sera largement diffusé, lu et commenté en Afrique : l’exemple donné par des leaders courageux permet l’émergence de contre-pouvoirs indispensables à la mobilisation des forces vives du continent bafouées par la médiocrité du comportement des élites en place.





