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Un réengagement de l’État dans le conseil agricole ? Le cas du Bénin

Après un désengagement du conseil agricole par les États
d’Afrique de l’Ouest, ceux-ci semblent se réinvestir à travers
des agences et des fonds nationaux de développement
agricole. Le cas du Bénin, où le gouvernement opère une
réforme du secteur agricole témoigne de ces changements
institutionnels du conseil agricole.

La libéralisation des services de conseil agricole
au début des années 1990 a permis l’implication
des organismes privés et des organisations
paysannes, aussi bien dans le financement
que dans la délivrance des services de conseil en
Afrique de l’Ouest.

Si l’État a toujours été présent sur le terrain à leurs
côtés, son rôle a été recentré pour exercer les fonctions
de coordination et de régulation qui ont pâti
d’un manque de financement. Conséquemment, les
dispositifs se sont multipliés de façon fragmentée et
sans synergie. Les évolutions récentes peuvent donc
être appréciées à l’aune des défis que sont la coordination,
la régulation et le financement (p. 28-29) du
conseil agricole.

Le retour de l’État. Après 30 ans de repli, les États
font des efforts pour pallier les insuffisances des systèmes
nationaux de conseil agricole en capitalisant
les acquis de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. De
nouveaux espaces et mécanismes impliquant toutes
les parties prenantes du conseil agricole (structures
gouvernementales, organisations paysannes, organisations
non gouvernementales, organismes privés,
etc.) sont progressivement mis en place pour faciliter
la régulation, la dynamisation, la coordination et le
financement du conseil agricole. Les États y sont
omniprésents.

La tendance la plus remarquable est la mise en place
d’agences de conseil nationales (ANADER en Côte
d’Ivoire, ANCAR au Sénégal,
APCA au Niger) ou régionales
(Bénin) avec des mandats très
différents, de conseil agricole
spécifiquement (Sénégal, Niger),
ou de développement agricole
de façon générale (Côte d’Ivoire,
Bénin). En Côte d’Ivoire et au
Sénégal, ces agences disposent
de leurs propres dispositifs de
conseil sur le terrain. Au Bénin et au Niger, elles s’appuient
sur des prestataires privés (organisations non
gouvernementales, organisations professionnelles
agricoles). Diverses stratégies de conseil agricole,
comme le manuel des procédures techniques de
l’ANCAR au Sénégal, le système national de conseil
agricole au Niger et la stratégie nationale du conseil
agricole au Bénin ont également été élaborées par
les États. Ces documents de politiques présentent un
diagnostic de l’état du conseil agricole, les principes,
les orientations stratégiques et le dispositif d’intervention
et de suivi-évaluation.

Les conseils d’administration des agences sont
composés des représentants des organismes publics,
des prestataires privés et des organisations des professionnels
agricoles. Malgré cette participation diverse,
la prédominance des représentants des structures
publiques peut se traduire par une forte influence
de l’État dans les orientations du conseil organisé
par les agences. Les structures déconcentrées de
l’État sont chargées, quant à elles, du contrôle de la
qualité des services.

Pour financer les dispositifs de conseil agricole, des
fonds nationaux de développement agricole avec un
guichet dédié au conseil agricole (Fonds national de
développement agricole au Bénin, Fonds d’investissement
pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle
au Niger), ou des fonds spécifiques pour le conseil
agricole (Fonds interprofessionnel pour la recherche
et le conseil agricole en Côte d’Ivoire) sont créés. Ces
fonds sont alimentés par des prélèvements opérés sur
les filières agricoles, les subventions de l’État et les
bailleurs de fonds.

Conseil agricole au Bénin : le nouveau départ.
Le Bénin est un exemple typique du réengagement
de l’État. En effet, la réforme opérée dans le secteur
agricole au cours de ces trois dernières années dans
le cadre du Programme d’Action du Gouvernement,
change le paysage institutionnel du conseil agricole
du pays. Le Plan Stratégique de Développement du
Secteur Agricole, dont la Stratégie Nationale du
Conseil Agricole est un instrument,
(PSDSA, 2017-2025)
a confié aux douze Directions
départementales de l’agriculture
de l’élevage et de la pêche
(DDAEP) la mise en oeuvre de
la politique agricole, le suivi du
secteur agricole, la régulation
et l’assistance technique aux
agences. Elles assurent de ce
fait la définition et le respect des normes et la qualité
du conseil agricole au niveau départemental.
L’opérationnalisation du conseil agricole fait partie
des attributions de sept agences territoriales de développement
agricole (ATDA).


L’Agence
territoriale de
développement
agricole (ATDA),
Bénin

Chaque ATDA béninoise est administrée par un
Conseil composé des représentants des ministères
de l’agriculture, du commerce et des finances, des
DDAEP de la zone de couverture, des Chambres
Inter-départementales de l’Agriculture, des organisations
professionnelles agricoles (OPA), de l’Association
Nationale des Communes du Bénin, de la société civile intervenant dans le secteur agricole et
d’un délégué du personnel de l’Agence. On note une
forte représentativité des services étatiques dans cet
organe de gouvernance. La réforme obéit à une double
logique de territorialisation et de spécialisation du
développement agricole. Chaque ATDA détient des
mandats de promotion de filières phares précis et privilégie
une approche d’intervention fortement orientée
vers la promotion des chaînes de valeurs et basée
sur le faire-faire. Le conseil est donc mis en oeuvre à
la base par des ONG, des OPA et des cabinets privés
sélectionnés par appels d’offres et financés suivant
le mécanisme du Fonds National de Développement
Agricole. Actuellement, il n’y a plus d’agents publics
de conseil agricole sur le terrain.

En somme, l’État crée un nouveau cadre pour la
gouvernance et l’organisation du financement du
conseil agricole en y associant les acteurs du secteur
privé. Il cède l’exclusivité de la délivrance du conseil
sur le terrain aux organismes non étatiques, tout en
se réservant le devoir de les accompagner et le droit
de régulation et de contrôle. Des centres de services
agricoles, considérés comme des supports techniques
à la disposition des ATDA, devront assurer le transfert
du savoir-faire, des technologies agricoles et
favoriser le renforcement des capacités des exploitations
agricoles, des prestataires de services et des
structures d’encadrement technique des acteurs des
chaînes de valeurs, et ce à travers la démonstration
par l’exemple. Des études de faisabilité sont actuellement
en cours pour définir les modalités de mise
en place de ces centres.

L’État réengagé pour un conseil agricole vers le
marché.
Les agences de conseil ou de développement
agricole sont actuellement en vogue, avec des fonds
de développement agricole supposés les financer. Si
on note un retour des États dans la gouvernance du
conseil agricole, on peut également reconnaître d’une
part une plus grande orientation du conseil agricole
vers la promotion des chaînes de valeurs, et d’autre
part la réalisation d’un pas en avant vers la privatisation,
avec par exemple au Bénin le retrait total des
agents publics de conseil agricole.

Or, il est important de ne pas perdre de vue que
le conseil agricole a également un rôle crucial à
jouer dans la sécurité alimentaire, la lutte contre la
pauvreté et la protection de l’environnement. Pour
y parvenir, il faut tenir compte, dans l’organisation
des services de conseil agricole, des spécificités territoriales,
des différences entre spéculations (culture
vivrière, cultures de rente, etc.) et entre producteurs
(petits producteurs, exploitations familiales, etc.), au
risque de les rendre inaccessibles à une grande partie
des producteurs. Une bonne préparation des acteurs
(structures publiques, organisations de producteurs,
associations (inter)professionnelles, ONGs, consultants
privés, etc.) est alors requise pour que ces derniers
jouent convenablement leurs nouveaux rôles
dans le contexte politique et institutionnel actuel.

Ismail Moumouni ([email protected]) est
enseignant-chercheur en
agro-sociologie à
l’Université de Parakou,
Bénin. Il est spécialisé en
conseil et innovation
agricole.

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