en Inter-réseaux Développement rural en Inter-réseaux Développement rural

Home

Filets sociaux de sécurité alimentaire au Sahel : où en sommes-nous ?

Après la crise alimentaire de 2008, et afin de mieux lutter
contre l’insécurité alimentaire au Sahel, différents acteurs
du développement agricole ont poussé pour la mise en place
de filets sociaux de sécurité alimentaire. Cet article dresse un
bilan de ces instruments de prévention et de réponse à l’insécurité
alimentaire et nutritionnelle dans la région.

L’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation
et l’Agriculture (FAO) définit les filets
sociaux de sécurité alimentaire (FSSA) comme
« des programmes de transfert en espèces ou en nature,
dont l’objectif est de lutter contre la pauvreté
grâce à la redistribution des richesses et de protéger
les ménages des chocs que subissent leurs revenus
».
Les transferts en nature, les transferts monétaires non
conditionnels et conditionnels, les travaux d’intérêt
communautaire ou ceux à haute intensité de main
d’oeuvre en sont les principales déclinaisons.

Propulsés après la crise alimentaire
de 2008 et mis en orbite
par les organisations internationales
(ONG, agences
humanitaires et multilatérales)
et les bailleurs de fonds, les FSSA
font désormais partie intégrante des instruments de
prévention et de réponse à l’insécurité alimentaire
et nutritionnelle dans les pays du Sahel.

Si 10 ans après la crise alimentaire de 2008, ils se
sont davantage ancrés dans les politiques des pays du
Sahel, des défis majeurs persistent pour leur efficacité.

Une pluralité d’acteurs. La grande variété des acteurs
impliqués dans les FSSA engendre une diversité
d’approches, fortement corrélées aux mandats et aux
identités de chacun des acteurs, en l’occurrence les
bailleurs. En matière de ciblage des bénéficiaires par
exemple, deux approches coexistent. L’une promue
par l’Union européenne, est basée sur les critères
de l’analyse de l’économie des ménages (Household
Economy Approche, HEA) ; l’autre utilisée par la
Banque mondiale est dénommée Proxy Means Test
(PMT) et se fonde sur les tests multidimensionnels
des moyens d’existence. Au-delà du ciblage, cette
diversité des approches s’observe également dans la
définition des modalités d’intervention (distribution
de vivres ou transfert monétaire, etc.).

L’épineuse question du financement des FSSA.
Le financement durable des FSSA demeure ainsi
problématique. Il est actuellement porté par les
acteurs clefs, se décline dans une approche projet
ou programme, est conséquemment limité dans le
temps et dans l’espace et est fortement corrélé aux
orientations et financements des bailleurs internationaux
de développement ou d’urgence. De nombreux
États sahéliens disposent de politiques de protection
sociale incluant les FSSA à degrés divers, mais elles
restent très souvent faiblement financées et plutôt
axées sur la protection sociale contributive dont la
prestation essentielle est le régime de retraite pour
les cotisants.

Une absence de cadre de référence… On note une
absence de cadre de référence orientant les bonnes
pratiques en termes de FSSA dans les pays du Sahel.
Cela se traduit par une faible harmonisation des
approches entre acteurs, notamment en matière de
coordination, de ciblage, de redevabilité, etc. Face à
ce constat, des initiatives de contribution à la normalisation
des FSSA sont nées avec le financement de
l’Agence régionale de l’agriculture
et de l’alimentation (Araa)
et de l’AECID (coopération espagnole).
Ce projet a permis
de susciter des débats sur les
normes en matière de FSSA au
Burkina Faso, au Mali et au Niger et de poser les jalons
pour la construction des « standards minimums »
(en termes de convergence et d’harmonisation des
méthodes de ciblage, de coordination, de conditions
pour une institutionnalisation des FSSA etc.),
et l’établissement de normes régionales en matière
de conception de transferts sociaux pour la sécurité
alimentaire et nutritionnelle.

…mais des initiatives de long terme pour y remédier.
Des initiatives encourageantes existent tant au
niveau des pays qu’à l’échelle régionale. Il s’agit entre
autres de l’orientation progressive des pays vers un
registre social unique des ménages pauvres et vulnérables
exploitables par l’ensemble des acteurs des
FSSA en vue de faciliter le ciblage des bénéficiaires
des actions. Toutefois sa matérialisation tarde à se
mettre en place compte tenu de son coût d’opérationnalisation.
La mise en place effective de la Réserve
régionale de sécurité alimentaire dans l’espace
Cédéao qui apparait comme le premier filet social à
l’échelle régionale (voir pages 30-32) est une avancée
notable. Cette initiative se retrouve confrontée
aux défis techniques de mise à l’échelle dans tous les
pays membres et d’ancrage dans les systèmes d’alerte
précoce des pays.

Dans un contexte de montée en puissance de l’insécurité
civile dans les pays du Sahel sous le prisme
des inégalités, de la pauvreté, de l’absence de l’État
et des services sociaux de base, la protection sociale
pourrait être un rempart au radicalisme. Il demeure
crucial pour les États de sortir de la logique de projets
et programmes pour amorcer le financement (politique
fiscale, nouveaux instruments financiers…)
durable et autonome de la protection sociale.

Ismaël Ardho Boly ([email protected]) est
chargé de programme
régional sécurité
alimentaire et moyens
d’existence vulnérables
pour Oxfam International,
Plateforme Afrique de
l’Ouest.

Pour en savoir plus, lire
les fiches techniques sur les
filets sociaux
, rédigées par
Oxfam et Inter-réseaux
dans le cadre du projet
« Contribution à la
normalisation des filets
sociaux de sécurité
alimentaire en Afrique de
l’Ouest (NFSSA) », publiées
en 2018 sur le site d’Inter-réseaux.

  • Réagir :
  • Partagez :




Respond to this Article

Stay Informed! !

You can subscribe to our publications and newsletters and get them directly in your email. You can also create personalised news alerts to receive the newest information published on topics of your choice. Sign me up!

  •  

    Site produced with the support of the Organisation Internationale de la Francophonie and the Agence Française de Développement.

  • AFD OIF
  • How to participate?

    There are many possible ways you can join in the life of the network. You can subscribe to our publications and create custom news alerts. Subscribe to our publications. You can also subscribe to our RSS feeds and follow us on social networks. Send us your contributions and suggestions by contacting us! Contact us!

    Abonnez-vous à nos publications

  • You can also subscribe to our RSS feeds and follow us on social networks.

  • Send us your contributions and suggestions by contacting us!

  • Contact us