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Diversité des formes de conseil agricole en Afrique de l’Ouest et du Centre

Le conseil agricole est un service important pour renforcer
les capacités des agriculteurs et les performances de leurs
exploitations et organisations. La pluralité des démarches
et des formes de conseil témoigne des nombreuses visions
de l’agriculture portée par les acteurs des filières agricoles
et des territoires.

À l’échelle mondiale, les États ont massivement
investi dans le conseil après 1945
pour moderniser l’agriculture. En Afrique,
le conseil s’est développé à partir des années 1960
avec une approche d’encadrement. Jusqu’aux années
1990, le système « Formation et Visite » financé par la
Banque Mondiale, axé sur le transfert de technologies
et une démarche de conseil standardisée, a dominé.
Alors mis en oeuvre par les pouvoirs publics, ce système
visait à promouvoir une agriculture intensive
inspirée des principes de la révolution verte. Bien que
fortement critiqué par des bailleurs, des chercheurs
ou des organisations paysannes (OP), il inspire encore
les responsables de nombreux dispositifs de
conseil, notamment ceux portés par des firmes de
l’amont et de l’aval.

Après une période de retrait de l’État (p. 11-12 : ici) et
alors qu’on assiste, depuis les années 2000, à un regain
d’intérêt pour le conseil, de nouvelles démarches
sont expérimentées. Elles reposent souvent sur des
méthodes participatives afin de mieux prendre en
compte les besoins des agriculteurs ou de favoriser
leur autonomie.

Démarche des champs école paysans. La démarche
des champs école paysans a de plus en plus d’adeptes
(p. 10). Elle vise à favoriser des
processus d’apprentissage croisés
entre agriculteurs, avec les
techniciens et parfois les chercheurs
et se base sur l’analyse de
situations pour la prise de décisions
 ; des pratiques agroécologiques
peuvent être privilégiées.
Au Burkina Faso, l’Organisation
des Nations Unies pour l’alimentation
et l’agriculture (FAO)
accompagne le gouvernement dans ses programmes
d’adaptation aux changements climatiques selon
cette méthode. Cependant, elle est mise en oeuvre
dans de nombreux projets avec un écart important
entre la théorie et la pratique, le champ école paysans
devenant un simple champ de démonstration
de techniques proposés par les projets.

Conseil de gestion aux exploitations familiales.
Ce conseil vise à renforcer les capacités des exploitations
à gérer leurs ressources en fonction de leurs
objectifs et des moyens mobilisables à travers des
analyses techniques, économiques et financières. Il
vise à prendre en compte l’ensemble de l’exploitation
et de la famille et à promouvoir une agriculture plus
autonome vis-à-vis des choix imposés par les filières.
Cette forme de conseil peut aussi être mise en oeuvre
auprès des OP pour gérer leurs services. Ce conseil
peine à toucher un large public : au Bénin malgré des
efforts importants, moins de 5% des exploitations
sont concernées.

Plateformes d’innovation. Les plateformes d’innovation
promues par la recherche internationale
et les organisations non gouvernementales ont été
adoptées par plusieurs institutions (FARA, CORAF/
WECARD, etc.) pour favoriser l’adéquation des recherches
au terrain. Elles regroupent des acteurs
d’une filière pour résoudre des questions techniques
et organisationnelles. Mais ces plateformes ont du
mal à devenir opérationnelles, à s’autonomiser par
manque d’appui dans la durée et de construction de
réels partenariats. Finalement, elles peinent à échapper
à la logique des projets qui les utilisent souvent
pour diffuser leurs propres propositions dans une
visée productiviste.

Conseil paysans à paysans. Le conseil de paysans
à paysans, porté souvent par des ONG ou des projets
se développe pour valoriser les savoirs des paysans,
assurer une dynamique de conseil endogène
et réduire les coûts du conseil.
Parfois, ces paysans animateurs
interviennent en complément
des conseillers qui peuvent fournir
un conseil plus pointu. Le
contenu du conseil dépend de
l’organisation qui anime le dispositif.
Il peut être efficace pour
promouvoir une agriculture
agroécologique, valorisant les
savoirs paysans. Toutefois, elle
nécessite de mieux penser ce que peuvent et veulent
faire les animateurs paysans ainsi que les conditions
pratiques de leurs interventions (p. 25).

Conseil et technologies de l’information et de
la communication (TIC).
Les services de conseil
via plateformes téléphoniques, groupes WhatsApp
de producteurs, centres de ressources en ligne, etc.
semblent promis à un bel avenir (p. 8-9). Ce conseil
est centré sur quelques thématiques : information
sur les prix, la météo, les techniques de production.
Il vise principalement à diffuser de l’information, et
mis à part le cas des groupes WhatsApp, les échanges
entre paysans et conseillers sont très limités, et ne
permettent pas un conseil élaboré. Leurs services sont encore peu accessibles, peu viables financièrement et
mal adaptés aux réels besoins des agriculteurs (contenu
de l’information, co-construction du conseil). Mais
ces outils numériques peuvent utilement être couplés
à des formes plus classiques de conseil.

De façon plus limitée, on note des démarches de
conseil juridique, conseil en marketing et en commercialisation,
mises en place par des projets, ONG
ou bureaux d’études. Ainsi, au Cameroun, l’Institut
européen de coopération et de développement
(IECD) accompagne les agriculteurs dans de nouvelles
formes d’organisation, normes de production,
et de commercialisation des produits agricoles visant
les consommateurs expatriés.

Répondre à une pluralité d’objectifs. L’ensemble
de ces formes de conseil crée un système territorial
porté par une diversité d’acteurs fournissant un
conseil aux objectifs diversifiés. En théorie, cette large
offre permet de répondre à la diversité des besoins.

En pratique, l’offre de conseil reste insuffisante
pour répondre aux demandes croissantes des agriculteurs.
De plus, les activités de conseil sont peu
coordonnées, mal financées par les États et les filières
malgré la mise en place, dans certains cas,
de fonds dédiés.

Différentes approches de conseil pour différentes
formes d’agriculture
. Toutes ces démarches de
conseil reposent sur des principes méthodologiques
qui peuvent varier d’une situation à l’autre. En effet,
pour reprendre l’exemple de la démarche du champ
école paysans, certaines organisations de conseil
peuvent privilégier une approche de type « transfert
de connaissances » ; et d’autres une approche de
type « renforcement de capacités » qui vise à rendre
les agriculteurs plus autonomes dans leur prise de
décision. Chacune implique une interaction plus ou
moins fréquente et approfondie entre le conseiller et
le/les agriculteur(s) et la mobilisation d’outils différents.
Chaque approche a aussi des conséquences

sur le coût du conseil et le nombre de bénéficiaires.
Le choix d’une approche dépend de la complexité
du problème à résoudre et du type de solution souhaitée
ou possible (normalisée, co-construite, individuelle
ou collective). L’approche choisie dépend
largement des valeurs et des objectifs de l’organisation
qui met en oeuvre le conseil mais aussi du type
d’agriculture qui est promue (intensive, agroécologique,
paysanne, etc.).

Un conseil inscrit dans des dispositifs plus larges.
Le conseil agricole ne dépend pas que de l’approche
qui est choisie. Il dépend aussi d’autres paramètres
relatifs aux dispositifs de conseil. Le premier est lié
aux capacités des conseillers (formation, expérience,
compétences, etc.) et à leurs disponibilités.

Le deuxième a trait aux mécanismes de gouvernance
des dispositifs de conseil (p. 26-27) et aux valeurs
et objectifs des organisations qui fournissent le
conseil, à la possibilité des paysans et des OP à participer
réellement à cette gouvernance, mais aussi aux
mécanismes plus ou moins participatifs d’orientation
et d’évaluation des dispositifs de conseil (p. 32-33).

Le troisième paramètre est lié aux objectifs des
financeurs (État, bailleurs, firmes privées, OP, etc.),
aux mécanismes de financement du conseil (appel
d’offre, délégation, vente de services, etc.) et au coût
du service pour les agriculteurs. En Afrique, ce sont
souvent les bailleurs de fonds, à travers les projets,
qui ont un poids prépondérant dans l’orientation du
conseil ([p. 13-14).

Diversité des démarches de conseil : un choix à
nuancer.
Les modalités de financement (p. 29-30) et
de gouvernance du conseil orientent fortement les
choix en matière de démarches de conseil et d’organisation
des dispositifs de terrain. Ces modalités
traduisent aussi les choix des États et des acteurs du
secteur agricole en termes de modèle d’agriculture
ou de co-existence de modèles. En particulier, un
conseil orienté vers l’agroécologie et une plus grande
autonomie des agriculteurs sera plutôt porté par des
OP ou des ONG et s’appuiera sur des démarches participatives
pour valoriser les savoirs locaux et adapter
les propositions au contexte local.

Guy Faure ([email protected]) est directeur
de l’UMR « Innovation et
Développement » au
Centre de coopération
internationale en
recherche agronomique
pour le développement
(Cirad). Ses recherches
portent sur les dispositifs
de conseil agricole et les
processus d’innovation en
milieu rural.

Patrick Dugué est
agronome à l’Unité mixte
de recherche (UMR)
« Innovation et
Développement » au Cirad.
Il s’intéresse à l’analyse des
pratiques des agriculteurs
et à la co-conception de
systèmes de production
dans une perspective
agroécologique.

Guillaume Fongang est
Maître de Conférences au
département de socioéconomie
rurale et
vulgarisation agricole à
l’université de Dschang au
Cameroun. La
vulgarisation et le conseil
agricoles relèvent de ses
thématiques prioritaires de
recherche et d’expertise.

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