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Les organisations paysannes africaines participent activement au CSA. Leur voix sera-t-elle entendue ?

Les organisations paysannes africaines participent activement au CSA. Leur voix sera-t-elle entendue ?
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fannygrandval 21 octobre 2011

Cet article a été rédigé par la rédaction d’Inter-réseaux à l’occasion de sa participation à la 37ème session du CSA à Rome

Rappel de la tenue du CSA et de ses objectifs


Lundi 17 octobre 2011 s’est ouvert à Rome la 37ème session du Comité de la Sécurité alimentaire mondiale (CSA), plateforme des Nations unies qui rassemble des gouvernements, institutions de recherche agricole, institutions internationales et organisations de la société civile en vue d’examiner et de suivre les politiques relatives à la sécurité alimentaire mondiale.
Depuis 2009, le CSA a été profondément réformé (Pour plus d’information sur le CSA, voir la note C2A en ligne : http://www.coordinationsud.org/wp-content/uploads/Les-Echos-de-Rome_17.10.20111.pdf) , passant d’une représentation purement intergouvernementale à une plateforme laissant l’espace à d’autres groupes d’acteurs pour exprimer et faire entendre leurs points de vues, avec pour objectif d’influencer les orientations qui y sont prises.

Quels représentants du monde paysan africain au CSA ?


Parmi les représentants de la société civile, nouvellement impliquée dans cet espace de dialogue et de négociations, les organisations paysannes y sont prioritairement représentées. En effet, le « mécanisme société civile » par lequel les voix de l’ensemble de ses membres sont rassemblées et portées au sein du CSA, cherche avant tout à y mettre en avant les petits producteurs (en particulier les femmes) et les populations indigènes, particulièrement marginalisés et considérés comme les plus vulnérables et de fait les plus pauvres et les plus affectés par l’insécurité alimentaire croissante.
Et parmi les représentants du monde paysan, les porte-parole des paysans africains y ont, en cette 37ème session, une place de choix :

- en tant que représentant de la société civile au sein du groupe consultatif du CSA (cf. paragraphe en bleu ci-dessous), Mamadou Cissokho était parmi le panel des 5 intervenants de la table ronde portant sur « Comment accroître la sécurité alimentaire et les investissements favorables aux petits exploitants agricoles ? »

Mamadou Cissokho, Président d’honneur du Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR) du Sénégal et du Réseau des organisations paysannes et de producteurs en Afrique de l’Ouest (ROPPA) est l’un des 4 représentants de la société civile au sein du « Groupe consultatif du CSA ». Celui-ci est constitué par des représentants de cinq grandes catégories d’acteurs, à savoir les institutions des Nations Unies, les organisations de la société civile, les instituts internationaux de recherche agricole, les institutions financières internationales et régionales, et enfin les associations du secteur privé et les fondations caritatives. Ce groupe consultatif a pour fonction de faciliter l’échange permanent et réciproque entre le bureau du CSA (c’est l’organe exécutif du CSA, composé d’un président - actuellement M. Noël D. de Luna, Attaché à l’agriculture des Philippines - et de 12 pays membres élus en plénière pour 2 ans) et les différentes parties prenantes au niveau régional et sous-régional.

- président de la Coordination Nationale des Organisations Paysannes (CNOP) du Mali, membre et représentant de Via Campesina, vice président du Roppa, Ibrahima Coulibaly était dans le panel des experts réunis pour la table ronde du CSA portant sur la volatilité des prix.
- présidente de la plateforme sous régionale des organisations paysannes d’Afrique centrale (Propac) au Cameroun, et présidente de la plateforme panafricaine des organisations paysannes (Pafo), Elisabeth Atangana a siégé dans le panel des intervenant a la table ronde portant sur « parité hommes-femmes, sécurité alimentaire et nutrition »

Messages clés des représentants du monde paysan africain dans les instances du CSA

Intervention de Mamadou Cissokho sur la question des investissements : « Il faut développer une agriculture qui réponde aux enjeux d’aujourd’hui et prépare les défis de demain »

Les messages clés de sont intervention
- les petits agriculteurs sont aujourd’hui les premiers investisseurs dans le secteur agricole et ils parviennent à produire 80% de l’alimentation des populations. Ils investissent, prennent 100% des risques, et gèrent les ressources naturelles via des systèmes de production remis en cause au nom de l’augmentation de la productivité et de l’utilisation incontournable de produits chimiques alors que les changements climatiques nous affectent tous.
- on ne peut pas financer les exploitations familiales sans se préoccuper du lien entre leurs activités, l’économie sociale et la durabilité.
- il faut renforcer les marchés alimentaires locaux et revaloriser le secteur agricole car l’Afrique ne peut se permettre de perdre 20% de ses agriculteurs. Quelle activité tous ces jeunes qui entrent sur le marché de l’emploi pourraient-ils exercer à la place ?
Revendications au CSA :
- Mamadou Cissokho appelle les experts du HLPE à démontrer la pertinence des partenariats publics privés (PPP) comme solution à la triple problématique de la sécurité alimentaire des nations, de l’amélioration des conditions de vie des petits producteurs et d’une meilleure gestion des ressources naturelles. Quelles expériences concrètes rassemblant ces 3 enjeux ont fait leurs preuves ?
- Il faut des investissements publics importants pour le secteur agricole, bien orientés, mieux planifiés et co-gérés avec les petits agriculteurs, premiers investisseurs du secteur ! Tout comme dans les pays où cela a bien fonctionné.

Ibrahima Coulibaly, plaidoyer en faveur du soutien à l’agriculture familiale

Messages clés de son discours
- il faut donner la priorité aux marchés locaux et à l’intégration régionale plutôt que nos prix soient dépendants des marchés internationaux non maîtrisables.
- il faut arrêter toutes les formes de compétition entre des agricultures et des modes de production ayant de très grands écarts de productivité : la « houe » est difficilement compétitive face au « tracteur + subventions ».
- il faut arrêter les politiques qui déstabilisent les agricultures paysannes : aujourd’hui l’Afrique est perdante à tous les coups ! Quand il y a surproduction, elle subit le dumping, et quand il y a pénurie, elle subit la restriction aux exportations !
- des instruments existent pour stabiliser les prix (tarifs douaniers, stocks stratégiques à différents niveaux, etc.) : il faut s’émanciper des contraintes de l’OMC à utiliser
Revendication au CSA :
- le HLPE devrait être mandaté pour faire une étude sur l’efficacité de ce qui est mobilisé au nom des pauvres : sur plusieurs centaines de millions de dollars, combien arrive effectivement dans les champs des hommes et des femmes qui en ont besoin ?

Lien vers le discours : http://cso4cfs.org/2011/10/19/discours-sur-la-volatilite-des-prix-alimentaires-par-ibrahim-coulibaly-speech-on-food-price-volatility-roundtable-by-ibrahim-coulibaly-fr-only

Les OP africaines présentes aux Side events organisés en marge du CSA

L’Afrique peut se nourrir : un dialogue entre gouvernements africains et agriculteurs familiaux africains – 18 octobre 2011

Mamadou Cissokho a qualifié cette rencontre d’« historique », mais Ibrahima Coulibaly a toutefois déploré qu’il y ait besoin de venir à Rome pour que gouvernants, petits producteurs et société civile au sens plus large du continent africains aient l’opportunité de dialoguer ensemble. « Les peuples et les gouvernants sont comme les deux cornes d’une vache : on ne se touche pas mais on ne peut pas se séparer ».
Quelques messages y ont été portés par les représentants du monde paysan africain :
- il faut cesser l’incohérence des actions et des initiatives qui s’entrechoquent sans donner aucun résultat ; aujourd’hui nous avons tous les dispositifs pour atteindre nos objectifs de sécurité alimentaire : Nepad et son Caadp, Cedeao et Ecowap. Mais « une cacophonie ne fait pas de la musique » a déclaré le président de la CNOP du Mali ! Il est temps de donner les moyens au paysan, premier privé et premier investisseur en Afrique, d’atteindre ses objectifs !
- Il faut moderniser l’agriculture familiale a déclaré Mamadou Cissokho, mais comment le faire sans les agriculteurs familiaux ? Et d’ajouter : « l’avenir de l’Afrique est en Afrique, il faut des investissements pour garantir la sécurité alimentaire et la paix sociale ». ce critère selon lui devrait être davantage intégré dans les calculs des économistes notamment lors de l’élaboration des budgets nationaux. Où mettre l’argent pour garantir la paix sociale ? Voilà une question à méditer…
- Elisabeth Atangana : « le Caadp est un grand espoir pour le continent africain ». Si les petits producteurs militent pour que le pilier numéro 1 du programme agricole du Nepad (à savoir l’atteinte de la sécurité alimentaire) soit porté par eux-mêmes, on est encore loin de l’approche participative nécessaire à l’atteinte des objectifs. Pour Mme Atangana : « si le Caadp est élaboré avec nous, nous pourrons nourrir l’Afrique ».

Financer les petits producteurs de produits alimentaires : Modèles financiers et modèles de développement rural mis en œuvre avec succès par les petits producteurs

« Pas d’avenir à l’investissement paysan sans cadre qui le protège ! »
Mamadou Cissokho, au travers de l’expérience de la Fongs (Fédération des ONG du Sénégal), a mis en avant la nécessité d’un cadre favorable à l’investissement par les petits paysans.
L’expérience et le travail de longue haleine conduit par la Fongs ces dernières années et visant la mise en place d’outils d’observation de ces investissements réalisés par les exploitations familiales agricoles et pastorales a été présentée (Pour plus d’information sur l’initiative de la Fongs, visitez le lien suivant : http://www.fongs.sn/dgcnet_templatecomposer.php?id_page=9&session=1uk5i83jnc93te86i5mm30dk92


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