Grain de sel : Pouvez-vous nous présenter
votre parcours ?
Ndedi Bau Akama : Titulaire d’une licence
en sciences naturelles obtenue à
la Faculté des Sciences de l’université
de Yaoundé en 1990, j’ai été tour à tour
enseignant au City Bilingual Academy
à Yaoundé et cadre à la Cameroon
Development Corporation (CDC). En
1998, je quitte la CDC pour m’engager
dans l’activité agricole et je deviens
en décembre 1998 membre de la Konye
Area Farmers Cooperative (Konaf Coop
Ltd). De 1998 à 2011, je suis membre du
conseil d’administration de la Konaf
Coop et membre du conseil d’administration
de l’Union des coopératives du
Sud-Ouest. De 2004 à 2007, j’occupe
la fonction de président de la Konaf
Coop. C’est à ce titre que, représentant
la région du Sud-Ouest lors de
l’Assemblée générale constitutive de la
Planopac tenue à Yaoundé en octobre
2007, je suis porté à la présidence de
cette nouvelle plate-forme.
Je possède une plantation cacaoyère
de 20 ha qui me donne une production
annuelle de 12 tonnes. J’ai également
2 ha de café qui entreront en production
l’année prochaine, et 10 ha de bananier
plantain en cours de création. J’élève
aussi des porcs. Pour tout dire, je suis
un agriculteur qui vit de son métier
et qui est fortement engagé.
GDS : Qui sont les membres de la Planopac
et quel est son mandat ?
NBA : La Planopac est une plateforme
nationale de concertation et de consultation
des producteurs ruraux du
Cameroun. Elle a vu le jour grâce à la
volonté des paysans eux-mêmes, engagés
depuis plus de deux décennies
dans un processus de structuration
nationale pour faire entendre leur
voix et occuper la place qui leur revient
dans le paysage du développement
au Cameroun. En effet, à la faveur
de la libéralisation de l’économie
et de la mise en place, dans les années
90, des nouvelles dispositions légales
et réglementaires sur le mouvement
associatif, la cogestion des politiques
de développement rural par l’État et
les acteurs de la société civile, restée
longtemps comme un slogan, est revenue
au centre des préoccupations des
interventions en milieu rural.
La Planopac regroupe à ce jour plus
de 4000 organisations de producteurs
à différents niveaux : groupements de
base, coopératives et unions de groupements.
Elle rassemble de fait plus de
140 000 producteurs à la base, clairement
identifiés. Elle est structurée en 10
plateformes régionales qui se démembrent
en plateformes départementales
et même d’arrondissement.
Le mandat de la Planopac est de
défendre les intérêts des producteurs
agro-sylvo-pastoraux (agriculteurs,
sylviculteurs, éleveurs et pêcheurs)
et de les représenter à travers leurs
organisations professionnelles (OP)
afin d’améliorer leurs conditions
de vie.
GDS : Comment se traduit la représentation
de la Planopac dans les différentes
instances de développement
agricole ?
NBA : La Planopac est très présente à
différents niveaux. Sur les 200 membres
élus que compte la Chambre d’Agriculture,
des Pêches, de l’Élevage et des
Forêts du Cameroun, 118 émanent de
la Planopac. De plus, la Planopac est
membre de plusieurs comités de pilotage
de projets qui bénéficient aux
petits producteurs ruraux. Enfin, la
Planopac est membre du cadre de concertation
entre l’État, les organisations
professionnelles agro-sylvo-pastorales
et halieutiques, et les autres acteurs du
développement rural, créé en mars 2011
par les ministres en charge de l’agriculture
et de l’élevage. Cette instance,
qui a pour mission de réfléchir sur les
problématiques du monde rural et de
formuler des orientations adaptées recueillant
le plus large consensus, est
co-présidée par les ministres en charge
de l’agriculture et de l’élevage et a comme
premier vice président, le président
de la Planopac et comme second vice
président, le président de la Chambre
d’Agriculture qui est lui-même membre
de la plateforme.
GDS : Quels sont les avancées de la
Planopac depuis sa création et quels
sont les défis qu’elle doit relever ?
NBA : Depuis sa création, la Planopac a
procédé à la mise en place de structures
d’encadrement sur le terrain, via des
représentations dans tous les départements
du Cameroun et dans certains
arrondissements, ceci en vue d’assurer
un appui de proximité au producteur
rural. Elle s’est aussi engagée dans la
structuration des filières agropastorales
dans le but de faciliter aux petits
producteurs l’accès aux intrants
agricoles, au conseil et aux marchés
nationaux et internationaux.
La Planopac a de nombreux défis
à relever. En effet, grâce à l’appui du
Programme d’appui à la compétitivité
agricole (PACA), financé par la Banque
mondiale, la Planopac vient d’élaborer
son plan stratégique quinquennal
(2012-2016) qui précise ces défis, à savoir
: (i) assurer sa montée en puissance
par un fonctionnement harmonieux de
ses organes statutaires et de ses structures
d’appui et d’accompagnement
technique ; (ii) améliorer sa visibilité
sur le plan national et international ;
(iii) contribuer à la résolution du problème
d’insécurité alimentaire et à la
réduction de la pauvreté rurale au Cameroun
par une assistance plus accrue
aux organisations de producteurs dans
l’identification, la formulation, la recherche
des financements et la mise
en oeuvre de leurs projets.
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