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Les défis du conseil agricole pour les organisations paysannes à Madagascar

À Madagascar, certaines organisations paysannes participent
à l’élaboration, au suivi et à la mise en oeuvre des
politiques de services agricoles. Cet entretien revient sur les
nouveaux enjeux et rôles de ces organisations, bénéficiaires
et fournisseurs de conseil agricole, dans un contexte de désengagement
de l’État.

Grain de Sel (GDS) : Pouvez-vous revenir sur les
spécificités de la politique de services agricoles à Madagascar
 ? Comment le conseil y est-il promu ?

Gérard Andriamandimby (GA) : Les orientations de
la politique agricole malgache se retrouvent dans la
stratégie de services aux agriculteurs (SSA) de 2009
dont l’objectif est de « Soutenir le développement
d’exploitations agricoles familiales modernes, professionnelles,
compétitives, aptes à tirer une rémunération
juste de leur travail et de leurs investissements,
à assurer la sécurité alimentaire, et soucieuse des
générations à venir ». La SSA vise à assurer un accès
équitable aux services agricoles et place clairement
l’agriculteur au coeur de son action. Elle s’appuie
sur les organisations paysannes (OP) et les centres
de services agricoles (CSA) pour aider les paysans à
identifier et mettre en oeuvre les services, et sur le
fonds de développement agricole (FDA) mis en place
en 2009 pour son financement.

Ce fonds couvre aujourd’hui
15 des 22 régions du pays et finance
six types de services :
appui à la production, structuration
et renforcement des
OP, accès aux facteurs de production,
extension des services
financiers, recherche, et renforcement des acteurs du
service agricole. C’est à travers le service d’appui à
la production que le FDA finance le conseil, que ce
soit le conseil technique ou le conseil de gestion à
l’exploitation familiale. Il peut être porté par des OP,
mais aussi par des centres de formation, de recherche
ou des prestataires de service qui bénéficient de renforcement
de capacités pour améliorer la qualité de
leurs conseils.

GDS : Quel a été le rôle des organisations paysannes
dans la définition et le suivi de cette politique ?

GA  : Le réseau SOA est une des OP nationales qui
mène un plaidoyer en faveur des agriculteurs familiaux
à Madagascar et participe à l’élaboration des
politiques et stratégies agricoles, dont la SSA. Il a mis
en place aux niveaux régional et national des espaces
de concertation appelés « Regards paysans » dans lesquels
sont débattues les questions de politique agricole.
Cette approche conduit les paysans à préparer
des propositions qu’ils porteront auprès des décideurs
et des instances de pilotage des CSA et FDA.

Le Réseau SOA a défendu le principe de parité
parfaite en termes de participation des paysans dans
les dispositifs de financement du conseil (FDA) et
dans les CSA, mais aussi les contrats-programmes
pluriannuels. Ceux-ci leur permettent d’assurer sur
le long terme le fonctionnement de l’organisation, de
rémunérer et renforcer leur équipe technique, et leur
réseau de paysans relais et in fine d’améliorer l’accès
des paysans à des services de conseil technique et de
gestion de proximité, adaptés, modernes et innovants.

GDS : Comment ont évolué les rôles des organisations
paysannes en matière de conseil depuis 10 ans
à Madagascar ?

GA : Au début les OP étaient simplement clients du
conseil, maintenant elles en sont aussi fournisseurs.
Elles disposent de techniciens salariés, de réseaux de
paysans relais et d’outils efficaces (suivi de fermes de
références, coûts de production, surface de cultures,
etc.). Elles parviennent désormais à orienter le conseil
en fonction du besoin des clients (choix des variétés et
itinéraires techniques adaptés pour la production de
semences, techniques agro-écologiques
locales, etc.). En 10 ans,
les OP ont formé leurs paysans
formateurs, leurs techniciens
et ont fait évoluer le conseil en
fonction de leur stratégie et de
leurs moyens. Elles ont aussi
développé en parallèle de nombreux
autres services complémentaires (accès aux
intrants, commercialisation, stockage).

GDS : Quelles formes de conseil votre réseau proposet-
il ? Pourquoi ?

GA : Les OP du Réseau SOA développent le conseil
technique de production et le conseil de gestion aux
paysans membres. Onze d’entre elles, avec l’aide du
Réseau SOA, ont même développé un conseil spécifique
pour les jeunes agriculteurs (au total ce sont 700
jeunes installés), cinq autres OP se sont spécialisées
dans le conseil pour la production de semences, avec
une collaboration étroite avec la Recherche.


Visite d’une
Coopérative de
transformation de
fruits par des
jeunes agriculteurs
à Mahitsy,
Antananarivo

GDS : Comment les organisations paysannes assurent-
elles le financement du conseil ? Sont-elles en
mesure d’assurer un conseil sur le long terme ?

GA : Un conseiller agricole accompagne 250 à 300
producteurs et coûte environ 1,2 millions d’ariary
ou 300 euros par mois (soit 1,5 euros/producteur),
soit environ 3 600 euros par an. Le conseil est essentiellement
financé à travers des subventions à l’OP
(par le FDA, les projets/programmes), et dans une
moindre mesure par les fonds propres (et surtout
pour les coopératives agricoles). Au sein du Réseau
SOA, les membres qui arrivent à assurer le conseil sur le court/moyen terme sont ceux engagés sur la
commercialisation de produits à forte valeur ajoutée
(cacao, lait, semences).

GDS : Quelle est la valeur ajoutée d’un conseil offert
par les organisations paysannes ?

GA  : Les OP ont vocation à rester sur le territoire,
elles ont donc intérêt à investir sur le renforcement
des ressources humaines. De plus, elles connaissent
leurs membres et peuvent identifier des dispositifs
de paysans relais de manière plus efficace que des acteurs
externes. Ces services de paysans relais offrent
différents avantages en termes de coûts, de proximité
et de disponibilité au niveau local (p. 25). Le conseil
offert par les OP assure donc des relais locaux dans
la diffusion des informations et des innovations, et
permet d’être au plus près des besoins de la base.

GDS : Les organisations paysannes sont-elles en mesure
de répondre au désengagement de l’État ? Qu’attendez-
vous du gouvernement aujourd’hui ?

GA : Les OP sont en mesure de répondre au désengagement
de l’État s’il les subventionne pour porter
le conseil et soutenir le salaire et la formation des
techniciens et paysans relais.

En fait, l’État n’a plus un rôle d’opérateur du conseil,
confié aux chambres d’agricultures, aux OP, aux prestataires
agréés (ONG, bureaux d’études, consultants
privés, etc.) et aux centres de formation. Mais pour
améliorer la fourniture du conseil, il doit favoriser le
développement des OP sur la durée, aider à collecter
des données et développer les infrastructures pour
faciliter le travail des techniciens et des échanges paysans.
Surtout, l’État devrait assurer la formation de
techniciens compétents et apporter un appui effectif
aux chambres d’agriculture. Ces structures touchent
la plus grande majorité des paysans, elles pourraient
s’engager dans du conseil d’entreprise (fournir du
conseil stratégique d’aide à la décision), du conseil
spécialisé et mettre à disposition des animateurs au
niveau du territoire.

GDS : Diriez-vous que la politique de conseil va dans
le bon sens ?

GA : Plusieurs éléments, comme la reconnaissance
des organismes de conseil, laissent penser que la
politique de conseil agricole reste fragile. La mise
en oeuvre effective des contrats programmes par le
FDA reste difficile, les paysans ne sont plus majoritaires
dans les dispositifs de financement FDA. Les
dispositifs portés par les OP touchent seulement 10%
des paysans et ces OP n’ont toujours pas de moyens
financiers et humains adaptés pour se développer
de manière significative et augmenter leur capacité.
Donc même si l’État travaille actuellement sur des
référentiels métiers, sur le contenu et les orientations
du conseil, il reste encore beaucoup à faire pour mettre
en oeuvre la stratégie de services.

GDS : Quels sont les défis du conseil agricole pour les
organisations paysannes à Madagascar ? Comment
y faire face ?

GA : Avec l’évolution du contexte (le développement
des filières, la mise en place de normes, les politiques
pro-agribusiness, etc.) le conseil évolue. Il doit se diversifier
et devenir de plus en plus pointu. Des pratiques
agricoles innovantes, respectueuses de l’environnement
et peu coûteuses sont nécessaires, ce qui
suppose un conseil technique prenant en compte les
enjeux environnementaux, de gestion technico-économique,
de gestion en fiscalité, etc.

Outre le conseil technique, il serait intéressant de
disposer de conseillers de gestion d’entreprise qui
répondent davantage aux problématiques d’orientation
et de conduite de l’exploitation. Ainsi, les OP
doivent développer leur service de conseil pour répondre
à des demandes pour un conseil de plus en
plus personnalisé, stratégique et performant.


Gérard
Andriamandimby
([email protected]
orange.mg) est
directeur du Réseau SOA à
Madagascar depuis 10 ans.
A ce titre, il travaille avec
les élus régionaux et
nationaux pour le
renforcement de leurs
organisations.

Le Réseau SOA (syndicat
des organisations
agricoles) fédère 25
organisations paysannes
(OP), soit environ 30 000
paysans à Madagascar. Sa
mission consiste à
promouvoir les OP comme
partenaires pour
l’élaboration des politiques
de développement et
comme acteurs
économiques.

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