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Touiza, association algérienne de solidarité; quel rôle dans le développement rural ?

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Anne Perrin 13 mars 2006

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Entretien avec Zoubir Sahli,agro-économiste, membre de Touiza, enseignant d’Économie agricole à l’ Université de Blida (Algérie).

Grain de sel : Qu’est-ce que Touiza ? Pouvez-vous nous expliquer l’origine de l’association et nous présenter ses activités ?

Zoubir Sahli : Touiza vient du mot berbère « touizi » qui veut dire « entraide et solidarité », notamment, en milieu paysan. Cette expression est souvent employée par les gens lorsqu’il y a un travail d’utilité publique à faire (récolte des olives, creusement de puis, construction de la mosquée, etc.).
Notre association est l’héritière d’une association appelée « Jeunes travailleurs volontaires » (JTVA), née dès l’indépendance de l’Algérie. Ses activités étaient basées sur le travail volontaire des jeunes (reconstruction, restauration des patrimoines, alphabétisation, travail au sein des maisons familiales, formation pour les femmes, etc.).

Entre 1974 et 1989, la JTVA a gelé ses activités du fait de la main mise des pouvoirs publics sur le mouvement associatif des jeunes qui voulait l’arrimer à l’officielle Union nationale des jeunes algériens (UNJA). Mais dès 1989, à la suite de la libéralisation du mouvement associatif, les anciens de la JTVA ont repris leurs activités au sein d’une nouvelle association appelée « Touiza ». Touiza est née et ses activités ont démarré avec l’organisation de chantiers de jeunes (15 à 20 chantiers sont organisés chaque année, regroupant 20 jeunes sur une période de 3 semaines, notamment pendant les vacances scolaires et universitaires), et encadrés par des animateurs formés par Touiza (plus 800 animateurs formés). Touiza collabore certes avec les collectivités locales et les pouvoirs publics, mais elle aspire toujours à être indépendante et limite ses subventions à des programmes avec des ministères (notamment le ministère de la Jeunesse et des Sports pour qui elle forme une partie de son personnel d’animation (jeunesse).

Touiza a voulu également aller plus loin dans ses actions et a mis en place d’autres démarches et d’autres outils pour aider les jeunes et ce dans le domaine de la réinsertion par l’économique, à travers l’appui à des projets concrets. Une réflexion qui a mobilisé des experts, des enseignants, des chercheurs, des sociologues, des architectes, etc.

« Aider les gens c’est bien, les aider à se prendre en charge c’est mieux ». Depuis plus de 10 ans, Touiza a donc évolué et a entrepris des actions d’appui dans le cadre du « développement solidaire », notamment à l’intention des jeunes, des femmes, des quartiers pauvres, et du milieu rural défavorisé.
Dès lors, l’association a mis au point des formations, des actions de sensibilisation, l’octroi des microcrédits et l’appui au montage des microentreprises, ainsi que la mise en place de petits projets de développement. Le travail n’est pas toujours facile sur le terrain vu que l’administration ne croit pas toujours au mouvement associatif ; celui-ci est en effet jeune et sans expérience et fait encore preuve d’amateurisme.

Aujourd’hui, l’association compte entre 3 000 et 4 000 adhérents (volontaires, sympathisants, consultants, permanents, etc.), le siège est basé à Alger, mais l’association mère collabore et soutient des associations locales appelées « Touiza ».

Par ailleurs Touiza est membre de plusieurs réseaux dont le réseau Med forum (25 pays méditerranéens actifs dans l’environnement et la protection de la nature) et le réseau Alliance Maghreb - Machrek sur l’eau (ALMAE cf. www.almae.org) dont le siège est basé au Maroc. Elle a également un statut d’observateur au Conseil économique et social de l’Organisation des Nations unies (Ecosoc). Touiza a des partenariat avec des associations « sœurs » : Touiza Solidarité à Marseille et Touiza Solidaritat à Barcelone ; avec l’Union européenne sur des projets dont le projet PADSEL NEA et l’ADS, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) (sur des projets de micro crédits et d’appui à la micro entreprise) ; des ONGs internationales ; la coopération espagnole, la fondation espagnole CUME, la fondation italienne CISPE, etc.

GDS : Quels sont selon vous les enjeux les plus importants aujourd’hui pour l’avenir de l’agriculture algérienne ?

ZS : Les enjeux sont très importants en Algérie pour le développement agricole et rural. L’Algérie entre dans la mondialisation, elle a signé des accords d’association avec l’Union européenne et s’apprête à le faire pour l’entrée à l’OMC.
Un des enjeux les plus importants est aujourd’hui la mise à niveau de l’agriculture et des exploitations agricoles. En fait, l’Algérie n’est pas considéré comme un grand pays agricole ; elle est d’ailleurs fortement dépendante de l’extérieur pour ses approvisionnements en produits alimentaires : 70% de la ration alimentaire de l’Algérien moyen sont importés (céréales, lait, oléagineux, légumes secs et facteurs de production agricole). L’autosuffisance est assurée cependant par les fruits et légumes et les viandes rouges ovines.

Le système de gestion du secteur agricole a été depuis les années 60 à 80 une gestion socialiste, basée sur des fermes et des coopératives publiques et un forte implication de l’État en matière de soutien des prix à la consommation et des subventions aux intrants agricoles. Il a existé certes un secteur privé agricole, mais celui ci n’a pas été favorisé et n’a pas eu une utilisation correcte des intrants agricoles. Depuis 1987, la situation a beaucoup changé et il y a eu une profonde restructuration du secteur agricole qui a touché les systèmes de production et le mode de gestion des exploitations agricoles publiques.

Cependant, le foncier reste encore un des grands problèmes ; l’État a cédé en usufruit les 2,8 millions d’ha composant les anciennes fermes coloniales (devenues par la suite des domaines d’État) aux travailleurs, mais les problèmes demeurent. Actuellement, il y a deux options : l’option de la privatisation totale du foncier au prix du marché, et une option pour la concession des terres aux travailleurs et autres acquéreurs.

Les organisations professionnelles (OP) agricoles sont encore assez faibles et au stade de la formation, mais il est indispensable que le développement agricole et rural se fasse avec ces OP.

L’État a lancé également dès 2000 un vaste plan de développement agricole (le PNDA) financé sur fonds publics, mais ce plan n’est pas véritablement une politique agricole. Cela dit, il semble que les pouvoirs publics veulent aller plus loin et mettre en place une vraie politique agricole adossée à une politique de développement rural ; celle-ci devrait se faire grâce, notamment, à des Projets de proximité de développement rural (PPDR).

Zoubir Sahli est engagé dans le Réseau agricultures familiales comparées en Méditerranée, Rafac, qui existe depuis 1984 (avec la collaboration du Cirad).
Le Rafac regroupe environ trente chercheurs appartenant à 12 pays de la Méditerranée et à différents champs disciplinaires (agronomes, économistes, géographes et sociologues). Le réseau Rafac a conduit de nombreuses recherches comparées, qui ont donné lieu à des publications, sur les thèmes suivants : la pluriactivité, les revenus extérieurs et l’agriculture familiale, choix technologiques, risques et sécurité dans l’agriculture familiale, les effets des politiques des prix et des subventions sur l’agriculture familiale, le rôle des institutions dans le développement rural, les politiques de développement rural en Méditerranée.
Source : site du Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes, Ciheam, www.ciheam.org/6.1.html

[email protected] ; [email protected] 00 213 (071) 59 68 04 / 00 213 (021) 22 18 44


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