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Nouveaux acteurs du conseil agricole en Afrique de l’Ouest : intérêts, limites et implications stratégiques

La diversité des fournisseurs de conseil agricole en Afrique
de l’Ouest depuis 20 ans, qui résulte de plusieurs facteurs,
est une opportunité pour améliorer l’offre en conseil. Mais
des défis apparaissent, exigeant une (re)définition des orientations
stratégiques pour que le conseil agricole contribue
à la transformation de l’agriculture.

En Afrique de l’Ouest, les demandes en conseil
agricole des producteurs se diversifient fortement
depuis vingt ans. Cette diversification
contribue au pluralisme des fournisseurs de conseil
agricole avec des corollaires sur l’offre, le financement,
les profils des conseillers ainsi que sur les
méthodes et outils de conseil. L’émergence de nouveaux
acteurs est une évolution majeure qu’il faut
bien saisir et accompagner pour relever le défi d’un
accès inclusif et aisé des producteurs à des services
de conseil agricole de qualité.

Une recomposition forte depuis deux décennies.
Historiquement, les différentes fonctions du conseil
agricole (connexion aux informations et connaissances
pertinentes, facilitation des interactions avec les acteurs,
aide à la décision et développement continu
des capacités) étaient assurées principalement par
des services des ministères en charge du développement
rural. Mais le conseil agricole public a connu
des difficultés qui ont culminé à la fin des années
1990 (p. 11-12).

Parallèlement, de nouveaux fournisseurs de conseil
agricole ont commencé à émerger, jouant un rôle
toujours croissant. On retrouve ainsi le secteur privé
(agro-industries, distributeurs d’intrants (p. 19-20),
bureaux d’études), les organisations non-gouvernementales
(ONG), la profession
agricole (organisations de
producteurs agricoles (OPA),
chambres d’agriculture etc.).
On note en outre l’apparition
de structures privées, initialement
à vocation non-agricole
mais qui développent des activités
relevant d’une ou plusieurs
fonctions des services de conseil agricole (par exemple
des entreprises de téléphonie p. 8-9).

Cette diversité d’acteurs, qui s’observe aussi bien à
l’échelle nationale que régionale, exige que les grilles
d’analyse et de développement du conseil passent
d’un dispositif monolithique à un système intégré
regroupant plusieurs dispositifs.

Un pluralisme d’acteurs soutenu par l’État ? Si les
lacunes des dispositifs des services publics ont joué
un rôle déterminant dans l’émergence de nouveaux
acteurs, d’autres facteurs ont également contribué.
Ainsi, le développement de la coopération multilatérale
a facilité l’accès des fournisseurs à plusieurs
sources de financement. En se recentrant sur ses
fonctions de coordination, l’État a promu le secteur
privé pour prendre la relève des activités dont il se
séparait, parfois brutalement. La volonté des OPA
d’améliorer leurs performances les a conduites à
mettre en place un dispositif interne de conseil pour
garantir l’accès de leurs membres à un conseil agricole
de proximité, et assurer l’utilisation efficiente
des crédits intrants.

Les gouvernements ont soutenu plus ou moins
directement l’émergence de nouveaux acteurs grâce
notamment à l’adoption de textes prévoyant des
statuts juridiques aujourd’hui utilisés par plusieurs
fournisseurs privés de conseil agricole (groupements
d’intérêt économiques (GIE), associations, ONGs,
coopératives). Au Bénin, le choix de la politique de
contractualisation du conseil agricole avec octroi des
agréments aux prestataires privés a favorisé l’essor des
nouveaux acteurs (p. 11-12). En Guinée, le service public
de conseil agricole a contribué, à travers des formations
et la mise à disposition d’agents, à la mise en
place du dispositif de conseil agricole de la Fédération
des paysans du Fouta-Djallon (FPFD) ; exemple réussi
d’internalisation du dispositif de conseil agricole.

Diversification des acteurs : améliorer l’offre de
conseil agricole
. La diversification des acteurs offre
la possibilité d’améliorer la couverture géographique
et thématique du conseil agricole, les fournisseurs
ayant tendance à se focaliser
sur des demandes spécifiques.
Les dispositifs des OPA ciblent
d’abord, voire exclusivement
leurs membres en leur apportant
un conseil technico-économique
et parfois un conseil à
l’exploitation familiale. C’est le
cas de l’Union des groupements
pour la commercialisation des produits agricoles de la
Boucle du Mouhoun (UGCPA/BM) au Burkina Faso.
Les bureaux d’études fournissent principalement du
conseil à l’entrepreneuriat, des activités de renforcement
des capacités, de suivi-évaluation ou d’appui.
Les ONGs et les services publics visent en priorité les
producteurs vulnérables. La contribution des agrodealers
porte sur le choix et l’utilisation des intrants
(semences, engrais, pesticides) qu’ils commercialisent.

Les défis de la pluralité. Les avantages de l’émergence
de ces nouveaux acteurs ne sont pas encore pleinement
valorisés, l’accès des producteurs aux services de conseil
agricole de qualité reste toujours problématique. Les
choix stratégiques adaptés au nouveau contexte font
défaut. Il en résulte un manque de coordination et de synergies entre les différentes interventions. L’offre de
conseil peut être surabondante dans certaines zones,
tandis qu’elle est inexistante dans d’autres.

Plusieurs thématiques émergentes (nutrition, entrepreneuriat,
changements climatiques), abordées
majoritairement dans le cadre de projets avec une
durée de vie et une aire d’intervention limitées ne
sont pas encore suffisamment prises en compte. Les
bonnes pratiques ne sont pas pleinement valorisées
ou mises à l’échelle faute de synergies, de capitalisation
et de partage d’expériences.

Plusieurs structures (bureaux d’études, ONG
locales de prestation de services) ont été créées par
opportunisme et n’ont pas réussi à développer un
modèle d’affaires durable et dynamique susceptible
de s’autofinancer. Elles disparaissent ou rentrent en
hibernation dès que le projet de développement qui
leur attribuait des contrats d’accompagnement des
producteurs arrive à terme.

En raison des faibles capacités et dispositions des
producteurs à payer pour les services de conseil agricole
dont ils ont besoin, l’offre n’est pas encore pleinement
tirée par la demande (p. 28-29). La pluralité des fournisseurs
n’a pas engendré d’offres concurrentielles de
services. Plusieurs fournisseurs se soucient surtout
de la redevabilité vis-à-vis des bailleurs, et mettent
rarement en place des mécanismes de redevabilité
aux utilisateurs de leurs services.

Nécessité de (re)définir des orientations stratégiques.
Les problématiques générées par le pluralisme
des acteurs exigent une (re)définition des orientations
stratégiques et des arrangements institutionnels pour
tirer parti de tout le potentiel du conseil agricole dans
la réalisation des objectifs nationaux de développement
agricole, économique et social. C’est pourquoi
des pays comme le Cameroun, le Nigeria et la Guinée
ont défini récemment des politiques nationales
de conseil agricole.

L’amélioration de la coordination, qui passe par une
cartographie actualisée de la demande et de l’offre,
est fondamentale pour la cohérence des interventions
et leur convergence vers les objectifs stratégiques
nationaux. La professionnalisation des acteurs, se
traduisant par la mise en place d’un mécanisme d’enregistrement
et d’accréditation des fournisseurs, est
à envisager. Il s’agit aussi de promouvoir l’apprentissage
et le partage d’expériences et développer des
liens avec les services supports du conseil agricole
(vendeurs d’intrants, finance etc.).

Renouveler le conseil agricole public ? L’apparition
des nouveaux acteurs de conseil agricole pose
aussi le défi de son renouvellement. L’enjeu pour les
services publics est moins de trouver des solutions
durables aux questions récurrentes du renforcement
des ressources humaines et financières que de repenser
l’offre de services et de moderniser les méthodes
et outils. Il s’agit d’opérer un repositionnement
stratégique permettant d’avoir une plus-value par
rapport aux autres acteurs et de mieux rentabiliser
les investissements publics dans le conseil agricole.

En Guinée et au Niger, les réformes récentes ont
décidé du recentrage progressif des services publics
vers les producteurs les plus vulnérables, les prestataires
privés sont orientés vers des producteurs ayant
la capacité de participer à la prise en charge des frais.
Par ailleurs, le cadre stratégique de conseil agricole
adopté en Guinée prévoit que la structure publique
en charge du conseil agricole, l’Agence nationale de
promotion rurale et de conseil agricole (ANPROCA),
joue davantage un rôle d’appui et de facilitation pour
d’autres prestataires (profession agricole, prestataires
privés). C’est une stratégie pour que la pluralité des
fournisseurs donne lieu à une offre globale plus importante,
de qualité et assure une meilleure couverture
de la demande en conseil.

Patrice Djamen ([email protected]) est
facilitateur des processus
d’innovation agricole et
membre du comité de
pilotage du Forum mondial
pour le conseil rural
(GFRAS).

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