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Le rôle des TIC dans le développement rural et agricole du Ghana

En 2017, le Ghana était premier dans le domaine des technologies
de l’information et de la communication en Afrique de
l’Ouest. Dans la filière du cacao, les TIC semblent être un bon
moyen d’augmenter les revenus des producteurs, d’éradiquer
le travail des enfants et de lutter contre la déforestation

Pour que les TIC contribuent au développement
socio-économique de
l’Afrique, il est crucial d’adopter un
cadre réglementaire solide. Au Ghana, deux
politiques prévalent : la politique des TIC
pour un développement accéléré (ITC4AD)
et la politique nationale des télécommunications
(NTP). Le cadre législatif se renforce
avec l’adoption de nouvelles lois visant à
soutenir la mise en oeuvre des politiques relatives
aux TIC et à réguler davantage le secteur
(pas moins de 5 en 2018). Depuis 1994,
l’élaboration de politiques et de programmes
phares modifie en profondeur le paysage des
TIC au Ghana. En 2015, les TIC représentaient
2,2 % du PIB et devraient s’affirmer encore
plus à l’avenir. D’après l’Union internationale
des télécommunications, en 2017, le Ghana
détenait le meilleur indice de développement
des TIC d’Afrique de l’Ouest. Cette progression
s’explique par la libéralisation du
secteur des télécommunications.
Le secteur évolue. La pénétration du mobile
est en forte augmentation, avec un taux de
139 % pour 41 millions de lignes en 2018,
contre 126 % en Côte d’Ivoire et 83 % au Burkina
Faso. Les systèmes de paiement mobile
et d’adresses numériques se déploient. La
bande passante internationale voit son prix
chuter et devient de plus en plus accessible.
Les jeunes sont toujours plus nombreux à
se lancer dans l’entrepreneuriat grâce aux
accélérateurs et aux incubateurs. Les donateurs
et les politiques gouvernementales en
faveur du secteur privé et des compétences
humaines se multiplient.

Vers une 4e révolution industrielle. L’agriculture participe activement au développement
économique du Ghana (p.8-9).
Mais le manque d’accès à l’information nuit
à la productivité agricole, à la résilience au
changement climatique et à la capacité des
producteurs à générer des revenus corrects,
malgré une croissance démographique
constante. Les nouvelles technologies offrent
davantage de services indispensables à la
population, comme le télédiagnostic médical,
et aident les producteurs à accroître
leurs rendements et obtenir des intrants à
moindre coût.

Le Ghana mise sur une économie numérique
pour enclencher sa 4e révolution industrielle,
mais le besoin de progresser dans le domaine
des TIC se fait sentir, notamment dans
l’agriculture. Les jeunes sont encouragés à
créer des entreprises dans le domaine des
innovations intelligentes afin de digitaliser
l’agriculture. Le Ghana a cependant encore
beaucoup à apprendre du Kenya, du Nigéria,
de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et du Maroc,
qui hébergent la moitié des hubs technologiques
africains. Beaucoup de startups
ghanéennes bouleversent la distribution de
produits et de services dans le domaine agricole
en s’appuyant sur des plateformes mobiles
pour fournir aux acteurs du secteur des
informations actualisées.

Farmerline aide les cacaoculteurs à
générer un revenu minimum vital
. Née en 2013, Farmerline a créé une plateforme
qui bénéficie aujourd’hui à plus de
340 000 producteurs dans 24 pays différents
en proposant des solutions numériques en
matière de profilage, de cartographie, de
certification, de traçabilité et de messagerie
et de paiements électroniques. Plus de
71 organisations l’utilisent afin de donner aux
producteurs les moyens d’accroître leur productivité
et leurs revenus.

Farmerline travaille principalement avec les
cacaoculteurs. Pour rendre la filière du cacao
durable, il faut avant tout (i) aider les producteurs
à se dégager un salaire vital durable, (ii)
mettre fin au travail des enfants et (iii) lutter
contre la dégradation des terres. Les TIC
peuvent aider à relever ces trois défis.

Les TIC, sources d’information et
de ressources
. La plupart des acteurs de la filière du cacao
admettent qu’il est difficile d’aider les producteurs
à générer un revenu vital. Ils proposent
une solution à multiples facettes, qui
consiste notamment à encourager les producteurs à se diversifier et à accroître leur
rendement, à dispenser des formations sur
l’utilisation de produits agrochimiques et à
faciliter l’obtention d’intrants moins chers et
de meilleures conditions de prêts.

Les TIC sont un moyen rentable de soutenir
les producteurs. La vulgarisation électronique
leur donne accès à l’information
agronomique par message vocal, par SMS ou
via des applications intelligentes. Farmerline
leur octroie également des prêts pour les intrants,
et même si ce projet n’en est encore
qu’à ses débuts, il marque la naissance d’un
système de prêts indispensable aux cacaoculteurs.

CLMRS : les TIC au service de la
lutte contre le travail des enfants
. En 2001, les acteurs du secteur du cacao
ont signé le protocole Harkin-Engel en vue
d’éradiquer le travail des enfants d’ici 2005.
Ils ont cependant échoué et ont dû redéfinir
l’échéance et leur objectif, qui est maintenant
de réduire de 70 % le nombre d’enfants
exploités dans les plantations d’ici 2020. Un
système de suivi et de remédiation du travail
des enfants (CLMRS) a été créé à ces fins.
Le Baromètre du cacao définit le CLMRS
comme un outil communautaire qui sert à
repérer et mettre fin à l’exploitation des enfants.
Un intermédiaire local se rend régulièrement
dans les familles et interroge les
parents et les enfants. Lorsqu’il décèle une
situation de travail d’enfants, l’information
remonte dans une base de données centrale
pour être analysée et des mesures correctives
sont prises. Un producteur qui n’exploite pas
d’enfants et qui remplit d’autres critères peut
prétendre vendre son cacao plus cher. Farmerline
dispose d’une fonction de certification
et d’agents de terrain pour encourager
les entreprises et les organisations à devenir
durables. Ils aident ainsi les producteurs à
recevoir le bonus promis par les entreprises.

Lutter contre la dégradation
des terres et encourager
la restauration des forêts
. En cherchant à augmenter leurs revenus, les
producteurs finissent souvent par exploiter
les zones forestières protégées ou mettre
leurs terres au service d’activités néfastes
comme l’exploitation minière. Pour le cacao,
il existe plusieurs façons d’endiguer ce phénomène,
comme aider les producteurs à accroître
leur rendement par unité de surface.
Ces solutions nécessitent l’usage des TIC afin
de garantir qu’elles soient déployées efficacement.
Par exemple, grâce aux technologies
de cartographie, il est possible de visualiser
les terres à restaurer.

Les TIC au service du développement
rural : ce qu’il reste à faire
. Avant de mettre la technologie mobile au
service du développement socio-économique,
il faut d’abord délivrer aux producteurs
des informations de qualité, et donc
produire de la connaissance et l’adapter aux
TIC. Pour ce faire, les secteurs public et privé
doivent collaborer. Les entrepreneurs du domaine
technologique cherchent à établir des
entreprises viables ; il est cependant souvent
difficile de travailler avec les instances bureaucratiques,
ce qui nuit ou met fin aux activités
de ces entreprises innovantes, dont le
succès repose sur un environnement propice
à la coopération. Mais cela pourrait servir à
développer un nouveau modèle de formation
et d’enseignement agricole. Un autre défi
concerne les infrastructures permettant une
distribution durable des services qui visent
à accroître la productivité et les revenus des
producteurs. Par exemple, la qualité du réseau
mobile en zones rurales laisse à désirer,
ce qui empêche l’utilisation d’applications
nécessitant une connexion Internet.

Une approche multidimensionnelle
qui implique divers acteurs
. Les progrès technologiques, et notamment
de la téléphonie mobile, rendront plus
évident l’octroi d’avantages économiques
et sociaux. Ils permettront d’accroître la résilience
et les rendements des producteurs
et de fournir des services financiers fiables,
rapides et sécurisés. Il est donc essentiel d’adopter une approche
multidimensionnelle qui implique divers acteurs
remplissant chacun leur fonction. Le
gouvernement joue un rôle clé : il permet
aux TIC de contribuer au développement
socio-économique au travers de politiques
tournées vers l’avenir, créant une stabilité
politique et économique propice aux investissements
à destination des infrastructures
et des compétences.

Il reste beaucoup à apprendre des pays frères
sur ce qui a fonctionné ou non, afin que les
pays tels que le Burkina Faso, Togo, le Bénin
et le Niger, qui intègrent dorénavant les TIC à
leur programme de développement, puissent
avancer beaucoup plus vite et plus loin que
leurs pairs.

Worlali Senyo dirige le département en charge
du développement de partenariats chez Farmerline,
une entreprise sociale ghanéenne qui permet
aux petits producteurs de tout le pays
de générer des revenus durables grâce aux progrès
technologiques en matière de téléphonie mobile,
d’apprentissage automatique et de télédétection,
afin de permettre à des agents de terrain
de proposer des intrants agricoles abordables et
de qualité et des formations intensives
aux agriculteurs des zones reculées.

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