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Entretien : les attentes d’une femme leader paysanne au Togo

Entretien : les attentes d'une femme leader paysanne au Togo
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CTOP 9 avril 2013

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Présidente du Collège des Femmes de la Coordination Togolaise des Organisations Paysannes et de Producteurs Agricoles, (CTOP), Mme Collette Noumpoa Nakpergou est également membre du Réseau des Centrales d’Autopromotion Paysannes (RECAP). Très active sur les questions de développement et particulièrement celles liées à l’agriculture, elle prend part actuellement à la 5ème édition du Forum National du paysan Togolais qui se déroule à Sokodé dans la région centrale. Dans un entretien réalisé avec notre cellule, cette dame de carrure impressionnante, basée dans la région septentrionale du Togo et habituée aux débats de haut niveau, élucide ses attentes à l’issue des trois jours d’échange entre les acteurs du monde paysan togolais et les hautes Autorités du pays.
Mme Collette Nakpergou fait le tour des principaux sujet liés à l’agriculture togolaise, notamment la gestion des engrais, l’accès des femmes à la terre, la mécanisation, les semences…. Lisez plutôt

« Mes attentes pour le forum c’est d’abord, qu’on sache effectivement l’accompagnement réel du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche ainsi que ses services décentralisés aux producteurs à la base, à l’heure où on parle de la souveraineté alimentaire. Quelles sont les stratégies, pour qu’on atteigne effectivement les objectifs visés ? il faudrait par ailleurs qu’à travers ces genres de rencontre, qu’on réfléchisse également sur les possibilités de renforcement des capacités des producteurs.

Par rapport à l’accompagnement des semenciers des producteurs, je me pose beaucoup de questions : comment les producteurs sont choisis, quel accompagnement, quel suivi à ces producteurs, quel est le rôle des organisations paysannes et des faitières qui depuis des années sont actifs sur le terrain ? Que deviennent ces Organisations paysannes par rapport à l’acte uniforme OHADA, à l’heure où il devient indispensable de migrer vers des coopératives agricoles ? Que fait le MAEP pour accompagner les OP dans ce processus ? Il ne s’agit pas de dire qu’on est des coopératives. Il en outre impératif qu’un programme soit élaborer pour accompagner les organisations paysannes dans la mutation des groupements vers les coopératives agricoles.

A propos des semences commerciales, je dirai que le secteur de la production n’est suffisamment contrôlé, je dis cela parce que n’importe produit aujourd’hui la semence, ce n’est pas normal ; on remarque aussi que les prix sont diversifiés, il faudrait harmoniser tout ça et faire le contrôle de la qualité tout en facilitant l’accessibilité aux semences de base.

Financement et équipement agricole

Le financement de l’agriculture, c’est une autre attente pour moi. Que feront réellement pour les coopératives, il faut les moyens pour que les coopératives puissent s’investir, et il faut un taux bonifié pour encourager le monde rural.

Par rapport à l’équipement, nous savons tous que c’est primordial de moderniser réellement notre agriculture, on a dépassé le temps des houes et des dabas, si nous voulons en toute franchise avoir un meilleur rendement. Il faut à ce propos qu’on sache si les équipements qu’on nous envoie sont adaptés à nos sols, d’autant plus que les sols varient d’une région à l’autre. Il s’avère également important d’encourager ou de motiver les agriculteurs avec des crédits d’équipements.

Accès aux intrants

Par rapport à l’accès aux intrants, comment se fera la distribution, il faut tenir compte du calendrier agricole des producteurs, l’engrais n’est plus utile quand le moment approprié est dépassé. Nous remarquons que tout est concentré en ville alors que les producteurs sont dans les villages ; il faut des mécanismes pour bien servir les agriculteurs et les agricultrices que nous sommes afin que nous puissions produire davantage. Nous constatons les op ne sont pas suffisamment impliqués dans la gestion des intrants agricoles, il faut les associer ; certaines OP ont déjà des magasins et elles peuvent les mettre à la disposition de la Centrale d’Achat et de Gestion des Intrants Agricoles (CAGIA) pour faciliter le travail et sauver nos cultures sinon quand les commandes d’engrais arrivent en retard, c’est nous qui perdons. En ce qui concerne le transport des engrais, il indispensable que la Centrale d’Achat et de Gestion des Intrants Agricoles puisse prendre des dispositions à temps, car franchement, nous avions souffert de cela lors de campagne passée.

Nous constatons par ailleurs que les femmes ne sont pas suffisamment impliquées à ce forum. Il est temps qu’on puisse prendre en compte les femmes dans leur spécificité ; elles ont des compétences à faire valoir.

Commercialisation des produits agricoles et création d’une banque agricole

En matière de commercialisation, j’attends qu’une stratégie claire de la commercialisation des céréales soit faite : combien l’Agence Nationale de Sécurité Alimentaire du Togo va acheter auprès de qui et comment ? Il faut à ce sujet faire un calendrier et qu’on nous informe régulièrement. Je souhaiterais aussi personnellement que le prix d’achat du maïs soit fixé au kilo en concertation avec les producteurs et qu’on tienne compte des comptes d’exploitation de la production. Il faut en bref que le paysan ait une marge bénéficiaire et pouvoir vivre décemment de son activité.

Il y a trois ans, on parle à toutes les éditions du Forum du paysan togolais, d’une banque agricole mais jusqu’ici cette idée ne se concrétise pas. Maintenant qu’on parle assez des coopératives agricoles et qu’on sensibilise les acteurs des groupements à s’inscrire dans cette logique, je pense qu’il faudrait également financer ces coopératives pour un véritable investissement. Les banques n’aiment pas soutenir le secteur agricole, elles estiment clairement que l’agriculture est un secteur à haut risque et hésitent à accompagner les porteurs d’initiatives en ce sens. Il faut à travers ce forum trouver une solution à ce sujet, c’est très urgent de mettre en place une banque agricole.

Entretien réalisé par Gilles Podjoley
Chargé de communication de la CTOP


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