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Des services de conseil agricole inclusifs vecteurs de changement

Un des défis du conseil agricole est la prise en compte de
la dimension genre. Cet article revient sur une expérience
de prise en compte du genre dans un service de conseil à l’exploitation
familiale au Sénégal pour une gestion concertée
de la production laitière, et en montre les défis.

Pour permettre aux exploitations familiales
(EF) d’élevage d’accroître leur production laitière
et leur revenu, une démarche de conseil à
l’exploitation familiale (CEF) spécifique à l’élevage
laitier dans les départements de Dagana et Podor au
Nord du Sénégal est expérimentée depuis 2014 par
le Gret et l’Association Sud-Ouest pour le Développement
international Agricole (ASODIA) dans le
cadre du projet Asstel.

Le CEF, organisé autour de l’appui-conseil technico-
économique, d’un programme d’animation-formation
et d’expérimentations, a permis d’accompagner
un réseau de 22 élevages pilotes (EP). Dans
4 d’entre eux (uniquement dans la zone du Jeeri),
l’activité de production laitière est sous la responsabilité
de femmes.


Séance de conseil à l’exploitation familiale
Crédits : Franck Boyer, agence Kamikazz

Des rôles spécifiques assignés à chacun. Dans la
zone du Jeeri, les femmes sont traditionnellement
assignées et très largement impliquées dans la production
du lait. Elles ont en charge et assurent la
traite et l’alimentation des vaches, certaines réalisent
le contrôle laitier, le suivi de la collecte de lait,
la vente à la Laiterie du Berger (LdB) qui, au Nord
du Sénégal, collecte localement entre 1 500 et 2 000
litres de lait par jour auprès de 600 à 800 familles
d’éleveurs, ou la vente de tout ou partie de la production,
transformée ou non, sur les marchés locaux.
Enfin, les femmes, enregistrées au niveau de la LdB
comme « cheffe de bidon », récupèrent chaque mois
la paie de lait et gèrent les commandes d’aliments
concentrés et de fourrage.

Dans le Waalo, zone proche du Fleuve Sénégal,
la production de lait est strictement écoulée sur les
marchés locaux, et 7 EP y sont suivis. Au sein de ces
exploitations, la production laitière est principalement
sous la responsabilité des hommes. Ils assurent
la traite, alimentent le troupeau, etc. Cependant on
peut remarquer que dans certains EP les femmes sont
tout de même impliquées, et sont chargées de la transformation
et de la vente de lait sur le marché local.

L’approche « conseil de famille » : entre succès
et défis.
La mise en oeuvre du CEF est réalisée selon
les modalités de l’approche en « conseil de famille »,
développée par la Fongs et l’Apess. Ainsi, à l’occasion
des séances de travail, tous les membres concernés
par l’atelier de production laitière sont conviés (référent(
e) de l’EP, responsable de troupeau, personnes
en charge de la traite, de l’alimentation, berger, etc.).
Tout comme les hommes, les femmes participent
au bilan annuel de campagne laitière qui permet
d’avoir une vue globale des résultats techniques et
économiques de l’atelier, d’analyser les points forts
et faibles de la période écoulée, et d’identifier les
ajustements à opérer pour améliorer la production
des campagnes à venir.

Grâce à cette démarche inclusive, les femmes participent
au processus de prise de décision de l’atelier
lait : quantification des besoins en aliments concentrés
et fourrages ; mesure du potentiel laitier d’une
vache ; gestion de la reproduction du troupeau laitier
et sélection de la descendance, etc. Comme l’explique
une éleveuse pilote à Boffel « La Ldb a appelé hier
pour savoir la quantité d’aliments à commander. Mon
mari m’a passé le téléphone en se disant que c’est moi
qui maitrise cela et qui le transmet à mes enfants ».

Toutefois, il est important de noter que cette démarche
ne permet pas toujours la concertation sur
certaines décisions, telles que le départ en transhumance
et la vente des animaux. Souvent l’homme
décide sans consulter sa femme, ou sans tenir compte
de son avis. Une éleveuse à Souyéléne raconte : « L’année
passée, je suis partie en transhumance contre mon
gré. Je préférais rester et gérer l’exploitation mais si ton
mari refuse, tu le suis. J’ai vendu 9 animaux et depuis
le niveau de production de lait a chuté. Je n’irai plus
jamais et mon mari l’a compris ». Un éleveur à Fourarat
explique « C’est moi qui prends les décisions de
ventes du troupeau et j’informe juste ma femme ». Ces
témoignages montrent les défis de la prise en compte
du genre dans un service de conseil à l’EF où les rôles
respectifs des uns et des autres restent ancrés.

Des conseillers-ères. Le dispositif s’est appuyé sur
la mobilisation d’un conseiller et d’une conseillère
en technique d’élevage. Il ressort que la perception
et l’appropriation des conseils ne dépendent pas du
genre du conseiller-ère, mais plutôt de son niveau de
compétences et de ses aptitudes. Cette mixité contribue
d’ailleurs à donner une image positive des possibilités
professionnelles pour les filles qui font encore
peu d’études dans cette communauté.

Le conseil doit donc porter sur toute l’EF et prendre
en compte les apports et besoins de chaque membre
(hommes et femmes), mais aussi les jeunes garçons
et filles pour répondre à l’enjeu de renouvellement
des EF.

Cécile Broutin ([email protected]),
agroéconomiste est
responsable de programme
au Gret, en charge de suivi
du projet d’Accès aux
services et structuration
des exploitations familiales
d’élevage (Asstel).

Mame Coumba Faye,
ingénieur des travaux de
l’aménagement du
territoire et de
l’environnement est cheffe
de projet Asstel depuis
juillet 2018.

Marc Petitdan,
agronome, est un expert
indépendant qui a été chef
de projet Asstel de janvier
2016 à juillet 2018.

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