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La politique « jeunes » du Nigeria

Depuis 4 ans, la création d’emplois et l’aide à la jeunesse
sont des piliers centraux de l’Agenda de transformation
agricole du gouvernement du Nigeria. Cet article décrit les
grandes lignes des initiatives mises en oeuvre dans ce cadre.

Pour la majorité des jeunes ruraux, les opportunités d’emploi les plus accessibles se trouvent dans le secteur agricole ou informel (auto-emploi). Étant donné les prix actuels relativement élevés dans le secteur alimentaire, le fort potentiel de
croissance des surfaces cultivées et des rendements, et l’émergence de nouveaux marchés pour les produits transformés, l’agriculture et les secteurs situés
en amont et en aval de la production constituent des opportunités immédiates de fournir des emplois lucratifs pour un grand nombre de jeunes. Au cours des quatre dernières années, la création d’emplois et l’aide à la jeunesse ont ainsi été des piliers centraux de l’Agenda de transformation agricole du gouvernement fédéral.

Faire de l’agriculture un « business ».
En 1986, le gouvernement fédéral du Nigeria établit le Conseil national de l’emploi pour proposer une formation professionnelle aux jeunes. Le ministère du Développement de la Jeunesse est créé en 2007 pour encourager l’acquisition de savoirs et de compétences par l’intermédiaire de centres d’aide à la jeunesse. Il développe un plan d’action consacré à l’emploi des jeunes dans tous les secteurs économiques. Les programmes de création d’emploi initiés par ce plan d’action sont principalement mis en œuvre par le Conseil national de l’emploi.
Dans le domaine de l’agriculture, c’est l’Agenda de transformation agricole (ATA) du ministère fédéral de l’Agriculture et du développement rural (FMARD) qui constitue le cadre de référence. Il repose sur une approche visant à renforcer les chaînes
de valeur pour accroître la productivité et les revenus, créer des emplois et établir des partenariats avec le secteur privé. L’ATA vise à convaincre la population que « l’agriculture est un business ».
Les résultats attendus par l’ATA sont à moyen terme la création de plus de 3,5 millions d’emplois, une augmentation de 20 millions de tonnes de la
production alimentaire et une amélioration de la sécurité alimentaire. Plusieurs initiatives gouvernementales destinées à la création d’emplois pour les jeunes, tels que le Programme pour l’emploi des jeunes dans l’agriculture (Yeap) lancé en 2014 et le Programme de réinvestissement des subventions (SURE-P) créé en 2002, ont été développées dans ce cadre. De même, des programmes de soutien à la jeunesse ont été mis en œuvre au niveau régional par des organisations telles que la Commission de développement du delta du Niger et par les gouvernements des différents états du pays.
Malgré un taux de chômage et de sous-emploi en augmentation au Nigeria, plus de 3,1 millions d’emplois ont été créés entre 2012 et 2014, selon le bureau
national des statistiques, dans les secteurs formel, informel et public.

Cadres politiques pour les jeunes
Dans sa Politique nationale pour la jeunesse de 2009, le gouvernement annonce les priorités, les orientations et les mesures de soutien qu’il s’engage à fournir pour l’autonimisation des jeunes. D’après cette politique, la jeunesse recouvre la tranche 18-35 ans.La Charte africaine de la jeunesse a été adoptée en 2006 par la réunion des chefs d’états et de gouvernements de l’Union africaine à Banjul (Gambie). Elle sert de cadre stratégique pour les États africains.

Accompagner les jeunes agriculteurs et entrepreneurs agroindustriels.
L’initiative la plus importante en ce qui concerne les jeunes et leur participation dans l’agriculture est le programme Yeap. Il a été conçu et développé de manière participative par des jeunes. Son objectif est de créer des emplois ruraux décents pour les jeunes le long des chaînes de valeur. Le Yeap cible deux catégories de jeunes : (1) Les « nagropreneurs », c’est-à-dire de jeunes enrepreneurs innovants, actifs le long des chaînes de valeurs prioritaires, jouant le rôle de prestataires de
services (savoir-faire, intrants, mécanisation, etc.) et d’intermédiaires entre les producteurs et les grands industriels de l’agro-alimentaire et/ou les grossistes ;
(2) les jeunes agriculteurs locaux, investis dans une production agricole à destination des marchés, et dans la transformation, la fourniture d’intrants et la commercialisation à petite échelle.
Le but du programme Yeap est de cibler 18500 « nagropreneurs » (500 par états) et 740000 producteurs-exploitants (20000 par états) d’ici à 2020. En décembre 2014, le programme avait formé et fourni des kits de base (y compris des subventions) à un
total de 6618 jeunes.
Le programme Yeap a trois composantes principales. La première vise à créer un environnement favorable aux jeunes, grâce à la mise en place de cadres
d’échanges politiques avec les acteurs nationaux et internationaux, au développement de la recherche et de politiques financières et à une revalorisation de l’image de l’agriculture. La deuxième composante a pour ambition de soutenir les jeunes au moyen de formation et de financement. La troisième concerne le suivi-évaluation du programme, grâce à des pôles techniques pilotés par les états. Le budget prévisionnel pour la période 2015-2020 s’élève à 37 milliards de nairas (environ 175 millions d’euro).

L’initiative du FIDA dans le cadre du programme Yeap
Le Programme de gestion communautaire des ressources naturelles dans le
delta du Niger (CBNRMP-ND) vise à lutter contre le chômage des jeunes,
dont l’insuffisance de compétences pratiques et professionnelles des jeunes a été
identifié comme le principal facteur.
Le CBNRMP donne une importance prioritaire au développement de compétences. Au départ, les jeunes sélectionnés par le CBRMP ont été formés à de nombreux métiers : soudeur, fabricant de savon, coiffeur, mécanicien automobile, tailleur, cordonnier, barbier, styliste, etc. Lors du bilan de mi-parcours du CBNMRP, la participation des femmes et des jeunes était élevée dans ces différents domaines, avec une participation estimée à 2994 jeunes.
Un recentrage sur le développement de l’agriculture durable a été opéré lors du
bilan de mi-parcours du programme. Celui-ci s’est alors focalisé sur la promotion des entreprises agricoles les plus rentables (pisciculture, élevage d’escargots,
de porcs et de volailles, etc.) avec une attention particulière sur des savoirs spécifiques dans des domaines tels que la transformation, la commercialisation, la
conduite et l’entretien de machines, le transport, la logistique et le contrôle-qualité.
Le CBNRMP a créé un groupement d’entreprises émergentes (avec un guide pratique pour les utilisateurs) pour la reproduction à plus grande échelle par des personnes ou groupes intéressés. Il a engagé des prestataires de service pour sécuriser la gestion technique et commerciale des entreprises au profit des bénéficiaires, et les relier au marché des produits et du crédit. Le partenariat avec le Centre Songhai s’est avéré fructueux sur la formation des jeunes.
La plupart des entreprises agricoles font face à des obstacles majeurs pour
atteindre une taille suffisante pour faire du profit. Elles ont besoin d’un apport
initial de capitaux, particulièrement pour les jeunes, qui n’ont en général pas ou
peu de terres et/ou n’ont pas accès au crédit. Le CBNRMP fournit un capital de
démarrage pour que les jeunes débutent une activité dans les domaines de leur
choix. Le capital de démarrage peut être sous forme financière ou en nature. Il
y a en général une contribution personnelle des bénéficiaires à hauteur de 10 à
20 %, et le remboursement est de 50 % du capital initial après 12 mois d’activité.
L’utilisation de capital de démarrage s’est révélé être un instrument efficace pour
l’autonomisation des bénéficiaires et la création d’entreprises.
Atsuko Toda ([email protected]), directeur de programme pour le Fonds international de développement agricole au Nigeria.

Le Yeap promeut la création d’emplois et d’entreprises le long des principales chaînes de valeur : riz, aquaculture, volailles, maïs, tomates, blé, sorgho, apiculture, soja, manioc, arachide, huile de palme, élevage d’escargots, aulacodiculture, et de nombreuses chaînes de valeur telles que la soudure, la fabrication, la réparation et l’entretien. La démarche est principalement axée sur l’acquisition de compétences
(agriculture, business, compétences de base) pour les jeunes et l’implantation d’entreprises agricoles le long de la chaîne de valeur, y compris dans le domaine
de la production, de la fourniture de services, de la transformation et de la commercialisation.
L’un des risques principaux du programme est le manque d’information sur la situation de l’emploi des jeunes, qui pourrait compliquer l’évaluation des débouchés du marché du travail au Nigeria. Le système d’information sur l’agriculture est encore peu
développé en ce qui concerne l’emploi des jeunes et l’analyse sectorielle au Nigeria. Il est nécessaire de développer un système national fiable d’information et de collecte des données pour les jeunes qui entrent chaque année sur le marché du travail, pour montrer le flux d’entrée dans l’emploi, dans le secteur formel comme dans le secteur informel de l’économie.

George Mavrotas ([email protected]) est directeur de recherche au sein du département « Stratégie de développement et gouvernance » de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (Ifpri) à Washington. Il est aussi directeur de programme du plan de soutien au Nigeria de l’Ifpri à Abudja. Il est docteur en économie diplômé de l’université d’Oxford. Les opinions exprimées dans cette revue sont celles de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celles de l’Ifpri.
Cet article s’appuie sur les documents suivants :
– National Youth Policy
(2009). « Second National
Youth Policy Document
of the Federal Republic of
Nigeria 2009 ».
– National Bureau of Statistics (2014). « National Job Creation Survey : Selected Tables from Job Creation and Employment Survey 3rd Quarters 2014 ».
– Federal Ministry of
Agriculture and Rural
Development (2013).
« Youth Employment in
Agriculture Program –
Program Design
Report ».
Traduit de l’anglais par
Coucou Brooklyn. La
version originale est en
ligne sur le site d’Inter-
réseaux.

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