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L’agroalimentaire : une opportunité pour l’emploi des jeunes ?

Le secteur agroalimentaire présente d’énormes opportunités
pour la croissance et l’emploi des jeunes en Afrique
sub-saharienne à condition de mettre la priorité sur des formations
adaptées et des investissements et partenariats
inclusifs.

La croissance démographique
en Afrique subsaharienne et l’urbanisation s’accompagnent
de la demande accrue d’une alimentation de la
population (cf. graphique), à la fois des capitales et
des petites et moyennes villes en plein essor. Cette
croissance est à la fois une préoccupation majeure
pour les États africains et une opportunité de débouchés et de création d’emplois pour la vaste population de jeunes ruraux. Quelles perspectives le
secteur agroalimentaire peut-il offrir pour l’emploi
des jeunes ruraux ? Quelles sont les contraintes à lever et les pistes d’actions à explorer ?

Renforcer les synergies entre secteur agroalimentaire et agriculture.
Les politiques qui reposent uniquement sur le développement du secteur agricole
sont insuffisantes pour supporter le processus de développement en Afrique et relever le défi de l’emploi. Elles sont notamment incompatibles avec les changements globaux liés au développement de la mécanisation, des infrastructures et à l’accès à l’éducation. En revanche, relier la production agricole aux filières agroalimentaires, en intégrant les liens entre amont (fournisseurs d’intrants et de services aux
producteurs) et aval (semi transformation, transformation et vente), permettrait de stimuler la transformation de l’agriculture et la création d’emplois dans
l’agroalimentaire, offrant aux jeunes des activités
valorisantes dans des conditions décentes.
Les secteurs de l’agro-industrie qui présentent de faibles niveaux techniques sont particulièrement intensifs en travail. Ils fournissent des opportunités pour l’emploi salarié et l’auto emploi. Les possibilités d’expansion sont particulièrement importantes pour les filières qui requièrent peu de transformation, comme les fruits et légumes. Par ailleurs, l’agro-industrie est aisément accessible avec un capital réduit et peut être menée à petite échelle au sein de micro ou petites entreprises. Un soutien est donc nécessaire aux petits producteurs, mais aussi aux PME en milieu rural qui leur achètent des produits et leur fournissent des biens et services. Ces PME sont le premier maillon qui connecte les petits producteurs aux marchés plus larges.
Le secteur agroalimentaire offre ainsi un potentiel
substantiel pour la création de nombreux emplois
productifs. Capter ce potentiel ne sera possible que
si des actions stratégiques sont mises en place. Les
priorités peuvent varier selon les contextes nationaux,
les filières et les régions. Dans tous les cas, les gouvernements ont un rôle fondamental dans la création d’un environnement favorable pour les entreprises
et les investissements en milieu rural et la création
de compétences des jeunes.

Financement, formation et TICs. Le manque de
financement est une contrainte majeure pour les
producteurs et PME. Les banques classiques prêtent
encore peu au secteur agroalimentaire. Toutefois, le
mobile-banking via des applications sur téléphones
portables adaptées, les incitations à ouvrir des antennes rurales, ou des règles flexibles sur les garanties
se développent. Ces innovations montrent des succès
initiaux. Par exemple, l’usage des technologies d’information et communication (TICs) et des données
de transactions pour établir la fiabilité bancaire des
producteurs, facilite l’accès aux financements, comme
c’est le cas de mShari un service bancaire digital offert via M-Pesa au Kenya. Ces innovations doivent
être encouragées pour faciliter l’accès au financement
des ruraux. Il reste encore à faire pour généraliser
ces pratiques, les rendre viables et pour appliquer
des cadres règlementaires adéquats.
Une seconde contrainte est le manque de compétences sur le marché du travail. Les systèmes d’enseignement et de formation doivent être réformés pour
donner aux jeunes les capacités nécessaires pour répondre aux demandes du secteur privé en termes de
compétences opérationnelles, techniques, de gestion
et entrepreneuriales. Il est aussi important de mobiliser différentes approches pour cibler la jeunesse et
créer une nouvelle génération de producteurs entrepreneurs : transferts de connaissances de pair à pair,
expériences de développement de l’entrepreneuriat en milieu rural, formations pratiques.
L’usage croissant des TICs pour partager les connaissances et accéder à des services peut aussi contribuer
à améliorer les capacités des jeunes producteurs pour
développer leur entreprise. Une multitude de services existe sur les plateformes en ligne pour fournir
des informations permettant de tenir des registres,
d’utiliser des services financiers et de renforcer l’intégration au marché, alors que les monnaies digitales
permettent des paiements instantanés et sûrs. Enfin, les politiques agricoles doivent être coordonnées avec celles de formation et de développement
de compétences mais aussi avec les politiques d’industrialisation et d’appui aux PME. Récemment, les Systèmes d’innovation agricole (SIA) ont été validés
pour formuler et analyser les politiques et programmes de développement rural et agricole. Les incubateurs d’entreprises sont un aspect important des SIA et se
sont révélé des dispositifs critiques pour la survie des
entreprises en phase de démarrage.

Investissements privés responsables et filières
inclusives.
Les entreprises agro-industrielles nationales et internationales reconnaissent de plus en
plus les petits producteurs comme des partenaires
de valeur. Le rôle du secteur privé doit être davantage
promu par les politiques pour favoriser l’expansion
des emplois ruraux.
Si les investissements dans l’agro-industrie sont
essentiels, leur conception peut fortement influencer
les résultats en termes d’emploi et d’équité. Les améliorations techniques et organisationnelles au sein des filières peuvent certes accroître la productivité
et créer des emplois décents, mais elles peuvent aussi
créer des changements dans la répartition du pouvoir au sein des filières, en faveur de petits groupes de producteurs, transformateurs et distributeurs au
détriment du plus grand nombre. Le développement
des filières agricoles doit veiller à être inclusif vis-à-vis des populations rurales.
Dans ce sens, il est important de cibler certaines
filières stratégiques, comme les productions vivrières
qui concernent le plus grand nombre et qui ont un
fort potentiel de croissance en termes de marchés
régionaux et de transformation locale. Le développement de ces filières passera par une amélioration de l’accès aux infrastructures et à l’énergie, et par le
renforcement des liens entre les petites et moyennes
villes et les centres urbains. Cela permettra de développer les liens rural-urbain, et de faciliter les flux de ressources et de services qui facilitent le développement des PME.
Enfin, comme la plupart des industries en Afrique, il y a encore relativement peu de PME formelles de transformation. La région est caractérisée par une
dichotomie entre un grand nombre d’entreprises artisanales informelles de transformation agricole et un petit nombre de transformateurs à échelle industrielle. Les faiblesses des petits opérateurs informels ont souvent mené à leur négligence par les politiques et programmes de développement. Pourtant, l’importance des filières informelles signifie qu’il ne peut pas y avoir de progrès sans une amélioration de leurs
performances. De tels progrès sont essentiels pour générer des emplois et stimuler l’inclusion. Cela requiert d’appuyer le secteur des micro et petites entreprises
et d’associer les filières formelles et informelles pour leur donner accès à du capital, à des compétences, à du savoir-faire et à des contacts avec les marchés.

Définitions
Le secteur agro-industriel comprend l’industrie des
intrants agricoles (machines et équipements ; fertilisants et pesticides...) ; toutes les activités post récolte liées à la transformation de matière brute agricole, à la conservation et à la préparation de productions agricoles pour la consommation intermédiaire ou finale de produits alimentaires ou non (en Afrique l’agroalimentaire est l’un des secteurs les plus développés, constitué de petits producteurs
et micro entreprises de transformation et de vente) ; l’industrie d’équipements pour la transformation (machines, outils, pièces...) ; et les entreprises de services, de financement, vente et distribution dont stockage, transport, TIC, et matériel l’emballage.
Les incubateurs sont un processus d’appui aux entreprises innovantes en phase de lancement et à fort potentiel de croissance. Ils fournissent des
équipements et infrastructures partagés, du développement commercial, des services financiers, et un accompagnement et mise en réseau.
Un « Système d’Innovation Agricole » est défini par la Banque Mondiale comme un réseau d’organisations, d’entreprises et d‘individus cherchant à apporter de nouveaux produits, process et formes d’organisations, ainsi que les institutions et politiques qui affectent leurs actions et performances.

Sara Mercandalli ([email protected]) est économiste au Cirad basée
au « Centre for the study of governance innovation » (GovInn) à l’Université de
Prétoria en Afrique du Sud.
Cet article a été rédigé
sur la base des documents
suivants :
- Yumkella, K. K. et al.
eds. (2011).
Agribusiness
for Africa’s Prosperity
.
Austria : UNIDO.
- World Bank. (2013).
Growing Africa :
Unlocking the Potential
of Agribusiness
. 162 p.
- Koira, A. K. (2014)
Agribusiness in sub-
Saharan Africa :
Pathways for developing
innovative programs for
youth and the rural poor
.
The MasterCard
Foundation Working
Paper
- Af DB, OECD, UNDP
(2014),
African Economic
Outlook 2014 : Global
Value Chains and Africa’s
Industrialisation

, OECD,
Paris.

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