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Vers une transformation des systèmes agricoles ouest-africains

Cet article reprend des travaux de prospective réalisés sur l’Afrique de l’Ouest. Il souligne la tendance à l’augmentation de la taille et à la concentration des exploitations agricoles. Selon les auteurs, cette évolution nécessitera pour l’agriculture familiale une transition vers une vocation plus commerciale.

L
’un des enjeux majeurs
des prochaines décennies en Afrique de l’Ouest est celui de la
transformation des systèmes de production
agricole. Ceux-ci devront s’adapter aux évolutions
de la demande si la région veut profiter des opportunités que lui offre la taille de son marché intérieur.

Urbanisation et intensification agricole. Alors que la population totale ouest-africaine devrait doubler
d’ici 2050, nous anticipons que la population rurale
commencerait à décroitre autour de 2030. Le ratio
entre population urbaine et population rurale donne
une première approximation du rapport entre consommateurs non producteurs de produits alimentaires
(majoritairement urbains) et producteurs (majoritairement ruraux). Son évolution dans le temps et
dans l’espace régional fait évoluer la problématique
de la sécurité alimentaire : intégration progressive
de l’agriculture vivrière à une économie marchande,
baisse relative du nombre de producteurs agricoles
par rapport au nombre de consommateurs nets de
denrées alimentaires, croissance et concentration de
ces derniers, évolution des habitudes de consommation et développement des filières agro-alimentaires.
La région se doit d’accroître sa
production agricole si elle veut subvenir aux besoins alimentaires de
sa population en forte croissance
sans un recours exagéré aux importations. Elle devra le faire avec
proportionnellement de moins en
moins de producteurs, en améliorant significativement la productivité du travail agricole. Au cours des 60 dernières
années, les agriculteurs ouest-africains ont su relever le défi de produire plus. La croissance de la production a été impressionnante, dépassant celle de la
population totale de 1,8 point de pourcentage depuis
1980. Ce succès est avant tout celui de l’agriculture
familiale. De nombreux observateurs s’inquiètent de
la nature extensive de cette croissance alors que les
réserves en terres disponibles sont majoritairement
situées dans des zones semi-arides. Les données
montrent cependant un ralentissement du taux de
croissance des surfaces cultivées et une augmentation
des rendements à partir du milieu des années 1990.
Un processus d’intensification est donc en cours.

L’émergence croissante de plus grandes exploitations.
Cette croissance de la productivité agricole
appelle d’importants investissements. L’amélioration
du climat des affaires et la mise en place de programmes de soutien aux investissements doivent
donc figurer au rang des priorités des politiques
de développement agricole. Ces investissements ne
peuvent être réalisés et amortis que par des exploitations de taille suffisante.
À moyen et long terme, cette évolution agraire se
fera progressivement dans un contexte où de petites
exploitations vont côtoyer de grandes exploitations
(plus de 9 hectares). Ce processus est déjà amorcé
dans les cultures vivrières, certes à une échelle plus
modeste que les plantations pérennes destinées à
l’exportation. L’évolution de la distribution des exploitations agricoles par rang de taille au Sénégal en
est une illustration. Selon une étude réalisée en 2013
par l’OCDE (Peuplement, marché et sécurité alimentaire), il y avait en 1960 58 % d’exploitations agricoles
sénégalaises de moins de 3 hectares sur 22 % de la
surface cultivée. En 1998, elles ne représentent plus
que 51 % du total sur seulement 16 % de la surface
cultivée. Au cours de la même période, la part des
exploitations de plus de 10 hectares passe de 6 à 9 %,
et les surfaces qu’exploitent ces dernières sont plus
importantes (de 26 à 33 % du total).
Bien qu’irrégulière au travers de la région, cette
évolution atteste d’une tendance à l’augmentation de
la taille des exploitations
agricoles et à leur concentration. Celle-ci n’induit en
rien la disparition de l’agriculture familiale ; elle nécessitera, comme c’est déjà le
cas dans les zones les mieux
connectées aux marchés, la transition à une vocation
commerciale.
Développer la transformation alimentaire.
Les
efforts d’amélioration de la production agricole
ne pourront porter leurs fruits que si les défis de
l’agro-industrie et de la commercialisation sont relevés simultanément.
Le développement d’un secteur d’intermédiation
entre producteurs et marchés de consommation est
étroitement lié au développement agricole, et à ce titre
participe de l’intégration des populations rurales dans
la croissance économique. La nature et l’étendue de
la demande alimentaire offrent des opportunités de
diversification et de création de valeur ajoutée pour
l’économie rurale. Ce secteur représente aussi un
important vivier de création d’emplois — en particulier féminins — et de sources de revenu.
Le domaine de la transformation alimentaire en particulier, qui n’implique pas nécessairement
d’investissements lourds ou d’innovations technologiques poussées, doit permettre de stabiliser
et sécuriser des productions agricoles aléatoires.
Il permet notamment une meilleure adaptation du
produit à sa demande et des progrès en matière de
stockage et conservation qui réduiraient les pertes.
Il contribuerait également à une baisse nécessaire
des prix à la consommation. Une étude récente du
McKinsey Global Institute sur le Nigeria (Nigeria’s renewal : Delivering inclusive growth in Africa’s largest
economy) rapporte qu’en milieu urbain un Nigérian
doit gagner 58 % de plus qu’un Indien, à condition
et pouvoir d’achat comparables, pour atteindre un
niveau minimum équivalent de satisfaction de ses
besoins essentiels. Le panier alimentaire de base y
couterait par ailleurs 66 % de plus.

Partager le pouvoir dans les chaines de valeur.
La réussite dépendra de la capacité des acteurs à structurer les filières et à mettre en relation les différents
maillons de la chaine. La question du partage du
pouvoir de négociation dans des chaines de valeur se
posera à mesure que celles-ci seront de plus en plus
pilotées par les opérateurs de l’aval. Les organisations
de producteurs ont un rôle important à jouer à cet
égard, en particulier en termes d’accès à l’information et de collaboration avec les institutions.
Il est également indispensable que les connections
entre zones de production et marchés urbains soient
mieux comprises et facilitées. Le développement des
campagnes passera donc aussi par des actions transversales de gestion des villes. Enfin, la cohérence et
la coordination des politiques publiques doivent être
assurées pour créer des synergies entre les divers
instruments d’action.


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