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Évolutions du suivi de la sécurité alimentaire depuis 2008 : le cadre harmonisé

Depuis le début des années 2010, le cadre harmonisé est
l’outil de référence pour mesurer le niveau d’insécurité
alimentaire en Afrique de l’Ouest. Il permet d’évaluer les besoins
d’assistance alimentaire, de concevoir des plans nationaux
de réponse aux crises et de déclencher les interventions
de la Réserve régionale de sécurité alimentaire.

Le cadre harmonisé a permis de moderniser
le suivi de la sécurité alimentaire, basé depuis
la fin des années 80 sur le suivi de la campagne
agricole et les bilans céréaliers. Il a évolué vers une
méthode plus holistique, incluant des données sur
la nutrition, les marchés, et l’économie des ménages.

Vers une méthode plus holistique de suivi. Jusqu’à
la fin des années 2000, le suivi de la sécurité alimentaire
en Afrique de l’Ouest était basé sur une série de
paramètres clé (production agricole et pastorale en lien
avec les chocs climatiques), avec une prise en compte
progressive de la situation nutritionnelle, suite à la
crise alimentaire et nutritionnelle du Niger en 2005.

Le cadre harmonisé est une adaptation de la méthode
internationale IPC (integrated food security
phase classification), qui combine des informations sur
la sécurité alimentaire, la nutrition et les moyens de
subsistance pour l’Afrique de l’Ouest. Cette méthode
enrichit les analyses notamment grâce à la prise en
compte de données sur les ménages. Le développement
du cadre harmonisé a été porté par un partenariat
multi-acteurs associant le Comité inter-États de lutte
contre la sécheresse au Sahel (Cilss), le Programme
alimentaire mondial (Pam), la FAO, et des ONG régionales
comme Save the Children, Action contre
la faim et Oxfam. La recherche était aussi présente,
avec le Joint Research Centre
(JRC) de l’Union européenne,
et le processus a été soutenu
politiquement par la Cédéao,
l’Uemoa et le Club du Sahel et
de l’Afrique de l’Ouest.

Le cadre harmonisé, désormais
employé dans l’ensemble
des pays de la Cédéao et du Cilss, se base sur le croisement
systématique de données socio-économiques
et bio-physiques, comme les scores de consommation
alimentaire, le niveau de malnutrition aiguë
des enfants, ou encore les différentiels de prix des
aliments, l’évolution de la biomasse pastorale dans
le temps, etc. Il permet aussi de projeter la situation à
six mois, en proposant des scénarios. Cela rend possible
une classification des zones administratives en
cinq classes d’insécurité alimentaire, cartographiées
selon une charte de couleur allant du vert au rouge
foncé (voir encadré).

Proposition d’une méthode pour quantifier les
contingents
. Le cadre harmonisé exploite également
les analyses sur l’économie des ménages, méthode
dite household economy analysis (HEA). Ceci a permis
de quantifier les contingents par zone considérée
comme relativement homogène, en tenant compte
des caractéristiques des ménages allant de « très
pauvre » à « aisé ». Ces catégories se distinguent par
la taille du ménage, les capitaux de production (terres,
bétail), les équipements, les sources de revenus, et la
structure des dépenses.

La prise en compte des prix des denrées (différence
à la moyenne sur 5 ans) et les cartes de biomasse
pastorale (qui donnent également la différence à la
moyenne), sont des paramètres fondamentaux pour
faire des projections. Ces indicateurs donnent les
signaux précoces sur les conditions de la soudure
agricole et pastorale.

Au niveau des pays, les analyses sont faites en octobre
et en mars, en associant autour de la table tous
les services et acteurs pourvoyeurs de données, sous
l’égide de l’entité en charge du suivi de la sécurité alimentaire.
Des équipes mixtes Cilss-Pam-FAO-ONGJRC
sont présentes pour animer le processus d’analyse
et appuyer les participants sur la méthodologie.

La mobilisation constante de nouveaux outils.
Une des caractéristiques du cadre harmonisé est la
possibilité d’intégrer de nouvelles données, comme
les cartes de biomasse ou encore les projections de
précipitations pour l’année en cours, qui peuvent être
déterminantes pour la fin de la
soudure pastorale. Ces outils
servent à établir des scenarios
sur le niveau d’insécurité alimentaire
à venir, suivant les
cinq phases décrites plus haut.
Le principal défi est alors de
trouver le bon équilibre entre
les informations quantitatives, issues de dispositifs
d’information et d’enquêtes éprouvées, et les informations
qualitatives ou « à dire d’experts ». En effet,
certaines informations qualitatives, comme l’accès
à des revenus complémentaires (exode, orpaillage),
ne doivent pas être sur-interprétées. Au fil des semaines,
le suivi rapproché de la situation permet
d’affiner le scénario et de confirmer ou non la situation,
notamment pour la période cruciale de soudure
(juillet-septembre).

Après une première phase de formation et de déploiement
dans les pays du Sahel, le cadre harmonisé
a été vulgarisé dans les pays côtiers du Golfe de
Guinée, dans un contexte où les données de production
sont moins robustes et systématiques. Pour
compenser, des données basées sur la télédétection
se sont révélées très utiles, notamment pour la partie Nord de ces pays, la zone de savane. Les prix des produits
de rente (cacao, huile de palme) et de produits
importés comme le riz, y constituent également des
indicateurs clef.

La qualité des analyses du cadre harmonisé réside
donc dans la capacité des systèmes d’information nationaux
et régionaux à fournir des données fiables et
régulières sur de multiples paramètres (production,
revenus, marchés, etc.). Leur soutien et leur renforcement
sont ainsi des points primordiaux.

Le rôle du RPCA pour prévenir les crises. Le cadre
harmonisé est désormais utilisé comme référence par
les agences des Nations unies (Pam, FAO et Unicef
principalement) et sert au montage des plans de réponse.
Le lien avec la Réserve régionale de sécurité
alimentaire de la Cédéao (voir pages 30-32) est également
fait, celle-ci pouvant être mobilisée sur requête
des pays, à partir de la phase 3 dite « de crise ».

Au niveau international, il faut également souligner
le rôle du Réseau de prévention des crises alimentaires
(RPCA), présidé par la Cédéao et l’Uemoa et
co-animé par le Secrétariat du Club du Sahel (logé au
sein de l’OCDE) et le Cilss. Les concertations biannuelles
permettent en décembre et avril d’établir un
diagnostic régional partagé sur la base du cadre harmonisé
et de mobiliser les donateurs. Ainsi, lors des
dernières années, le RPCA a contribué à un meilleur
ciblage des aides et des actions, en ne se focalisant pas
seulement sur les zones sahéliennes soumises à de
multiples stress (dont l’insécurité), mais aussi sur les
zones d’insécurité nutritionnelle et de tensions sur les
marchés. Une nouvelle interface web accessible sur le
site du Club du Sahel donne facilement accès à toutes
les cartes et bulletins d’analyse, avec les tableaux des
populations dans chacune des 5 phases d’insécurité
alimentaire. Au cours des dernières années, le RPCA
s’est considérablement élargi et constitue désormais
un forum inclusif de l’ensemble des parties prenantes
de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le RPCA
réunit des décideurs ouest-africains et des responsables
de la communauté humanitaire internationale.
Il a consolidé une fonction d’alerte qui permet
notamment aux instances idoines de la Cédéao et de
l’Uemoa de décider des mesures à prendre.

Vers une meilleure utilisation du cadre harmonisé.
Le cadre harmonisé a permis deux avancées majeures
: l’une concerne le cadre d’analyse des crises
alimentaires, et l’autre le consensus qu’il permet de
construire sur le diagnostic. Il faut toutefois remarquer
le lien inachevé avec les catégories de réponse
face au risque de crise alimentaire. En effet, les plans
de réponse à l’insécurité alimentaire au Sahel pourraient
être affinés s’ils tenaient plus compte des différents
indicateurs collectés et croisés pour chaque
zone administrative. Une prise en compte croissante
de la richesse des résultats pour calibrer la réponse
pourrait donc être recherchée.

Par ailleurs, certains pays disposent maintenant
de presque 10 ans de cartes et d’analyses basées sur le
cadre harmonisé. Aussi, des analyses pluriannuelles
en lien avec l’insécurité alimentaire chronique et la
résilience pourraient être menées pour nourrir davantage
encore les politiques structurelles de lutte
contre l’insécurité alimentaire. Ce travail est amorcé
avec la collaboration de la communauté de travail sur
l’IPC.

Sébastien Subsol ([email protected]) était
chef de pôle « Sécurité
alimentaire, nutrition et
agriculture durable » au
MEAE, il est désormais
expert en changement
climatique au Fonds
international de
développement agricole
(Fida). Auparavant, il a
travaillé plusieurs années
auprès du Comité interÉtats
de lutte contre la
sécheresse au Sahel (Cilss)
et a fait partie de l’équipe
en charge du
développement du cadre
harmonisé.

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