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Évaluer le conseil à l’exploitation familiale

Face au désengagement de l’État des services de conseil
agricole, suivre et mesurer les impacts du conseil aux exploitations
familiales est important. Cela suppose de s’intéresser
aux méthodes d’évaluation employées, à leur portée
et à leurs limites. Exemple au Burkina Faso.

Un enjeu important du conseil agricole
aujourd’hui est l’évaluation de ses impacts
sur les exploitations agricoles, les familles et
les communautés rurales. Alors que les ressources
allouées à l’agriculture se raréfient, les évaluations
qualitatives sommaires du conseil à l’exploitation
familiale (CEF) ne suffisent plus pour justifier les
ressources investies dans ces services. Différents
dispositifs de suivi et mesure des effets du CEF ont
donc été créées.

Évaluer pour sécuriser les financements. Les dispositifs
paysans de conseil touchent une proportion
marginale d’exploitations agricoles dans les pays où
ils sont mis en oeuvre. Au Burkina Faso, le service
de CEF de trois fédérations (Fédération Nationale
des Groupements Naam, Fédération des Professionnels
Agricoles du Burkina,
et l’Union des Groupements
pour la Commercialisation des
Produits Agricoles de la Boucle
du Mouhoun) ne touche que
6 510 exploitations sur environ
900 000 adhérentes. La pérennité
des dispositifs et leur passage
à l’échelle sont freinés par
le manque de financements.

Dès lors, les organisations paysannes (OP) ont
besoin de rendre plus lisibles les retombées du CEF
pour les exploitations et la communauté. De la qualité
de la méthodologie de l’évaluation dépend le crédit
accordé par les parties prenantes à ses résultats.

Favoriser le dialogue pour améliorer les dispositifs.
Le suivi-évaluation et mesure d’impacts (SEMI)
du CEF est un dispositif conçu par l’agri-agence
Agriculteurs français et développement international
(Afdi) et le Centre de coopération internationale
en recherche agronomique pour le développement
(Cirad), dont la phase pilote a été mise en oeuvre par
l’Agence Corade et le Réseau Gestion (regroupant 7
OP qui mettent en oeuvre le CEF au Burkina Faso).

La mesure d’impact répond à différentes finalités
en fonction des catégories d’acteurs concernés. Aussi,
s’avère-t-il important que le profilage du dispositif et
le choix des critères s’inscrivent dans un processus
participatif pour prendre en compte les attentes de
chaque partie prenante. Le SEMI vise à créer les conditions
d’un dialogue entre acteurs. Les bénéficiaires
et conseillers peuvent exprimer leur perception du
dispositif et proposer des améliorations (méthodes,
outils, conditions de travail, gouvernance). Les leaders
d’OP peuvent faire part de leurs difficultés, interpeller
les divers acteurs sur leurs responsabilités et
faire remonter des informations fiables sur l’apport
des dispositifs paysans au renforcement des exploitations
familiales (EF) vers les OP faîtières.

Différents types d’impacts du conseil agricole.
Sont considérés comme impacts directs du conseil
agricole ceux qui touchent le bénéficiaire du conseil,
l’exploitation agricole, les activités non agricoles, la
famille. Les impacts indirects concernent les non-adhérents,
l’OP, les institutions et les filières en lien avec
les bénéficiaires directs.

Le CEF peut avoir des impacts sur l’exploitation,
évalués par des critères de performances techniques
(planification de la production, gestion et organisation
de l’EF, etc.), économiques (hausse des revenus,
investissements productifs) et
environnementales (gestion
des ressources naturelles) mais
aussi sur le producteur et sa
famille. Ils sont évalués à travers
le développement personnel
de l’adhérent (confiance en
soi, changement de vision), le
renforcement de ses capacités
techniques et de gestion, la sécurité alimentaire et
nutritionnelle du foyer, sa santé ou la participation
des femmes à la gestion de l’exploitation. Le CEF a
aussi des impacts sur l’environnement professionnel
(adoption d’innovation ou amélioration de la gestion
de l’OP), la communauté villageoise (développement
d’initiatives communautaires, rapports sociaux améliorés),
l’économie locale et nationale (émergence
de filières, de nouveaux secteurs d’activités) ou sur
l’environnement.

Apporter une grande attention aux indicateurs
qualitatifs.
Les impacts du CEF sont mesurés via
des indicateurs quantitatifs (nombre d’exploitations
touchées, augmentation de la production) et qualitatifs
(perceptions, attitudes, niveau de satisfaction)
qui sont complémentaires.

Dans le CEF, les indicateurs qualitatifs méritent une
grande attention car la plupart des changements sont
suscités par l’évolution du système de références du
producteur qui rend possible de nouvelles attitudes,
puis des transformations durables de ses pratiques.

Des méthodes de collecte de données complémentaires.
La méthode « avant et après » consiste
à suivre l’évolution des paramètres d’une même exploitation sur un certain nombre d’années, après
établissement d’une situation de références en année
zéro. La méthode « avec ou sans CEF » est une approche
comparative entre exploitations adhérentes
et non adhérentes qui permet d’appréhender en quoi
le CEF fait la différence entre les deux catégories
d’exploitations. La collecte des données prend aussi
en compte le calendrier cultural des exploitations.
Ainsi, au Burkina Faso, le SEMI s’est déroulé après la
campagne agricole pour faire le point sur la production
et les récoltes, et en milieu d’année pour établir
la situation de la commercialisation et des projets.

Au regard de la complexité des changements à
appréhender, combiner plusieurs méthodes de collecte
(fiches de renseignements, cahiers d’adhérents,
enquêtes complémentaires) est conseillé afin d’identifier
les différents impacts. Dans le cas du dispositif
Afdi/Cirad, la collecte des données est assurée par les
conseillers des OP, un cabinet mandaté pour l’appui
conseil aux OP étant chargé de les analyser. Cette
méthode peut être biaisée par le manque d’indépendance
des évaluateurs. C’est pourquoi certains
dispositifs (comme celui de la SNV, ONG hollandaise)
proposent que l’évaluation soit assurée par
des structures indépendantes.

Pour un échantillonnage le plus représentatif
possible
. L’échantillon de producteurs évalué doit
être représentatif de l’ensemble des exploitations
touchées par le CEF en termes de proportion et de
typologie. En général la typologie est établie sur la
base des critères technico-économiques mais aussi
sur celle de l’expérience des producteurs dans le CEF.

Dans le cadre d’une approche comparative « avec
ou sans CEF », les échantillons d’adhérents et de non
adhérents doivent être les plus proches possibles en
termes de performances technico-économiques. Le
groupe d’exploitations témoin doit être choisi dans
un environnement non influencé par le dispositif
CEF. En outre, les conditions de production doivent
être équivalentes (pluviométrie, conditions agro-pédologiques,
etc.).

Des évaluations positives malgré des limites méthodologiques.
Les différentes expériences d’évaluation
ont permis de confirmer l’impact positif du CEF
sur les performances des exploitations, le développement
personnel du promoteur et l’amélioration de la
cohésion et des conditions des familles des exploitants.
Le dispositif Afdi/Cirad a ainsi révélé que 2/3
des exploitations bénéficiaires ont accru leur revenu
et leur capital, tandis que les exploitations témoin ont
stagné, voire régressé. L’évaluation SNV montre que
97% des exploitations bénéficiaires du conseil ont
adopté de nouvelles pratiques en matière de gestion
des ressources naturelles. Mais l’impact du CEF sur
le contexte économique local ou national se révèle
plutôt limité. Le faible effectif des exploitations touchées
ne permet pas d’exercer un effet levier suffisant
pour impulser des changements significatifs à
cette échelle.

Néanmoins ces méthodologies ne différencient pas
la part du CEF de la part des facteurs liés au contexte
dans les changements identifiés et prennent trop peu
en compte la personnalité de l’exploitant. De plus,
elles sont parfois trop complexes et trop coûteuses
pour être répliquées par les OP. Enfin, la part encore
importante de données basées sur les déclarations
des exploitants ou collectées par des acteurs non
indépendants pourrait introduire des biais dans les
résultats.


Gifty Narh ([email protected]) est Directrice
et Chargée de formation au
sein de l’Agence Corade,
entreprise d’ingénierie de
projets et de formations au
Burkina Faso.

Cet article se fonde
notamment sur les
ressources suivantes :

D. Halley des Fontaines,
Coulibaly Y. Liagre L.
(2006), Etude de
définition d’indicateurs
de résultats et de mesure
d’impacts du Conseil à
l’Exploitation Familiale
et du Conseil de Gestion
aux OP
, AFD

Roppa (2016), Synthèse et
conclusions du premier
rapport de l’OEF
.

Dugué P. Guy Faure
(2012), Appui à la mise en
place d’un dispositif de
suivi - évaluation des
effets et de l’impact des
démarches de Conseil à
l’Exploitation Familiale
au Burkina Faso. Cas du
CAGEF (Dédougou) et de
l’UPPA du Nayala

(Toma), F3E.

Lalba A. (2012).
Évaluation de l’impact et
effets du conseil à
l’exploitation familiale
,
SNV.

Narh G. (2018), Les
dispositifs paysans de
conseil à l’exploitation
familiale agricole au
Burkina : Principales
évolutions,
caractéristiques et défis
,
Inter-réseaux.

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