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Entretien avec Moussa Para Diallo, Président de la Fédération des paysans du Fouta Djallon (FPFD) en Guinée

Entretien avec Moussa Para Diallo, Président de la Fédération des paysans du Fouta Djallon (FPFD) en Guinée

Entretien téléphonique réalisé par Nathalie Boquien le 9 août 2010.

Grain de sel (GDS) : Comment se passent les relations entre la FPFD et l’État guinéen ?
Moussa Para Diallo (MPD) :
Au départ, l’État central au niveau du sommet voyait bien la venue de la FPFD mais au niveau préfecture et régions ils voyaient cela très mal car ils croyaient qu’on voulait se substituer au gérant de l’agriculture au niveau de la préfecture et de la région. Ils avaient même tenté de supprimer la fédération au départ. Mais ils en ont été empêchés au niveau national. Donc un départ timide au niveau de la région, vu d’un mauvais œil, mais on a résisté. On a été réalistes dans notre démarche, dans notre façon de faire, sur la responsabilité que nous avions, on s’est bagarrés pour exister quand même et à partir de là la reconnaissance était de fait.

GDS : Comment cela a-t-il évolué après la création de la FPFD ?
MPD :
On a ensuite négocié le blocage des importations, le président de la République nous soutenait et donc les gens ont fini par se taire.

GDS : Quel a été votre rôle dans ces négociations, en tant que président de la FPFD ?
MPD :
J’ai eu en tant que président de la FPFD, un rôle central. C’est moi qui suis parti à Conakry négocier avec le Président, c’est à moi que le Président s’est adressé pour dire qu’il bloquait les importations de pomme de terre pratiquement j’étais seul dans les négociations avec le président et avec les service des différents ministères que ce soit le Commerce, l’Agriculture, les chambres d’agriculture, du commerce et de l’industrie, que ça soit le ministère de l’Économie et des Finances, chacun en ce qui le concerne. Pendant que je menais ces démarches à Conakry, les autres paysans et leaders étaient sur le terrain en train d’organiser la production afin de garantir les engagements que nous prenons au moment des négociations.

GDS : Et ensuite ?
MPD :
Il y a eu d’autres éléments clés. En 2000 à titre d’exemple ils ont voulu nous intimider. Ce n’était pas le fait de l’État lui-même, ce sont des gens qui sont venus à la recherche de l’argent : des militaires, des gendarmes ou des policiers. On ne s’est pas laissé faire, et tout de suite l’Etat s’est levé pour dénoncer ces agissements. Au final cela s’est bien passé, on a eu le soutien de l’Etat et tout cela a été vite démonté.

GDS : Aujourd’hui, comment se passent vos relations avec les ministères ?
MPD :
Depuis l’existence de la FPFD les relations avec le ministère ça se passe bien. Je ne connais pas un seul ministre qui m’ait refusé un service pour la fédération. Ils savent que le boulot que nous réalisons est un boulot intéressant pour les paysans et même pour le pays parce qu’au niveau économique cela donne un boulot aux jeunes, à manger à la population, un impôt minimum. Cela permet aussi de désengorger les villes au profit des campagnes ; au final tout le monde est content. De l’autre côté on fait de la formation, on construit des magasins, etc. Donc je pense qu’ils ne peuvent qu’être contents de nous. Et contrairement à ailleurs, ils nous courent derrière pour qu’on en fasse encore plus, que l’on intervienne dans les autres secteurs, ou pour que l’on aille en visite dans d’autres régions pour que les autres prennent exemple sur nous. Ils reconnaissent notre rôle.

GDS : Les négociations avec l’État sont-elles dévolues au président dans votre Fédération ?
MPD :
Il n’y a jamais quelque chose dévolu au président. Les choses sont dévolues aux structures : aux organisations paysannes ou aux organisations professionnelles agricoles. Cela ne revient jamais à une personne mais plutôt à une organisation. Avant une rencontre, au sein de la Fédération on prépare toujours ensemble les négociations. D’abord au niveau technique puis au niveau des élus pour que les deux points de vue convergent avant d’aller à la négociation.
Quand un voyage est organisé avec l’État pour parler de sécurité alimentaire par exemple, l’État invite l’organisation et c’est l’organisation qui désigne la personne. Ce n’est jamais à une personne qu’on adresse l’invitation. Ils sont conscients que si c’est une personne, demain la personne peut mourir, et au niveau de l’organisation aussi demain la personne peut être empêchée. Donc on ne se lance pas dans ce genre d’aventure parce que ça ne mène à rien, ça ne mène nulle part.

GDS : Comment pensez-vous être perçu par l’État, en tant que leader paysan ?
MPD :
L’État me voit comme un partenaire, et surtout me perçoit comme un développeur, dans le vrai sens du mot. Partout où j’arrive, je reconnais que l’État fait un effort pour me soutenir ; que ce soit via un préfet, un gouverneur ou un ministre. L’État est toujours là pour me soutenir, il m’invite un peu partout pour partager l’expérience de la Fédération des paysans du Fouta.

GDS : N’êtes-vous pas perçu parfois comme des concurrents, des opposants politiques ?
MPD :
Cela existe peut être mais en tous cas ils ne me l’ont jamais fait comprendre. Je pense vraiment que je suis gâté. Qu’ils soient de la forêt, de la Haute Guinée, de la Basse Guinée ou du Fouta, il n’y a pas de différence. Partout où j’arrive ils disent « ah oui, vous faîtes un bon boulot ». Tout le monde le reconnaît.

GDS : À la FPFD, les leaders et les membres sont-ils politisés ?
MPD :
Un affichage politique en tant que tel non, mais ils participent à la vie politique comme tout citoyen du pays.

GDS : Quel est le risque à être trop proche d’un parti politique pour un leader paysan ?
MPD :
Tant que c’est un parti qui gagne ça peut aller mais le jour où c’est l’opposition qui gagne et que ton parti a perdu tu vas récolter ce que tu as semé ! Je pense donc qu’il faut faire attention, être visionnaire, ne faut pas rester cloisonner dans ses murs. Bien sûr il faut approcher les politiques mais il ne faut pas faire de ça une vie…

GDS : Quels conseils pourriez-vous donner à d’autres OP pour lesquelles les relations avec l’État sont plus conflictuelles ?
MPD :
Je pense que d’abord il est important que l’on s’occupe vraiment de notre boulot. Lorsqu’il est bien fait, tout le monde le reconnaît. Ensuite je pense qu’on ne vient pas dans un département pour lui demander quelque chose ; on s’occupe nous même de nos affaires. On se bagarre auprès des bailleurs de fonds pour obtenir quelque chose et cela apporte un plus au pays. Tout le monde au niveau de la population reconnaît le boulot qu’on est en train de faire et donc quand l’économie tourne ils ne peuvent rien dire que de nous remercier. Tout ce qui est formation et alphabétisation de base et des paysans relais, ce sont des fonctions que l’État devrait prendre en charge, mais que nous faisons tout de même, c’est un travail costaud qu’on est en train d’abattre. Quand il y a un acteur comme cela dans un pays je crois que l’État a intérêt à le ménager pour qu’il fasse un peu plus et que d’autres suivent l’exemple. L’État n’as pas intérêt à casser cette dynamique parce que ça ne sert à rien de casser des initiatives comme ça à la base. Les autres à mon avis, au lieu de s’occuper trop de politique pour dire que le gouvernement a mal fait ou bien fait, feraient mieux faire leur boulot et de laisser les autres de côté.

GDS : Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
MPD :
Il faut que les leaders d’OP sachent que ce n’est pas eux qui gèrent le pays, qu’ils comprennent qu’il y a des gérants du pays qui connaissent mieux le pays qu’eux. Quand ils s’essayent au mieux d’affronter les gérants du pays, il faudrait essayer de les approcher de façon plus intelligente pour les démarcher et avoir ce qu’ils veulent que se créer des ennemis, des problèmes et que les OP se retrouvent en mauvaise position vis-à-vis de l’État. C’est toujours mieux que de le combattre.


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