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Portrait de Bio Tourou Bani Gouda, président du Conseil national des producteurs de coton (CNPC) au Bénin

Portrait de Bio Tourou Bani Gouda, président du Conseil national des producteurs de coton (CNPC) au Bénin

Article et entretien réalisés par Joachim Saizonou (Association interprofessionnelle du coton - AIC) en février 2010.

Bio Tourou Bani Gouda est producteur de coton. Originaire de Banikoara, la plus grosse commune productrice de Coton au Bénin, il exploite un domaine familial qui fait plus de 50 ha. La quarantaine bien révolue, il est aujourd’hui président du Conseil national des producteurs de coton (CNPC), la faîtière de toutes les organisations de producteurs de coton du Bénin.

La formation

Après le Baccalauréat, Bio Tourou BANI GOUDA a suivi les cours de Sciences Physiques et Chimiques à l’Université Nationale du Bénin (UNB) avant de s’inscrire en Sciences Economiques. Là non plus il n’a pu aller très loin suite aux difficultés financières que connaissait la famille qui n’en pouvait plus de supporter ses études. Signalons que Bio Tourou est issu d’une famille polygame. Son père a sept (7) femmes et 30 enfants dont seulement 16 vivent. A l’exception de Bio Tourou, tous les autres enfants de la famille ont été très tôt initiés au travail de la terre. Chacun d’eu a aujourd’hui son exploitation dans le vaste domaine de la famille. Le privilège qu’a eu notre leader d’avoir été à l’école fait de lui aujourd’hui non seulement l’éclaireur de la famille, mais pour tous les agriculteurs de la commune et du pays.

Les premiers pas en agriculture

Malgré la vocation agricole de sa famille, Bio Tourou s’intéressait très peu à la terre. N’eut été les difficultés financières de la famille, il sortirait de l’université avec d’autres compétences. N’en pouvant plus de subir les affres de la vie estudiantine (sans moyen), il prit la résolution de suivre les conseils de son professeur de Macro Economie qui ne cessait de parler des énormes potentialités agricoles des régions septentrionales du Bénin d’où est originaire Bio Tourou.

Avec la disponibilité de la terre dans le domaine familiale, Bio Tourou n’eut pas beaucoup de mal pour s’installer. Au cours de la campagne 1990-1991, il fait 3,5 ha de coton et résolut d’augmenter son exploitation de 2 ha après chaque campagne. En 1997, suite au choc moral que provoqua chez lui le décès de ses deux parents (à deux mois d’intervalle), il doute encore une fois de ses capacités à réussir en agriculture. Il passe alors un test de recrutement et réussit à se faire embaucher dans une entreprise de Micro finance : Le Cercle Communautaire Mieux-être.

Employé d’une institution qui prête prioritairement de l’argent aux agriculteurs et aux petits commerçants. Il se dit pourquoi ne pas profiter pour renouer avec son exploitation. Il reçoit l’accord de ses patrons qui l’autorisent à cumuler son poste de gérant avec son titre d’exploitant agricole. S’étant entre temps fait ami avec le Responsable Communal pour la Promotion Agricole (RCPA), il bénéficie de nombreuses formations et fut sélectionné comme multiplicateur de semences pour le riz dans sa localité.

Avec les moyens additionnels que lui procure son emploi et les possibilités de crédit dont il bénéficie, il s’offre en 2000 un tracteur de marque MF 265 avec les accessoires. Cela lui permet de mieux organiser son travail (étendre la superficie de l’exploitation, préparer un bon lit de semis pour les différentes cultures). Les rendements se sont nettement améliorés et l’exploitation couvre désormais 50 ha dont 26 sont consacrés au coton.

Pourquoi le coton comme culture dominante ?

Le coton est, jusqu’à nouvel ordre, la culture de rente la plus importante au Bénin. Avec les revenus du coton les producteurs peuvent faire face aux grandes dépenses de la famille comme l’instruction des enfants, la construction et les diverses cérémonies. En plus de cela, le coton est pour Bio une spéculation de la familiale. Tous ses frères ont le coton en dominance dans leur exploitation et c’est grâce à cette culture qu’il peut facilement avoir accès aux intrants même pour les autres cultures. De plus, la rotation des cultures avec le coton dans l’assolement permet, grâce à l’apport systématique de la fumure minérale, d’améliorer le sol.

Bio Tourou est-il un leader charismatique ?

Au vrai sens du terme, Bio Tourou n’est pas un leader charismatique. Il est parvenu à la tête du CNPC par un concours de circonstance. En effet, par le décret N° 2009-099 du 3 Avril 2009 modifiant l’article 5 du décret N° 2006-234 du 18 mai 2006, le mandat des membres des Conseils Communaux, Départementaux et National des Producteurs de Coton est de deux (2) ans non renouvelable. Cette décision prise en Avril avec effet rétroactive a favorisé l’ascension rapide de Bio Tourou qui était élu à la tête de son GVPC en Novembre 2008. La reprise des élections avec le remplacement à 100% des membres des Conseils à tous les niveaux a permis l’élection de Bio Tourou à la tête du CNPC en Avril 2009. Depuis ce temps, il siège au Conseil d’Administration de l’Association Interprofessionnelle du Coton (AIC) comme 1er vice Président.

De sa position de simple membre du GVPC d’Arbonga (son village), il percevait les leaders paysans comme étant des personnes au service des puissances d’argent. Maintenant qu’il se retrouve lui-même dans la plus haute sphère où se prennent toutes les décisions, il se croit plutôt redevable vis-à-vis de ses mandants. Dans un premier temps, les idées fortes qu’il ruminait depuis la base ne semblaient pas être les préoccupations du moment tant il y avait de choses à faire. Mais de façon subtile il ne cesse de présenter ses points de vu sur différentes questions. Ainsi progressivement, il voit quelques unes de ses idées émergées pour devenir de véritables orientations pour la filière. Il s’agit entre autres de : l’assainissement des OP, l’amélioration des revenus des producteurs, l’accès à la mécanisation et l’accès au crédit de campagne.

De GVPC à CVPC : quel avantage pour les producteurs ?

Le mal qui ronge les producteurs coton depuis des lustres est un mal pernicieux qu’on ne saurait extirper totalement sans toucher à sa racine. La racine du mal se trouve à l’intérieur des Groupements Villageois de Producteurs de Coton (GVPC). Les causes profondes des non paiement des producteurs c’est la mauvaise gestion de la caution solidaire. Des leaders qui, au nom des OP, prennent des quantités importantes d’intrants certainement avec la complicité des distributeurs et ne font même pas un mètre carré de coton. A la fin, des montants importants sont déduits des fonds coton du groupement qui se trouve ainsi incapable de payer ses membres. Il y en a même dont les fonds coton n’arrivent même pas à couvrir la dette. Alors c’est des dettes qui vont s’échelonner sur plusieurs campagnes. Dans ces conditions, les producteurs sont pris en otage par leurs leaders. Des cas du genre sont légion et il faut en finir. C’est pourquoi il faut créer en lieu et place des GVPC, des Coopératives Villageois de Producteurs de Coton (CVPC). Le partenariat CVPC-AIC permet à ce dernier de prendre en charge des fonctions comme l’encadrement, les crédits intrants et de campagne, l’accès à la mécanisation, la gestion comptable et financière etc. Cette perte partielle d’autonomie est indispensable dans la situation actuelle pour permettre la gestion plus transparente des OP. Sans cette pilule bien amère il faut le reconnaître, la filière ne renouera jamais avec la production. Les nombreux cas d’abandon de la culture du coton que nous connaissons sont essentiellement dû au non paiement ou au retard de paiement des fonds coton. Tous ce monde finira par revenir dans la filière si l’assainissement va jusqu’à faire rendre gorge à ceux qui doivent.


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