Accueil du site > Ressources thématiques > Impact de l’introduction des biocarburants au Sénégal

Impact de l’introduction des biocarburants au Sénégal


Évaluation du coût d’opportunité de Jatropha curcas L pour les producteurs dans le Bassin arachidier

Résumé
Pour pallier la crise énergétique due à la cherté du pétrole, l’État du Sénégal a promu l’usage des biocarburants à travers la culture de Jatropha Curcas L. Son exploitation réduirait la dépendance du pays des carburants fossiles. Il est vanté pour sa résistance à la sécheresse et sa capacité de production dans des sols relativement pauvres. Cette facilité de culture et la tendance à recourir aux biocarburants feraient de Jatropha une nouvelle source de revenu pour les agriculteurs. Cependant les incertitudes des producteurs sur les avantages économiques de la culture de Jatropha seraient un obstacle à son adoption. C’est dans ce cadre que cette étude est réalisée pour évaluer le coût d’opportunité de Jatropha dans les régions de Kaolack et Kaffrine. Pour ce faire, les coûts, revenus et profits moyens à l’hectare des producteurs ont été déterminés pour toutes les spéculations (Jatropha y compris) à la suite d’une enquête auprès des exploitations familiales dans ces zones. Cela a permis d’évaluer le coût d’opportunité en calculant la perte (en termes monétaires) associée à la culture de Jatropha. Cette perte correspond au profit moyen à l’hectare de la meilleure alternative au Jatropha additionnée du coût moyen de Jatropha à l’hectare.
Les résultats obtenus ont montré que la culture de Jatropha n’est pas plus avantageuse que celles des céréales, de l’arachide et d’autres cultures annuelles. L’absence de la partie aval de la filière des agrocarburants qui témoigne d’une grande incertitude quant à l’avenir de cette culture au Sénégal est un facteur explicatif de cette situation. Par ailleurs, l’étude a révélé que les autres cultures sont, pour la plupart, destinées à la consommation et ne seraient donc jamais désavantagées par rapport à Jatropha dans les stratégies des paysans.
Ainsi, les producteurs ne renonceraient pas aux cultures traditionnelles pour produire Jatropha. La sécurité alimentaire des ménages ruraux, de ce point de vue, reste un objectif majeur.

Voir en ligne : http://www.bameinfopol.info/IMG/pdf...


Forum - Participez !

Répondre à cet article

2 Messages de forum

  • En ce qui concerne le Jatropha, on ne peut pas comparer objectivement une culture pérenne, 40 ou 50 ans avec des cultures annuelles qu’ils faut replanter tous les ans.

    Par contre le manque de débouché pour les paysans a été un problème majeur dans son développement au Sénégal.
    la Société NEO Sénégal a construit à Gossas une usine de trituration d’une capacité initiale de 12000T/an.

    NEO Sénégal propose des contrats de 15 ans avec une garantie de prix, réévalués tous les ans et incite les paysans à la culture associé.

    Répondre à ce message

  • Impact de l’introduction des biocarburants au Sénégal 11 juillet 2012 11:22, par Bruno Legendre

    L’évaluation du coût d’opportunité du Jatropha est beaucoup plus complexe et l’avis d’agriculteurs s’investissant déjà dans son développement aurait dû être sollicité.
    La société SOPREEF, dans laquelle est partie prenante une association paysanne du département de Foundiougne, développe depuis 2008 un modèle d’intégration du Jatropha dans les systèmes agricoles paysans.
    Son objectif est de permettre à des organisations paysannes de maîtriser la filière Jatropha de façon à (1) maximiser les revenus générés pour les paysans, (2) préserver un indispensable équilibre entre production alimentaire et autres cultures (n’oublions pas que le Jatropha n’est pas la seule culture spéculative que l’on trouve dans la région) et (3) sécuriser à long terme l’approvisionnement en énergie du monde rural.
    Plusieurs commentaires peuvent être faits à cette étude :
    - Les prix de vente considérés ne sont pas réalistes : dans aucun pays d’Afrique de l’Ouest les graines sont achetées à plus de 100 FCFA/kg ; à 500 FCFA/kg, l’impact du prix des graines sur celui de l’huile serait de 1500 FCFA/litre ; elle serait invendable.
    - Le jatropha se développe de plus en plus sous forme de haies, option qui n’est pas considérée dans l’étude. Non seulement il est alors produit à coût marginal, mais il entre en synergie avec les cultures vivrières au lieu d’être en compétition avec elle.
    - Dans les zones où les producteurs sont organisés pour s’approprier la filière Jatropha, ils réalisent eux-mêmes les pépinières. Certaines souches de Jatropha entrent en production dès la première année et très rapidement un programme de plantation paysan s’autoalimente en semences à coût réduit.

    En ce qui concerne la génération de revenus, en se plaçant dans la perspective de développement local d’une filière locale, et non seulement de production de matière brute (graines) par le paysan, on découvre que l’impact de l’introduction du Jatropha dans les systèmes paysans va bien au-delà de la vente de graines.
    - la capacité acquise pour la production d’une huile végétale de qualité répondant aux normes internationales d’utilisation comme biocarburant (et c’est tout à fait possible à petite échelle sans investissement conséquent), permet également de transformer d’autres espèces oléagineuses à très haute valeur ajoutée, présentes dans l’environnement du paysan mais jusques là non valorisées.
    - les sous-produits du Jatropha sont très appréciés d’opérateurs ruraux tels que les femmes productrices de savon (le savon de Jatropha, fabriqué à partir de sédiments, voire de l’huile elle-même est très apprécié), ou les producteurs maraîchers (le tourteau de Jatropha est un excellent amendement organique).

    C’est donc à travers une analyse globale de la filière que l’on peut juger de l’impact de l’introduction du Jatropha sur l’économie de l’exploitation agricole paysanne.

    L’intérêt de cette étude reste qu’elle montre, une fois de plus, que le Jatropha ne présente aucun intérêt pour les paysans s’ils ne sont que simples producteurs de matière première brute pour des acheteurs agro-industriels.

    Tout l’enjeu du développement de cette culture est l’appropriation de la filière par les organisations paysannes.

    Pour plus d’informations sur l’expérience en cours dans le département de Foundiougne, voir sur le site VivreDurable

    Répondre à ce message