SOIXANTE-DIX POUR CENT du cacao
mondial provient de l’Afrique de
l’Ouest. La Côte d’Ivoire, à elle
seule, représente 39%de la production
mondiale, suivie par le Ghana avec
21 %, le Nigeria 5 % et le Cameroun
5 %. Ces quatre pays représentent les
deux tiers du marché mondial.
La consommation mondiale, qui
augmente de 4% en moyenne, est
soutenue par l’Europe des 27, et en
particulier l’Allemagne où elle progresse
très vite, suivie par les États-
Unis où elle régresse en raison des
problèmes d’obésité et du remplacement
du cacao par
des substituts à base
d’huile végétale. La
Russie vient en troisième
position. La
demande est en
forte progression
dans les pays émergents, l’Asie et
le Brésil.
La campagne qui s’achève a été
marquée par une succession d’aléas
climatiques en Afrique de l’Ouest
qui ont contribué au rétrécissement
de l’off re mondiale, en chute de 7,6 %
par rapport à la campagne précédente
et donc au redressement du marché.
Car c’est cette région qui fait la pluie
et le beau temps sur le marché mondial
du cacao. Ainsi, après une baisse
continue de 2003 à 2005, les cours sont
sur une pente ascendante, atteignant
cette année les niveaux les plus hauts
depuis 2003, mais sans toutefois égaler
le pic atteint en 2002, à 1500 US
la tonne en moyenne (pic correspondant
au début de la guerre en Côte
d’Ivoire, qui a engendré des craintes
de ruptures d’approvisionnement chez
les opérateurs).
À cet égard on peut s’étonner de
constater que le climat d’instabilité
politique qui règne depuis n’a paradoxalement
pas réussi à ébranler
totalement le marché. Il semblerait
que ce soit le contraire. À tel point
que certains observateurs ont pointé
l’implication des multinationales du
cacao dans la guerre. Cargill et Ed &
Man n’ont-elles pas siégé au Conseil
d’administration de la Bourse du café
et du cacao, une des institutions ayant
contribué à l’effort de guerre ?
Si l’on fait le bilan de la libéralisation
de la filière en Côte d’Ivoire, engagée
en 199 avec le démantèlement de la
caisse de stabilisation, la Caistab, on
constate que cette réforme se traduit
par un empilement de structures de
gestion au fonctionnement si opaque
que la Banque mondiale et l’Union
européenne ont successivement imposé
un audit de la filière. En effet, ces
organismes entretiennent un niveau de
parafiscalité et de prélèvements illégaux
si élevés que leur coût de fonctionnement
s’avère quatre fois plus lourd que
celui de l’ancienne Caistab ! De plus le
montant des taxes est tel qu’une partie
de la production de cacao passe en
fraude chez le voisin, le Ghana, qui a,
lui, renforcé le rôle de l’État et offre des
conditions plus avantageuses, garantissant
notamment un prix plancher
aux producteurs ¹.
La libéralisation en Côte d’Ivoire
s’avère surtout un désastre social. En
témoigne le climat de fronde qui règne
chez les producteurs qui constatent
la diminution de leur revenu et qui,
découragés, négligent l’entretien et le
renouvellement des plantations, ce qui
a pour conséquence la dégradation de
la qualité des fèves... La Côte d’Ivoire
tire 20 % de ses recettes d’exportation
du cacao. Mais tandis que le volume
de l’ensemble des transactions dans le
monde s’élève à 75 milliards de dollars
par an, l’ensemble des producteurs ne
perçoit que 4 milliards de dollars. Ce
qui fait dire que l’argent est dans le
chocolat, pas dans le cacao.
Si le contexte largement déficitaire
cette année incite à parier sur la solidité
des cours, il est plus difficile d’établir
des prévisions à plus long terme, le
marché dépendant certes des conditions
climatiques et de sécurité en
Côte d’Ivoire, mais aussi largement
d’autres éléments difficiles à quantifi
er — comme la spéculation — qui
faussent le jeu des fondamentaux.

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